L’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien le 11 février 2011. Du 27 au 31 octobre 2010, une mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS a été réalisée, comme demandé par le Comité du patrimoine mondial à sa 34e session (Brasilia, 2010). Le rapport de mission peut être consulté à l’adresse suivante : http://whc.unesco.org/fr/sessions/35COM/
a) Zone tampon
L’État partie signale que la zone tampon d’un élément du bien, le site archéologique de Panama viejo, a été établie de manière légale en 2007 avec les mesures réglementaires afférentes incluant des restrictions en matière d’utilisation du sol. La mission rapporte que la zone tampon est gérée de manière adéquate et que les réglementations sont appliquées.
En ce qui concerne l’autre élément, le district historique de Panama, l’État partie signale que le travail d’identification des limites potentielles sur une carte s’est poursuivi, tout comme la mise en place du zonage et la définition de mesures réglementaires autorisant une transition contrôlée entre le centre historique et la ville moderne. Dans le cadre de ce processus, des débats publics ont été organisés pour obtenir un retour d’information et créer un consensus vis-à-vis de la proposition. Un plan d’action pour la création de la zone tampon, inclus dans le rapport, envisage la poursuite des travaux jusqu’en septembre 2011. Toutefois, aucune date d’achèvement potentielle, qui supposerait la promulgation d’une loi et une publication au Journal Officiel, n’a été mentionnée. La mission a noté que la proposition n’a pas été arrêtée et qu’il n’existe aucun support juridique à ce jour. Elle s’est dite préoccupée par les projets de développement de grande envergure envisagés dans la zone prévue comme zone tampon.
b) Cadre légal et politiques pour le bien
Le rapport donne des informations sur les lois et décrets existants pour le bien et précise qu’actuellement la loi n° 9, relative aux incitations fiscales, et la loi n° 14, portant sur les mesures de protection et de gestion, sont en cours d’examen. La mission a noté que des moyens supplémentaires pour protéger le bien sur le plan légal étaient étudiés, notamment la déclaration éventuelle du centre historique en district spécial, une des recommandations faites par la mission au président du Panama. Un récent accord a été signé entre l’Office du District historique (OCA) et le Patronato de Panama Viejo afin d’améliorer la coordination des actions entreprises en faveur de la conservation et de la réhabilitation des deux sites qui composent le bien. La mission note toutefois que cela n’est pas encore opérationnel.
L’État partie signale également que la création d’une commission nationale pour le patrimoine mondial a été décidée. La mission a noté que cette commission était en cours d’approbation juridique pour obtenir le statut de décret présidentiel.
En ce qui concerne les politiques de préservation et de protection, le rapport note que des critères et orientations en matière d’intervention ont été définis et sont appliqués pour Panama viejo. Dans le cas du district historique, les réglementations et orientations reposent sur un décret d’exécution qui nécessite des instruments normatifs et des procédures pour la restauration et sa réhabilitation. De nouvelles propositions sont en cours d’élaboration afin de rendre plus efficaces leur application et le processus de sanction en cas de transgression. La mission note que, malgré la présence d’un tel cadre, les déficiences au niveau de son application sont importantes et que le district historique n’a pas de politique globale lisible.
c) Système de gestion et ressources
L’État partie a communiqué quelques chiffres vis-à-vis d’interventions sur les deux éléments du bien, notamment en matière de réhabilitation et restauration, programmes sociaux, activités culturelles et de promotion et diffusion. Il a également signalé que les ressources avaient été augmentées et des équipes créées pour traiter différents points. Le personnel supplémentaire a bénéficié d’activités de formation diverses en 2010.
La mission a souligné que, en dépit des progrès accomplis, le système de gestion ne fonctionne toujours pas de manière efficace. Divers facteurs entravant son efficacité ont été identifiés dont le manque d’autorité dans l’application des réglementations et sanctions dans les différents processus rencontrés au sein de centre historique, l’insuffisance, la complexité et le chevauchement des instruments juridiques existants et l’absence d’un plan directeur actualisé et soutenu par des instruments légaux pour le centre historique. De plus, les autres outils de planification n’ont pas été articulés avec ceux du bien du patrimoine mondial, ce qui donne lieu à des conflits de programmes et de priorités. Il reste en conséquence d’importants enjeux tels que la question de la propriété du bien par exemple. Enfin, la mission considère que les ressources techniques et financières disponibles pour le district historique sont largement insuffisantes pour traiter de manière adéquate les menaces qui pèsent sur le bien.
La situation est différente en ce qui concerne la gestion du site archéologique de Panama viejo. Dans ce cas, le Patronato fonctionne de manière adéquate et efficace et possède des ressources appropriées pour les activités de conservation, protection et recherche, grâce essentiellement à des efforts de collecte de fonds.
d) État de conservation du bien
La mission a exprimé sa préoccupation à propos du centre historique, notamment vis-à-vis de l’existence d’un nombre non négligeable d’édifices historiques grandement détériorés et négligés, du processus constant d’embourgeoisement, et des questions de pauvreté et conditions de vie, d’insécurité et de circulation routière.
Pour Panama viejo, la mission a noté que l’état de conservation général était satisfaisant tout en répétant que l’Avenida Cincuentenario restait la principale menace. De nouvelles propositions ont été identifiées pour la déviation de cette avenue et il semblerait que le ministère des Travaux publics entende mettre en œuvre le projet de remplacement présenté par le Patronato.
e) Projet Cinta Costera
Aucune information n’a été communiquée par l’État partie sur cette décision du Comité du patrimoine mondial. La mission a pu vérifier que la Phase 2 du projet Cinta Costera était en construction, de manière accélérée, dans la zone de l’ancien port du district historique dite Terraplén. Aucune étude d’impact environnemental ni patrimonial n’a été soumise pour examen conformément au paragraphe 172 des Orientations. La mission a également visité la zone du parking souterrain en construction dans le cadre du projet et a noté la taille gigantesque de la structure et son impact sur l’environnement.
La mission considère que la Phase 3 du projet est susceptible de représenter une menace encore plus grande pour l’intégrité du bien. Il existe pour l’heure actuelle deux options pour le tracé, soit un contournement du district historique, soit la traversée du district historique avec un tunnel. La mission considère que la première option est inacceptable dans la mesure où elle transformerait la configuration du district et le dessin de son littoral, part importante des valeurs qui ont justifié son inscription sur la Liste du patrimoine mondial. La seconde option, en plus d’être trop onéreuse, pourrait mettre en danger la stabilité structurelle du patrimoine bâti, ancien et abîmé. Aucune étude de leurs impacts et risques physiques, sociaux ou fonctionnels n’a été entreprise pour l’heure.