Conformément à la demande du Comité, l’État partie a soumis un rapport, daté du 25 janvier 2006, dans lequel il fournit des informations sur l’avancement réalisé concernant la conservation et la gestion du bien. Le Comité multisectoriel – présidé par le Gouverneur de Ouarzazate et constitué du CERKAS (Centre de conservation et de réhabilitation du patrimoine architectural des zones atlasiques et subatlasiques), d’une délégation du Ministère de la Culture, du Ministère du Logement, de la division de l’urbanisme et d’autorités locales – a poursuivi son travail sur le site pour empêcher et contrôler les infractions contre la réglementation en matière d’urbanisme et de construction. Le Ministère de la Culture et le CERKAS, avec le soutien de CRATerre (Centre international de la construction en terre), et en coordination avec le Bureau de l’UNESCO à Rabat et le PNUD, ont commencé à rédiger un plan de gestion du site après la mise à disposition des 20 000 dollars EU d’assistance internationale du Fonds du patrimoine mondial. Les problèmes de conservation et la détérioration matérielle du site font l’objet d’une stratégie d’action qui fait intervenir tout un ensemble d’acteurs concernés, sous la supervision du Premier Ministre. De plus, le rapport inclut des détails de la demande de ressources financières et humaines adressée au Premier Ministre et qui doit être allouée au CERKAS pour permettre de renforcer la gestion locale sur le site.
Le Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO et l’ICOMOS ont entrepris une mission de suivi réactif pour évaluer si le site répond aux critères d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Cette mission, effectuée du 21 au 25 avril 2006, a passé en revue la mise en œuvre des décisions du Comité du patrimoine mondial, évalué l’état général de conservation du site, estimé s’il répondait aux critères d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril et élaboré un programme de priorités pour renforcer la conservation et la gestion.
La mission a constaté que la situation sur le site n’était pas aussi alarmante que le laissaient entendre les précédents rapports, et que les travaux de réhabilitation avaient commencé sur de nombreux bâtiments, dans le plus grand respect de l’authenticité, y compris en damant la terre pour réaliser les coffrages. Certains aménagements inadaptés ont toutefois été effectués, en particulier dans de petites boutiques de construction récente, et un atelier féminin de fabrication de tapis, actuellement en construction, comporte une structure à poteaux et poutres en béton. La recommandation de créer une structure de gestion a été partiellement mise en œuvre : deux comités ont été créés au niveau local et interministériel, et une demande de renforcement du CERKAS a été adressée au Premier Ministre.
La mission a conclu que l’État partie s’était engagé à plusieurs niveaux – sur le plan local aussi bien que national – pour établir des structures, des plans et des directives, comme l’avait demandé le Comité du patrimoine mondial, à l’issue de processus de consultation et de coordination. Bien que la mise en œuvre ne soit pas totalement achevée, les premiers résultats et l’incidence du travail des comités et du CERKAS sur l’état de conservation du site sont notables et positifs. Un manuel de conservation professionnel et techniquement valable, préparé par CRATerre, a récemment été publié avec l’aide de l’UNESCO et guide la réalisation de la plupart des interventions. Ce manuel va être utilisé pour sensibiliser et éduquer les propriétaires fonciers et l’ensemble de la population du ksar. Un plan de gestion est aussi en préparation et adopte une approche intégrée et une vision à long terme, en particulier pour la gestion des flux de visiteurs. Un plan d’action d’urgence a également été établi et comporte des priorités que la mission a adaptées pour en faire des repères.
Qui plus est, la mission a évalué la validité des critères d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril et a conclu que la valeur universelle exceptionnelle du Ksar d’Aït-Ben-Haddou n’est pas compromise. Seule la question concernant « l’absence de politique de conservation » pourrait peut-être justifier que l’on envisage une inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Toutefois, le processus en cours en vue de créer un cadre de conservation adapté semble avoir gagné suffisamment d’impulsion et les éléments nécessaires sont actuellement mis en place. La mission a estimé que cette politique pourrait être bientôt établie ; elle propose donc d’accorder plus de temps au processus de gestion de la conservation afin d’obtenir des résultats satisfaisants. Pour faciliter cette évolution, la mission a établi des repères pour l’évaluation future de l’efficacité des mesures prises par l’État partie.
Ces repères, à atteindre effectivement avant le 1er février 2008, incluent les mesures suivantes :
a) Établissement d’une structure de gestion performante et transparente, dotée de pouvoirs juridiques, d’un financement adéquat et de personnel technique. La mission a constaté qu’il conviendrait de confier ce rôle au CERKAS et de le renforcer techniquement, professionnellement et financièrement pour créer une présence permanente sur le site.
b) Établissement d’un mécanisme de collecte de revenus (de l’industrie du film, des visiteurs, du marketing, etc.) et de redistribution au profit de la gestion de la conservation du site. La mission a également constaté que d’ici la création de ce mécanisme, un financement du gouvernement marocain serait nécessaire pour renforcer le CERKAS et ses activités de conservation.
c) Établissement d’un décret spécial ou d’arrêtés municipaux pour prescrire des interventions concernant les questions de propriété associées aux activités de planification, notamment pour les constructions en très mauvais état.
d) Achèvement de l’avant-projet et adoption officielle du plan de gestion.
e) Poursuite des mesures de conservation préventive et programmation accrue concernant les bâtiments exigeant une intervention urgente en vue d’empêcher une aggravation de la dégradation et de la détérioration, à mettre en place en même temps que l’établissement du plan de gestion.
La non-conformité aux repères, l’absence de présence sur place et de conservation et de suivi permanents par le biais d’une structure de gestion permanente sur le site pourraient conduire le Comité à envisager de nouveau ultérieurement une inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril.
Il convient de féliciter l’État partie des efforts déployés pour traiter les nombreux problèmes de conservation de ce site. La récente mission Centre du patrimoine mondial-ICOMOS a fait une distinction claire entre les menaces perçues et avérées qui risquent d’avoir une incidence sur la valeur universelle exceptionnelle du site. Il convient cependant de noter que l’achèvement d’un plan de gestion intégrée performant pour le site exige la participation totale de l’autorité de gestion qui sera responsable de la mise en œuvre du plan ; à ce stade, alors que deux comités de supervision ont été créés (un comité local constitué de représentants des acteurs concernés au niveau local et national, et un comité interministériel chargé d’améliorer la coopération au plus haut niveau), il faut comprendre que ces comités ne peuvent se substituer à une autorité de gestion locale bien nécessaire, qui n’est pas encore en place. Le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS appuient fermement la recommandation du rapport de la mission indiquant qu’une instance de gestion distincte « serait nécessaire pour assurer une présence permanente sur le site, serait chargée d’assumer la gestion quotidienne et serait capable de rendre compte des besoins et de l’avancement à toutes les parties concernées. »