Une mission de suivi conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN a été menée du 11 au 15 décembre 2006, comme demandé par le Comité du patrimoine mondial lors de sa 30e session (Vilnius, 2006). La mission a eu pour but d'évaluer l'état de conservation du bien et les progrès réalisés dans la mise en œuvre des mesures correctives décidées par le Comité du patrimoine mondial lors de sa 28e session (Suzhou, 2004), dans la perspective d'un éventuel retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril. Le rapport officiel de mission est à la disposition du Comité pour consultation en anglais et en espagnol. Au cours de cette mission, l'Etat partie a fait état de la mise en œuvre des recommandations précédentes, y compris:
a) Les occupants encore en place (7 familles et 32 propriétaires terriens) ont été réinstallés en dehors de la zone centrale en juillet 2004 et il n'y a plus aucune présence humaine dans la zone centrale. Cependant au cours du survol du bien, l'équipe de la mission a remarqué une nouvelle clairière, d'environ 10 hectares, dans la forêt dans laquelle plusieurs têtes de bétail paissaient.
b) Toutes les résolutions de la COHDEFOR concernant la commercialisation du bois mort après le passage de l'ouragan Mitch ont été annulées.
c) Des approches différentes visant à des pratiques d'agriculture durable ont eu des conséquences importantes avec l'établissement de 13 coopératives agro-forestières gérant environ 100.000 hectares dans la zone tampon. D'autres réalisations concernent l'intensification de la gestion du bétail et l'incitation à utiliser les techniques traditionnelles de culture et de traitement biologiques du café.
d) Les aires et les points d'accès critiques des zones centrale et tampon du bien ont été marqués et le cadastre a été mis à jour.
e) Le comité régional d'orientation pour la conservation et la protection de la réserve (Comité Regional de Orientación para la Protección y Conservación de la Reserva – COROB) a établi un plan d'action annuel ainsi qu'un plan d'action pour l'identification des zones d'exploitation forestière illégale, pour la confiscation des bois illégaux récoltés, et la poursuite judiciaire des contrevenants, et ce, en collaboration avec les forces armées, la police de prévention nationale et le commisaire national aux droits de l'homme.
f) Les plans de gestion environnementale liés à la stratégie de développement du Ministère de l'agriculture ont été propagés dans la zone de la vallée de Sico Paulaya.
g) Le gouvernement a considérablement accru la présence des forces armées dans la zone. Entre février et novembre 2006, la somme de 8.663.303 lempiras (environ 458.837 dollars EU) a été dépensée pour des opérations militaires dans la Réserve de la biosphère de Río Plátano (RPBR), telles que la mise en place de postes de contrôle terrestres, aériens et côtiers et de postes de pompiers. Au cours de cette période 491.157 pieds de planches de bois et 6 scies à moteur ont été confisqués, neuf personnes ont été arrêtées et remises aux autorité et 67 feux de forêt ont été éteints.
Le Président de la République du Honduras a personnellement exprimé son engagement dans la protection de la RPBR au cours d'une longue rencontre avec l'équipe de la mission. Celle-ci a pris note du fait que le niveau de la menace pesant sur le bien a encore baissé depuis la dernière mission (2003) et a reconnu les efforts du nouveau gouvernement du Honduras pour protéger les valeurs du bien. L'équipe a aussi pris note de l'important financement à long terme et de l'assistance technique accordés par la coopération allemande, en particulier dans le cadre d'une aide à la réalisation d'un cadastre complet de tous les terrains situés dans la zone tampon du bien, permettant ainsi la stabilisation de l'appropriation illégale de terrains publics par des citoyens partisans d'une extension des frontières agricoles en deçà des limites du bien. Cependant, ce processus n'était pas terminé lors de la visite de la mission et l'importante étape de l'enregistrement des parcelles, suite à leur marquage par le cadastre, reste à faire. Jusqu'à ce que cette étape soit achevée, la propriété légale restera l'objet de soupçons et cela donnera lieu à des appropriations de vive force de terres et à des déplacements de limites de terrains,
L'équipe de la mission a reçu plusieurs rapports sur les difficultés de mener à bien la procédure judiciaire dans sa totalité. A cause de l'absence, au niveau local, de procureurs et d'expertise légale, les individus arrêtés pour des activités illégales (en particulier ceux arrêtés pour défrichement et appropriation de terre) doivent être conduits à la capitale, ce qui coûte très cher, et donc dissuade les forces de l'ordre d'appliquer pleinement la loi et conduit à peu de condamnation parmi les gens arrêtés par la police. La relative impunité dont bénéficient les contrevenants à la loi n'encourage pas les honnêtes citoyens à aider la police, alors que les risques de représailles envers les citoyens ayant donné des informations à la police, bien qu'atténués par la présence militaire, sont encore trop grands.
La mission a pris note de l'important investissement, réalisé en grande partie grâce à la coopération allemande, dans l'infrastructure à l'intérieur du bien, en particulier par la construction d'un bâtiment moderne et spacieux pour les autorités de gestion. Le bâtiment est un endroit confortable pour le travail et le logement du personnel dans cette région éloignée, facilitant ainsi une plus grande présence dans cette partie du bien. Cependant, l'équipe de la mission a remarqué que l'équipe de gestion est trop peu nombreuse, manque d'argent, et est parfois mal équipée, ce qui réduit l'importance des conséquences de son travail sur le terrain, en particulier dans les autres zones du bien.
L'engagement des organisations locales dans des initiatives de co-gestion, bien qu'existant déjà dans une certaine mesure, a encore besoin d'être renforcé. Les structures participatives (par exemple, les comités régionaux de co-gestion) pourraient aider à l'amélioration de cette situation.
Suite à l'extension, par deux fois au cours des années passées, des limites de la Réserve de la biosphère, il semble qu'il y ait désormais un certain désarroi quant aux limites réelles du bien du patrimoine mondial tel qu'il a été inscrit en 1982. Ceci a été confirmé maintes fois lors de la mission, celle-ci devant se rendre à l'évidence que l'idée selon laquelle les limites de la réserve de la biosphère et les limites du bien du patrimoine mondial sont identiques est une idée largement répandue. Les cartes utilisées lors de l'inscription ne sont pas claires et devraient être mises à jour.
Afin de consolider les bénéfices tirés de la gestion et de la conservation du bien au cours des dernières années, les problèmes suivants devraient être pris en compte prioritairement par l'Etat partie :
h) La présence des forces armées, vivement souhaitée et ayant un effet sensible sur la conservation du bien, doit être accompagnée de l'action effective de la justice afin d'appliquer pleinement la loi et de dissuader les contrevenants d'agir illégalement.
i) Des parties de la zone tampon (principalement au nord ouest de la RPBR) n'ont pas encore été soumises aux opérations du cadastre, celui-ci devrait être achevé et devrait être suivi d'un enregistrement légal complet de toutes les terres ayant été cadastrées.
j) Les structures au sein desquelles les organisations locales et communautaires peuvent participer effectivement aux processus de gestion doivent être développées et renforcées.
k) Le bois confisqué devrait être irrémédiablement détruit ou, à défaut, retiré du marché, ainsi le bois ne pourrait en aucun cas être légalisé ou revenir sur le marché en profitant de failles administratives, ceci réduirait l'incitation à l'exploitation forestière illégale et à la vente de son produit.
l) Les actions contre de nouvelles intrusions sur le bien doivent être entreprises rapidement et doivent être suivies de la pleine application de la loi afin de décourager la récidive.
m) Considérant l'aspect approximatif des cartes fournies lors de l'inscription, et considérant les incertitudes quant aux limites actuelles précises du bien, une mise à jour officielle des limites est fortement conseillée et devrait utiliser la technologie du SIG et de l'imagerie satellitaire, actuellement disponible auprès des autorités.