Dans son rapport soumis le 20 mars 2006 au Centre du patrimoine mondial, avec plusieurs annexes, l'État partie rend compte de la mise en oeuvre des recommandations émises par le Comité en vertu de sa décision 29 COM 7B. 58.
En ce qui concerne le problème des constructions illégales érigées dans le périmètre du bien du patrimoine mondial, notamment après les inondations de novembre 1999, un reportage photographique complet a été réalisé. Selon ce document, 2 824 maisons privées ont été construites illégalement sur les remparts et les bastions de la Citadelle ou à proximité d'autres monuments importants.
D'après la liste, au cours du dernier trimestre de 2005 et du premier trimestre 2006, un nombre non précisé de maisons illégales ont été démolies autour du périmètre de la Cité impériale. Cent maisons privées ont été détruites dans le quartier du pont Bach Ho et leurs habitants relogés pour créer des espaces verts au bord de l’eau. Le rapport de l'État partie ne précise pas si cette centaine d’habitations a été construite illégalement. D'autres démolitions, prévues en mars 2006, concerneront 159 maisons dans la partie sud de la Citadelle et d'autres structures illégales seront rasées sur les berges du Canal royal. Les autorités envisagent d’échelonner ces travaux jusqu'à la fin de 2010. Une parcelle de terre a, semble-t-il, été repérée pour loger les occupants des maisons illégalement construites au nord de la ville.
En outre, pour contrôler les changements intervenus dans les zones historiques, une réglementation sur la hauteur et le style architectural a été mise en place par les autorités locales. Elle s’accompagne de directives qui peuvent aider les propriétaires à reconstruire ou à réparer leur habitation tout en respectant sa valeur patrimoniale. De plus, un projet d'embellissement a été lancé, tandis que les travaux de consolidation et de rénovation ont été exécutés pour restaurer le cadre naturel de la Citadelle et freiner l'érosion au bord de la rivière Huong.
En ce qui concerne l'établissement d'un inventaire complet des bâtiments urbains traditionnels de Huê, 690 maisons traditionnelles ont été mesurées et photographiées. Cette documentation ne figurait pas dans le rapport de l'État partie. De plus, le Centre de conservation des monuments de Huê (CCMH) a recensé 234 « vestiges » auxquels on attribue une valeur historique dans la région de Huê, en particulier des salles communales, des pagodes, des temples, des maisons, des bureaux, des écoles et quelques paysages uniques, qui figurent dans le rapport de l'État partie. Cependant cette liste n'indique que les noms des biens concernés et leur emplacement, sans aucune information sur leur importance et/ou leur état de conservation. L'État partie a aussi exprimé son intention de demander une assistance financière par le biais du Fonds du patrimoine mondial, en 2006, pour créer une base de données SIG de toutes les maisons et structures historiques. À cet égard, la coopération se poursuit avec l'Université de Waseda et avec un projet financé par l'Union européenne pour la sauvegarde des “ruong” (maisons traditionnelles en bois) à Huê.
Pour ce qui est de l'élaboration d'un plan de gestion intégrée pour le bien du patrimoine mondial de Huê, l'État partie a organisé un atelier, en août 2005, en coopération avec l'Université de Waseda. Cet atelier, qui a étudié la question de la préservation de Huê dans le contexte d'un développement durable de l'ensemble de la région, a produit un bref document énonçant les principes élémentaires de l'établissement d'un plan de gestion du bien du patrimoine mondial. Parmi ces principes figure notamment la nécessité d'assurer la préservation du lien particulier qui existe entre Huê et son milieu naturel, à l’exemple du paysage culturel extraordinaire que constitue la Vallée de la rivière Huong selon les principes du Feng Shui.
En se fondant sur ces principes, ainsi que sur les dispositions pertinentes des Orientations, le CCMH entend élaborer un plan de gestion d'ici la fin de 2006, sur instruction des autorités vietnamiennes compétentes. Pour ce faire, un second atelier est prévu au troisième trimestre 2006 pour faire le point sur les progrès accomplis et intégrer les commentaires dans le projet final. Parallèlement à cela, le CCMH poursuit la mise au point de nouvelles réglementations et d'un zonage pour les activités de construction et l'occupation des sols à l'intérieur et à la périphérie des biens du patrimoine mondial. L'État partie a confirmé que l'élaboration du plan de gestion allait se faire en concertation avec le Centre du patrimoine mondial.
Enfin, le Centre du patrimoine mondial a été informé du lancement d'un projet de site touristique de grande envergure sur la colline de Vong Canh qui surplombe la rivière Huong, avec un impact négatif potentiel sur l'intégrité du paysage. Ce lieu de villégiature est à l'extérieur du bien du patrimoine mondial de Huê, mais dans la zone qui pourrait être retenue pour son éventuelle extension.
Les efforts remarquables de l’État partie pour traiter le problème des constructions illégales sont extrêmement louables, compte tenu surtout de la forte pression exercée par le développement socioéconomique et touristique du pays et l’impact des récentes catastrophes naturelles. Dans les années à venir, il sera important de suivre les progrès réalisés pour achever le processus de démolition des constructions illégales recensées et de veiller à ce que des solutions de relogement appropriées soient retenues en concertation avec les occupants concernés.
Pour ce qui est de la demande d’inventaire des bâtiments urbains traditionnels, il n’est pas précisé si les travaux exécutés jusqu’à maintenant concernent tous les bâtiments historiques dans le périmètre du bien du patrimoine mondial ou juste une partie. De plus, la liste des « vestiges » dressée par l’État partie ne semble pas suffisante comme outil d’information sur les décisions de conservation. Une étude centrée sur la conservation de tous les éléments historiques d’une grande importance culturelle dans le périmètre du site du patrimoine mondial, mais qui couvrent aussi des zones intéressantes sur le plan patrimonial à Huê, devrait être réalisée, si possible à l’aide d’une base de données SIG.
Il faudrait poursuivre l’effort visant à établir un plan de gestion en vue d’assurer la protection à long terme de la valeur universelle exceptionnelle du bien. Ce plan devrait nécessairement s’appuyer sur une parfaite compréhension de la nature et de la portée du patrimoine de Huê et devra donc intégrer les résultats de l’étude susmentionnée. Ce plan devrait inclure les réglementations appropriées ayant trait à l’occupation des sols et aux constructions et s’intéresser à toutes les zones de monuments et de paysages considérées comme ayant une grande valeur patrimoniale associée à Huê, et non comprises dans le bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, en vue d’une éventuelle nouvelle présentation de proposition d’inscription du bien. Il est recommandé que l’État partie poursuive son travail en vue d’établir le plan de gestion en étroite concertation avec le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS.
Enfin, l’État partie devrait examiner attentivement le projet de développement d’un site touristique sur la colline de Vong Canh au bord de la rivière Huong en faisant une évaluation d’impact environnemental pour déterminer si ce projet a des conséquences préjudiciables pour la valeur universelle exceptionnelle de Huê.