Une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/UICN dans ce bien du patrimoine mondial a eu lieu du 18 au 24 avril 2006, conformément à la demande de la 29e session du Comité du patrimoine mondial (29 COM 7A.26). L’objectif de cette mission était d’évaluer les mesures prises par l’État partie pour mettre en œuvre les recommandations des missions précédentes, de septembre 2001 et juin 2005, et la faisabilité du plan de conservation et de gestion des rizières en terrasses de la cordillère philippine en juin 2004. La mission a également défini des repères pour les mesures correctives afin de répondre aux menaces qui pèsent sur ce bien, en vue de supprimer éventuellement le site de la Liste du patrimoine mondial en péril.
La mission a noté le souci grave exprimé par les communautés locales et leur fort engagement envers la conservation des terrasses rizicoles. Il est important de reconnaître les efforts réalisés par les gouvernements locaux pour la mise en œuvre des plans et propositions contenus dans le plan de gestion et de conservation de 2004. Ce plan abordait toutes les questions essentielles de protection du bien du patrimoine mondial mais n’a pas été mis en œuvre comme prévu en raison du manque d’une structure de gestion efficace. La principale question à résoudre à ce stade est d’assurer un mécanisme de coordination de gestion et les ressources humaines et financières nécessaires pour sa mise en œuvre immédiate.
La mission a également identifié en tant que priorité le besoin de nouveaux outils et de nouvelles stratégies pour évaluer les impacts négatifs potentiels à long terme des propositions de développement affectant le bien du patrimoine mondial. En particulier, les questions suivantes ont été abordées : a) nécessité institutionnelle d’un mécanisme de gestion efficace : b) actions immédiates pour l’entretien de la riziculture, afin de soutenir le contexte environnemental et social des terrasses rizicoles et d’encourager leur viabilité économique ; c) développement du tourisme culturel et gestion du développement des infrastructures.
Les constatations de la mission sont traitées plus en détail ci-dessous.
Un mécanisme de gestion durable n’est pas encore en place. Comme les précédentes missions l’ont reconnu, il est urgent de progresser dans la mise en œuvre du plan existant de conservation et de gestion et pour la gestion quotidienne au nouveau municipal et au niveau du village (barangay). Les partenaires locaux ont exprimé leur frustration devant les actions limitées qui ont suivi les consultations précédentes et les explications insuffisantes reçues quant aux possibilités et aux contraintes liées à l’engagement envers le patrimoine mondial.
Les deux précédentes autorités de gestion (Commission des terrasses Ifugao et Groupe de travail des terrasses rizicoles de Banaue-BRTTF) ont été établies au niveau national. On a estimé qu’un mécanisme de gestion basé sur la communauté, plus diversifié et plus localisé, pourrait apporter la durabilité et la réactivité nécessaires pour les besoins de ce paysage culturel vivant. L’État partie a donc proposé de remplacer le Bureau du patrimoine culturel des terrasses rizicoles Ifugao (IRTCHO) par une structure provinciale dont la gestion serait plus proche des communautés locales. La nomination d’un point focal dans chaque municipalité et, dans certains cas, la création d’un bureau du patrimoine culturel, est une étape suivante réaliste, proposée par les gouvernements municipaux.
Le financement à court terme provenant du gouvernement local a été fourni par des attributions de recettes du gouvernement de la province et de la municipalité. Des fonds ont été mis à disposition par les gouvernements nationaux et locaux pour réparer certains des systèmes d’irrigation et certaines des terrasses de la communauté. Toutefois, un financement à long terme plus coordonné et des mécanismes de production de ressources locales plus soutenus, y compris les revenus du tourisme et la vente de produits agricoles locaux, doivent être explorés et mis en route.
Il existe un besoin général de données de base pertinentes, répondant aux systèmes de valeur traditionnelle, afin de pouvoir mettre en place un suivi efficace. Les processus communautaires d’utilisation des terres et de zonage qui ont été lancés dans les groupements de Kiangan et Hungduan doivent être encouragés afin de guider l’action des communautés locales et de fournir une réglementation du tourisme et du développement d’infrastructures qui soit cohérente avec les valeurs du patrimoine local. Il y a là une occasion de compléter et de soutenir les revendications ancestrales des agriculteurs locaux conformément à la loi actuelle. Les cartes locales d’utilisation des terres doivent refléter le système de partage des eaux et d’irrigation des terrasses dans les cinq groupements.
La viabilité des terrasses rizicoles est liée au profit que l’utilisation traditionnelle et la maintenance du système écoculturel peuvent apporter au peuple Ifugao. Le développement de stratégies à base communautaire pour soutenir et introduire des moyens d’existence complémentaires et culturellement appropriés est une question prioritaire. Les recommandations des rapports antérieurs comprennent des actions pour l’entretien des terrasses et la production du riz selon le mode traditionnel et soulignent la nécessité de solutions novatrices pour encourager la production et la commercialisation du riz. Certaines initiatives actuelles pour commercialiser et développer le riz traditionnel « tinawon » sont en cours d’exploration, mais la poursuite de la recherche et du développement est indispensable.
Les connaissances indigènes sur la construction et l’entretien des terrasses et des systèmes d’irrigation et la gestion du partage des eaux risquent de disparaître si elles ne sont pas transmises. Le gouvernement local effectue donc de nombreuses tentatives pour maintenir ces pratiques en vie. La recherche et la documentation sur l’histoire du patrimoine local ont été lancées par le gouvernement provincial. Une école des traditions vivantes a été créée au collège d’État Ifugao d’agriculture et de sylviculture. Toutefois, l’accent semble parfois placé sur la conservation des pratiques traditionnelles dans le but exclusif de « représentations » vivantes, et non pas pour leur application réelle à la gestion des terres. Pour résoudre ce problème, des programmes de renforcement de sensibilisation ont été lancés ainsi qu’un programme « Adopter une terrasse ».
L’urgence d’une gestion adaptée du tourisme culturel a été soulignée par la mission de 2001. Un programme d’écotourisme est inclus dans le plan de conservation et de gestion. Toutefois, une stratégie coordonnée de tourisme culturel permettant de viser le tourisme approprié et d’orienter directement les revenus du tourisme vers les communautés locales afin de soutenir l’entretien des terrasses rizicoles n’est pas encore en place et les initiatives touristiques ne sont pas coordonnées au sein du bien du patrimoine mondial. Bien que la mission ait convenu de l’importance de l’accès touristique à cette région, comme l’avait souligné la mission 2001, la priorité doit être d’évaluer la capacité de charge des différents groupements selon leur caractère distinctif et de garantir les moyens de contrôler un tourisme culturellement acceptable. La sensibilisation aux problèmes et aux potentiels du tourisme concernant des moyens de vie complémentaires offerts à la communauté locale semble élevée et on constate une demande de guidage et de meilleures pratiques.
Les précédentes missions ont exprimé l’urgence d’une gestion du développement non régulé et de l’évaluation des impacts des projets d’infrastructures sur le paysage culturel. En 2005, une mission UNESCO a évalué l’état d’une mini-centrale hydroélectrique dont la construction était proposée dans la province d’Ifugao, où se trouvent les rizières en terrasse des cordillères des Philippines, bien du patrimoine mondial. La mission a constaté que la centrale n’avait pas été construite. La mission s’est donc concentrée sur l’étude d’un autre projet intitulé « construction de contrôle des crues dans trois barangays (villages) de Hungduan pour la préservation des rizières en terrasses » qui à l’époque était achevé à 90%. Ce projet consistait en une série de murs de retenue en béton armé construits dans le fond des vallées, dans le but annoncé de protéger les zones cultivées contre les crues à répétition. La mission de 2005 a fait un certain nombre de recommandations pour atténuer l’impact environnemental négatif que ce projet pourrait potentiellement avoir sur le bien ; pour réduire les risques associés avec la mauvaise construction des murs ; et pour développer des normes adaptées à l’étude d’infrastructures dans certaines zones du patrimoine.
Ce projet de contrôle des crues dans le groupement de Hungduan a en fait été planifié et exécuté en l’absence d’une véritable enquête d’impact sur l’environnement (EIA) ou même de « l’examen environnemental initial » (IEE) nécessaire pour les zones en situation critique sur le plan de l’environnement, selon la législation philippine. Le gouvernement local de Hungduan a juste commencé à mettre en œuvre les recommandations de la mission précédente pour renforcer les structures à des fins de sécurité. Il rassemble des fonds pour achever les actions recommandées et la communauté fournira en contrepartie de la main-d’œuvre pour cette activité. Par ailleurs, la mini-centrale hydroélectrique proposée a été délocalisée du groupement de Hungduan à Mappit et Ambabag, zone située en dehors du périmètre du patrimoine mondial mais qui pourrait constituer un site potentiel d’expansion ou une zone tampon pour le bien. Le Centre du patrimoine mondial a reçu une demande de revue de cette nouvelle proposition pour laquelle une EIA ne semble pas avoir été effectuée.
La réalisation d’une EIA appropriée, y compris les clauses d’évaluation de l’impact sur le patrimoine culturel, serait effectivement indispensable pour maintenir l’intégrité du bien du patrimoine mondial. Mais pour que cela ait lieu, il est apparemment nécessaire que les rizières en terrasses de la cordillère philippine soient officiellement considérées comme « zone critique sur le plan environnemental », ce qui apparemment n’est pas le cas aujourd’hui. Dans ce contexte, il serait aussi très important de veiller à ce que l’expertise sur la conservation du patrimoine et les connaissances traditionnelles soit incluse dans le comité de réalisation de l’EIA afin d’évaluer l’impact sur tous les aspects du paysage culturel.
En résumé, en dépit des efforts accomplis et de certains progrès sur des questions spécifiques, les recommandations des missions UNESCO de septembre 2001 et juin 2005 ne sont pas encore réalisées et l’on n’a pas annoncé d’amélioration significative dans les ressources humaines/financières disponibles pour gérer le bien et mettre en œuvre le plan maître de conservation (en réponse à la décision 29 COM 7A.26) afin de soutenir les rizières en terrasses en tant que paysage culturel vivant et dynamique.