Les facteurs affectant le bien, identifiés par la mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS de mars 2010, demeurent d’actualité. Alerté sur deux nouveaux projets (voir ci-dessous) dans le périmètre du bien risquant d’affecter son intégrité, le Centre du patrimoine mondial, en rappelant la provision du Paragraphe 172 des Orientations, a demandé les commentaires de l’Etat partie (lettre du 27 décembre 2010). Les autorités locales de Bruges y ont répondu (février 2011) ainsi que la Délégation permanente de la Belgique auprès de l’UNESCO (29 mars 2011). Le 31 janvier 2012, l’Etat partie a transmis un rapport sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations du Comité formulées lors de sa 34e session en 2010 (décision 34 COM 7B.79). Par ailleurs, un projet de Déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle concernant le bien a été envoyé le 28 janvier 2011 et est en cours de révision par l’ICOMOS. Le rapport de l’Etat partie indique que, suite à la mission conjointe, la municipalité de Bruges a adopté, le 25 juin 2010, un plan d’action pour répondre aux recommandations émises dans le rapport de cette mission.
a) Réponses aux recommandations du Comité
Le plan de gestion dont la finalisation est prévue pour l’été 2012 est élaboré pour veiller, en particulier, à la protection du parcellaire urbain sur canaux, de la ceinture verte des fortifications, des espaces verts ou libres de bâtis, des monuments à caractère historique et/ou architectural. Il doit combiner cette protection à la nécessité de dynamisation économique du centre historique en favorisant la qualité de vie, l’attractivité des aspects historiques et contemporains de la ville, ainsi que le développement du tourisme, du commerce et de l’économie en général.
Il est évident que ce double objectif n’est pas facile à atteindre. D’autant que, au regard des législations régionales et nationales, l’Etat partie considère que la protection intégrale du périmètre du bien, recommandée par le Comité sous le classement national de « paysage urbain », n’est pas possible : cela conduirait à d’insurmontables problèmes de nature légale ou juridique. En revanche, un Décret concernant le patrimoine immobilier et la notion de « paysage protégé » est en cours de définition. Des informations plus détaillées sur le contenu et le niveau de protection que suggère cette notion, pourraient permettre de trouver une solution satisfaisante au double objectif du plan de gestion. Il est souhaitable que l’Etat partie fournisse des compléments descriptifs sur la notion de « paysage protégé ».
b) Le Prédikherenrei (Centre national des Archives)
Le chantier a considérablement avancé au cours de l’année 2010-2011 et en février 2012, il est au stade de la pose du toit. Sans revenir sur les arguments présentés (annexe 2 du rapport de l’Etat partie et la lettre de la Délégation permanente du 29 mars 2011), le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives estiment que les divers avertissements du Comité du patrimoine mondial et de la mission conjointe émis en 2010 n’aient suscité aucune modification du projet avant le début des travaux.
Ce cas est révélateur de l’érosion progressive du tissu urbain évoquée par la mission conjointe de 2010. Il n’y a pas eu, concernant ce projet, d’information préalable envoyée par l’Etat partie au Secrétariat du Comité du patrimoine mondial, conformément au Paragraphe 172 des Orientations. La lettre de la Délégation Permanente du 29 mars 2011 évoque de multiples concertations mais aucune précision datée quant à l’envoi de cette information au Secrétariat du Comité, alors qu’officiellement le projet était à l’étude depuis 2004 et que la présentation publique en a été faite en décembre 2009.
c) La terrasse Minnewaterpark
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent que la procédure en cours évoquée (annexe 2 du rapport de l’Etat partie) n’exonère en rien les autorités de Bruges d’anticiper les conséquences d’éventuels projets de développements économiques dont elle fait mention. Le site concerné – dans le périmètre du bien – et sa surface, plaident pour une intégration harmonieuse de tout projet d’ampleur. A défaut, de tels projets ne manqueraient pas d’augmenter l’érosion de l’authenticité et de l’intégrité du bien.
d) Aspects généraux du bien
Depuis le rapport de la mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS de mars 2010, le Centre historique de Bruges continue d’être soumis à une érosion dommageable à ses caractéristiques majeures d’où découle sa valeur universelle exceptionnelle. Ce phénomène est dû, entre autres, au fait que de nombreux projets de constructions neuves apparaissent les uns après les autres et qu’ils comprennent la démolition de bâtiments plus anciens jugés de faible valeur ou sans valeur patrimoniale.
Face aux recommandations de la mission conjointe et du Comité, transmises par l’Etat partie à la ville de Bruges, celle-ci a mis en place un processus de contrôle des démolitions présenté dans sa réponse de février 2011(p. 4/6). A son code d’urbanisme, la ville a ajouté un chapitre (Chapitre 4 : protection du patrimoine mondial UNESCO, article 9, point B : démolition) qui ne permet pas la démolition de monuments présentant une valeur historique et/ou une valeur liée à la perspective du paysage urbain. Cependant, une exception rend possible la démolition : lorsque le bâtiment de remplacement prévu dans le projet possède une « qualité architecturale suffisante ». Cette nouvelle règle prend force de loi et introduit l’équivoque dans son interprétation.
La catégorisation en sept niveaux de valeur patrimoniale des monuments va dans le même sens d’une possible réinterprétation. La démarche scientifique est intéressante. Il est cependant à craindre qu’elle laisse la porte ouverte à d’éventuels déclassements propices ensuite aux démolitions.