Forêt sacrée d’Osun-Oshogbo
Brève description
La dense forêt sacrée d’Osun, à la périphérie de la ville d’Oshogbo, est l’une des dernières zones de la forêt primaire qui subsiste au sud du Nigéria. Elle est considérée comme la demeure d’Osun, une des divinités du panthéon yoruba. La forêt, sillonnée par la rivière Osun, abrite des sanctuaires, des sculptures et des œuvres d’art érigés en l’honneur d’Osun et d’autres divinités yorubas. La forêt, désormais considérée par tout le peuple yoruba comme un symbole identitaire, est probablement la dernière forêt sacrée de la culture yoruba. Elle témoigne de la coutume, jadis très répandue, qui consistait à établir des lieux sacrés loin de toute habitation humaine.
Valeur exceptionnelle
Critère (ii) : Le développement du mouvement des artistes traditionnels du nouvel art sacré et l’intégration de Suzanne Wenger, artiste autrichienne, à la communauté yoruba, se sont révélés être le terrain d’un échange fertile d’idées qui ont ressuscité la forêt sacrée d’Osun.
Critère (iii) : La forêt sacrée d’Osun est le plus grand exemple, et peut-être le seul restant, d’un phénomène jadis largement répandu qui caractérisait tous les peuplements yorubas. Elle représente aujourd’hui les forêts sacrées yorubas et leur illustration de la cosmogonie yoruba.
Critère (vi) : La forêt d’Osun est l’expression tangible du système divinatoire et cosmogonique yoruba ; son festival annuel est une réponse vivante, florissante et en perpétuelle évolution aux croyances yorubas dans les liens qui unissent le peuple, ses dirigeants et la déesse Osun.
Description longue
[Uniquement en anglais]The Osun Sacred Grove is the largest and perhaps the only remaining example of a once widespread phenomenon that used to characterise every Yoruba settlement. It now represents Yoruba sacred groves and their reflection of Yoruba cosmology. It is a tangible expression of Yoruba divinatory and cosmological systems; its annual festival is a living thriving and evolving response to Yoruba beliefs in the bond between people, their ruler and the Osun goddess.
The grove covers 75 ha of ring-fenced forest alongside the Osun River on the outskirts of Osogbo town, Western Nigeria. About 2 million people live in Osogbo. The grove in Yoruba cosmology is the domicile of Osun, the goddess of fertility. Ritual paths lead devotees to 40 shrines, dedicated to Osun and other Yoruba deities, and to nine specific worship points beside the river. Osun is the Yoruba personification of the 'waters of life' and the spiritual mother of the Osogbo township. It also symbolizes a pact between Larooye, the founder of Osogbo, and Osun: the goddess gave prosperity and protection to her people if they built a shrine to her and respected the sprit of the forest. Unlike other Yoruba towns whose sacred groves have atrophied, or disappeared, the Osogbo Grove has, over the past 40 years, been re-established as a central, living focus of the town. The Osogbo Grove is now seen as a symbol of identity for all Yoruba people, including those of the African diaspora, many of whom make pilgrimages to the annual festival.
The grove has a mature, reasonably undisturbed, forest canopy, which supports a rich and diverse flora and fauna - including the endangered white-throated monkey. Some parts were cleared in the colonial period, and teak plantations and agriculture introduced, but these are now being re-established. The grove is a highly sacred sanctuary where shrines, sculptures and artworks honour Osun and other Yoruba deities. It has five main sacred divisions associated with different gods and cults, located either side of a path transecting the grove from north-west to south-east.
The Osun River meanders through the whole grove and along its length are nine worship points. Throughout the grove the broad river is overhung with forest trees. Its waters signify a relationship between nature, the spirits and human beings, reflecting the place given to water in the Yoruba cosmology as symbolizing life. The river is believed to have healing, protective and fertility powers. The fish are said to have been used by the goddess Osun as messengers of peace, blessings and favour.
Traditionally, sacred trees and stones and metal objects, along with mud and wood sculptures, defined the deities in the grove. During the past 40 years, new sculptures have been erected in the place of old ones and giant, immovable ones created in threatened spaces in the grove by Suzanne Wenger working with a group of local artists called New Sacred Art. These sculptures are made from a variety of materials - stone, wood, iron and concrete. There are also wall paintings and decorative roofs made from palm fronds.
There are two palaces. The first is part of the main Osun-Osogbo shrine. The second palace is where Larooye moved to before the community established a new settlement outside the grove. Both buildings are constructed of mud walls with tin roofs supported variously by mud and carved wooden pillars. The three Ogboni buildings are constructed with sweeping roofs rising high over the entrances and supported on a cluster of slender carved wooden posts.
The Annual Osun-Osogbo festival is a 12-day event held once a year at the end of July and the beginning of August. The grove is seen as the repository of kingship, as well as the spiritual heart of the community. The festival invokes the spirits of the ancestor kings and rededicates the present Oba to Osun, as well as reaffirming and renewing the bonds between the deities represented in the Sacred Grove and the people of Osogbo. The finale of the festival is a procession of the whole population, led by the votary maid Arugba and headed by the Oba and priests, all accompanied by drumming, singing and dancing.
Source : UNESCO/CLT/WHCDescription historique
La ville d'Oshogbo aurait été fondée il y a environ 400 ans. Elle appartient à la vaste communauté yoruba, divisée en 16 royaumes, dirigés selon la légende par les enfants d'Oduduwa, fondateur mythique, dont la demeure à Ile-Ife, au sud-est d'Oshogbo, est toujours considérée aujourd'hui comme le foyer spirituel du peuple yoruba.
Le premier peuplement semble avoir été situé dans la forêt d'Oshogbo ; il comportait des palais et un marché. Avec l'accroissement de la population, la communauté quitta la forêt et créa une nouvelle ville, recréant la disposition spatiale du peuplement de la forêt.
Dans les années 1840, Oshogbo devint un refuge pour ceux qui fuyaient le djihad fulani, descendant vers le sud depuis ce qui est aujourd'hui le Nigeria du Nord. Les Yorubas firent retraite plus loin vers le sud, dans les forêts, et Oshogbo, à l'orée Nord de la forêt, devint un centre important pour le nord de la patrie yoruba.
Les attaques fulani contre Oshogbo furent arrêtées et Oshogbo devint à ce titre un symbole de fierté pour tous les Yorubas.
Pendant la première moitié du XXe siècle, la ville d'Oshogbo s'agrandit considérablement. En 1914, elle tomba sous le joug colonial britannique. Les chefs traditionnels furent cependant maintenus, dans le cadre d'un système indirect de gestion, et l'Oba et les prêtres conservèrent donc leur autorité. Un changement plus radical devait intervenir à partir du milieu du XIXe siècle, avec l'introduction de l'islam et du christianisme. L'islam devint la religion des marchands et des maisons régnantes, car elle permettait des contacts vers les routes marchandes du nord et des liens avec les esclaves de retour d'Amérique Centrale et du Sud. Pendant un temps, les trois religions coexistèrent mais, au fil du temps, les cultes d'Ogboni et d'Osun perdirent la faveur des habitants.
Dans les années 1950, les changements politiques et religieux nuirent gravement à la forêt : les responsabilités coutumières et les sanctions s'affaiblirent, les sanctuaires furent négligés et les prêtres traditionnels commencèrent à disparaître. Des problèmes encore exacerbés par l'augmentation du pillage des statues et des sculptures qui étaient transportables pour alimenter le marché des antiquités. Aux environs de cette époque, le ministère de l'Agriculture et de la Sylviculture acquit une partie de la forêt pour y conduire des expériences agricoles. Les arbres furent abattus et des plantations de tek établies, des sculptures furent volées et on commença à signaler des activités de chasse et de pêche - auparavant interdites - dans la forêt sacrée.
C'est à ce moment crucial de l'histoire de la forêt que l'Autrichienne Suzanne Wenger s'installa à Oshogbo et, avec les encouragements de l'Oba et le soutien des habitants de l'endroit, forma le mouvement du Nouvel Art sacré pour défier les spéculateurs fonciers, repousser les braconniers, protéger les sanctuaires et entamer un long parcours vers la revitalisation spirituelle du lieu, en le rétablissant comme le coeur sacré d'Oshogbo.
Les artistes créèrent délibérément des sculptures grandes, lourdes et fixes, en fer, en ciment et en terre, s'opposant aux plus petites sculptures traditionnelles en bois, afin que leurs formes architecturales intimidantes aident à protéger la forêt et à arrêter les vols. Toutes les sculptures ont été réalisées dans le plus grand respect de l'esprit du lieu, en s'inspirant de la mythologie yoruba et en consultant les dieux dans un contexte traditionnel.
Ces nouveaux ouvrages ont fait de la forêt un symbole d'identité pour tout le peuple Yoruba. Beaucoup des membres de la diaspora africaine se rendent désormais en pèlerinage au festival annuel.
En 1965, une partie de la forêt fut déclarée monument national. La zone fut étendue en 1992, de sorte que les 75 hectares sont maintenant entièrement protégés.
Source : évaluation des Organisations consultatives
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