Le 31 janvier 2011, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien. Le rapport présente des lignes directrices générales sur les populations d’oiseaux migrateurs et résidents, l’état de l’hydrologie du parc, le renforcement des outils de gestion, le contrôle des espèces végétales envahissantes, les aménagements techniques et touristiques, la gestion durable des ressources naturelles, et le développement des activités génératrices de revenus.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que le bien avait été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril, en 2000, en raison des problèmes croissants avec une espèce invasive Salvinia molesta, qui fermait les cours d'eau libres dans le bien et menaçait de ce fait les populations d'oiseaux d'eau. En outre, la construction du barrage de Dama avait arrêté de manière permanente, la pénétration de l'eau salée dans le bien, et avait modifié l'hydrologie. Ceci a facilité plus encore la propagation des espèces invasives et a réduit la disponibilité en aliments pour l’avifaune. Les changements d'hydrologie ont conduit à la salinisation des sols du fait du manque de rinçage, à une amplitude réduite des niveaux d'eau, à la réduction des colonies de certaines espèces d'oiseaux et à la disparition de certaines autres. Le bien a été retiré de la Liste du patrimoine mondial en péril en 2006, le problème de Salvinia molesta ayant été maîtrisé par contrôle biologique, et suite à l’établissement d'un système de gestion hydrologique et la mise en place d’un plan d’action de conservation et la restauration des caractéristiques écologiques du bien.
a) Tendances des populations d'oiseaux résidents et migrateurs
L’Etat partie rappelle que le Delta du Fleuve Sénégal est un site où le décompte international annuel des oiseaux d’eau a été régulièrement effectué de 1989 à 2010 (le dernier décompte a eu lieu le 15 Janvier 2010). Il rapporte que : (i) la colonie de pélicans blancs demeure stable et la reproduction s’est relativement bien déroulée grâce aux travaux d’aménagement opérés sur le nichoir et à la surveillance et la gestion adéquate des plans d’eau ; (ii) 17 espèces d’anatidés sont régulièrement dénombrées en période d’hivernage, totalisant un effectif dépassant 500 000 individus (2000), et principalement concentrés dans le Parc national des oiseaux du Djoudj ; et (iii) les oiseaux d’eau d’hivernage les plus abondantes sont les sarcelles d’été, les canards pilet et les dendrocygnes veufs. L’Etat partie rappelle aussi que le Djoudj fonctionne en complémentarité avec le Parc national du Diawling en Mauritanie, qui est contigu avec le bien, et que les fluctuations périodiques notées dans un des sites sont donc compensées en partie par une augmentation des effectifs dans l’autre.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN estiment que le rapport de l’Etat partie ne donne pas d’information sur les tendances des populations d’oiseaux résidents et migrateurs, comme demandé par le Comité dans sa décision 33 COM 7B.4. Les données fournies datent de 2000. Ils encouragent l’Etat partie à fournir au Centre du patrimoine mondial des données détaillées sur les tendances des populations d’oiseaux dans le Djoudj entre 1989 et 2010, et de s’assurer que le programme de suivi des oiseaux et d’autre faune tienne compte de l'état de conservation de la valeur universelle exceptionnelle du bien.
b) L’état hydrologique du bien
L’Etat partie note que lors de la campagne 2009-2010, le niveau de l’eau a été relativement suffisant dans les plans d’eau et a permis le stationnement des oiseaux migrateurs, et surtout des canards. Le rapport indique que le niveau de l’eau est régulièrement suivi grâce aux échelles limnométriques et que la maîtrise de la prolifération des végétaux aquatiques dans le parc se fait par un système d’abaissement et de relèvement du niveau d’eau dans les plans d’eau, ce qui permet d’augmenter la salinité, donc de faire disparaître périodiquement cette végétation. De plus, certains canaux sont nettoyés manuellement avec l’aide de la population locale. Le Programme de Gestion Intégrée des Ressources marines et Côtières (GIRMAC) a aussi participé au nettoyage des canaux hydrauliques, ce qui a permis de renforcer l’hydraulicité du parc.
c) Progrès dans l'exécution du Plan d'action, y compris les activités écologiques continues de restauration et de suivi
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que le rapport ne fournit pas d’évaluation détaillée des progrès dans l'exécution du plan d'action 2006-2008. Toutefois, le rapport note quelques avancées dans le renforcement des outils de gestion, le contrôle des espèces végétales envahissantes, les aménagements techniques et touristiques, la gestion durable des ressources naturelles, et le développement des activités génératrices de revenus. Quelques résultats importants sont la finalisation et la validation du plan de gestion 2010-2014, les travaux continus de contrôle de Tamarix senegalensis et Typha autralis, l’entretien régulier des nichoirs de pélican blanc, le renforcement des digues sur la rivière Gorom et les travaux pour mieux gérer les entrées d’eau dans cette partie du parc.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN regrettent que le rapport de l’Etat ne fournisse pas une évaluation détaillée et des informations précises sur les tendances d’évolution des populations d’oiseaux, et sur les progrès de mise en œuvre du plan d’action 2006-2008 et ses effets sur la réhabilitation de la valeur universelle exceptionnelle du bien. En outre, les pressions sur le bien, en particulier le pâturage du bétail à l’intérieur du bien, et les menaces posées par les espèces végétales envahissantes nécessiteront une gestion continue.