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Temple d'Haeinsa Janggyeong Panjeon, les dépôts des tablettes du Tripitaka Koreana

Brève description

Le temple d'Haeinsa, sur le mont Gaya, abrite le Tripitaka Koreana , collection la plus complète de textes du canon bouddhiste, gravés sur 80 000 tablettes de bois entre 1237 et 1248. Destinés à recevoir ces tablettes – documents vénérés autant qu'œuvre d'art exceptionnelle –, les bâtiments du Janggyeong Panjeon datent du XVe siècle et sont les plus anciens dépôts du Tripitaka . Ils démontrent une maîtrise stupéfiante dans la conception et la mise en œuvre des techniques de conservation de ces tablettes de bois.

© OUR PLACE The World Heritage Collection

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Le Janggyeong Panjeon du temple de Haeinsa, sur les pentes du mont Gaya, abrite le Tripitaka Koreana, qui est  la collection la plus complète de lois, traités et autres textes bouddhiques qui nous soit parvenue. Ces textes ont été gravés entre 1237 et 1248 sur environ 80.000 tablettes de bois pour demander au Bouddha de défendre la Corée contre les invasions mongoles. Les spécialistes du bouddhisme dans le monde entier reconnaissent l’exactitude exceptionnelle et la qualité supérieure de ces textes. La valeur des tablettes vient aussi de la délicatesse avec laquelle les caractères chinois ont été gravés ;  la calligraphie est si régulière qu’on peut penser que tout  a été écrit par la même main.

Le Janggyeong Panjeon, où les tablettes sont déposées, comprend deux bâtiments longs et deux bâtiments plus petits, le tout formant un rectangle autour d’une cour. Éléments les plus importants du complexe du temple de Haeinsa, ces bâtiments sont situés plus haut que le pavillon qui abrite le principal bouddha du complexe. Construits au XV siècle dans le style traditionnel du début de la période Joseon, leur conception se caractérise par la simplicité des détails, l’harmonie du plan et des proportions, l’équilibre et  le rythme.

Les quatre bâtiments sont considérés comme exceptionnels parce qu’ils figurent parmi les plus anciennes constructions destinées à cet usage particulier et qu’ils mettent en œuvre des solutions remarquablement efficaces pour prévenir la détérioration des tablettes de bois tout en permettant de les entreposer et d’y accéder facilement. Ils ont été spécialement conçus pour assurer une aération naturelle et moduler la température et le degré d’humidité en fonction des conditions climatiques. Ils ont ainsi protégé les tablettes contre les rongeurs et les insectes pendant quelque cinq siècles.

Le complexe du temple de Haeinsa est un lieu de pèlerinage célèbre qui attire non seulement les bouddhistes coréens, mais les bouddhistes et les chercheurs du monde entier.

 

Critère (iv) : Les dépôts du temple de Haeinsa sont exceptionnels parce qu’ils figurent parmi les plus anciennes constructions de ce type et qu’ils ont mis en œuvre au XV siècle des solutions remarquablement efficaces pour entreposer et conserver en bon état les 80.000 tablettes de bois utilisées pour imprimer les textes sacrés du bouddhisme (Tripitaka Koreana).

 

Critère (vi) : Le Janggyeong Panjeon et sa collection exceptionnelle de tablettes de bois du XIII siècle portant le Tripitaka Koreana, objets remarquables par leur qualité artistique et par une excellente utilisation des techniques de la gravure, occupent une place à part dans l’histoire du bouddhisme parce que le Tripitaka Koreana est l’ensemble le plus complet et le plus exact de textes relatifs à la doctrine bouddhique dans le monde.

 

Intégrité

La désignation s’applique à tous les éléments du complexe du temple de Haeinsa, y compris le Janggyeong Panjeon et les tablettes de bois du Tripitaka Koreana.

L’état général de conservation du Janggyeong Panjeon est satisfaisant, mais il faut constamment réparer les tablettes de bois et les étagères sur lesquelles elles sont entreposées. 

Les moyens de conservation remarquablement efficaces introduits par la conception des dépôts, qui permettent une aération naturelle  et la modulation de la température et de l’humidité relative, ont protégé les tablettes de bois contre les rongeurs et les insectes pendant plus de cinq siècles. Il faudra continuer de surveiller et de contrôler rigoureusement les variations de température et d’humidité.

Les tablettes et les dépôts sont en bois ; ils risquent d’être détruits par le feu et les tablettes risquent d’être volées.

 

Authenticité

Le complexe du temple, les différentes constructions et les tablettes de bois conservent un degré d’authenticité élevé. Le Janggyeong Panjeon continue d’abriter les 80.000 tablettes du Tripitaka Koreana  et leur permet de conserver leur forme et leur fonction originelles. On restaure les quatre dépôts depuis 30 ans pour en assurer la conservation. La forme et le plan des bâtiments ainsi que les détails architecturaux sont restés les mêmes jusqu’à nos jours, n’ayant pas subi de modification ou de dégradation majeure.

 

Éléments requis en matière de protection et de gestion

Le temple de Haeinsa est la propriété de l’ordre bouddhique coréen Jogye. Les Daejanggyeongpan (les tablettes du Tripitaka Koreana) et le Janggyeong Panjeon (les dépôts) ont été désignés comme « trésors nationaux » dans le cadre de la Loi sur la protection du patrimoine culturel. Tout le secteur du temple de Haeinsa a été désigné comme « site historique » ; et une zone de 2.095 ha autour du complexe du temple, zone  comprenant le mont Gaya, a été désignée comme « site paysager » dans le cadre de la même loi. Toute la zone du mont Gaya, autour du temple, est désignée comme « parc national » et protégée comme tel par la Loi sur les parcs naturels ; elle devient ainsi une zone-tampon destinée à protéger le patrimoine culturel. D’autre part, le temple de Haeinsa est classé comme « temple bouddhique ayant une importance historique » dans le cadre de la Loi sur la préservation des temples bouddhiques traditionnels. Ces désignations limitent fortement les possibilités de modifier le bien culturel et la zone-tampon.

Au niveau national, il incombe à l’Administration du patrimoine culturel de mettre en place et d’appliquer des politiques destinées à protéger le complexe du temple et la zone-tampon, et d’affecter des ressources financières à la conservation du Janggyeong Panjeon et des tablettes de bois. La province de Gyeongsangnam contribue elle aussi, par le versement de fonds supplémentaires, à la conservation du temple et de ses tablettes. Le district de Hapcheon est responsable de certaines activités de conservation et de gestion particulières. Le temple de Haeinsa s’occupe de la gestion quotidienne et donne des informations sur les tablettes sur son site Web. Le bien culturel fait l’objet d’examens quotidiens, ainsi que d’examens approfondis effectués par des spécialistes à tous les trois ou quatre ans.

Le projet général de conservation vise à protéger l’environnement physique du bien culturel ; il s’accompagne de divers projets relatifs à la valeur documentaire des tablettes du Tripitaka Koreana. Les travaux de conservation sont exécutés par des « spécialistes de la conservation du patrimoine culturel » qui ont passé les examens du Certificat national dans leurs domaines d’expertise respectifs. Le bien culturel ne fait pas l’objet d’un plan de gestion spécifique, mais les politiques de gestion des organismes associés au temple en vertu des diverses désignations officielles fournissent un cadre aux activités de conservation.

Pour protéger le Janggyeong Panjeon et les tablettes de bois contre le feu, on a recours à des agents de sécurité à temps plein et à un système de surveillance permanente, et l’on a installé un paratonnerre. Un camion équipé d’une pompe à incendie de taille moyenne est en place sur le terrain du temple et peut intervenir immédiatement en cas d’incendie. Pour contrôler la température et le degré d’humidité à l’intérieur des dépôts, on limite le nombre des visiteurs dans le Janggyeong Panjeon.

 

Description longue

[Uniquement en anglais]

The Temple of Haeinsa, on Mount Gaya, is home to the Tripitaka Koreana , the most complete collection of Buddhist texts, laws and treaties extant, engraved on 80,000 woodblocks between 1237 and 1248. The buildings of Janggyeong Panjeon, which date from the 15th century, were constructed to house the woodblocks, which are also revered as exceptional works of art. As the oldest depository of the Tripitaka (Three Baskets), they reveal an astonishing mastery of the invention and implementation of the conservation techniques used to preserve these woodblocks.

The Haeinsa Tripitaka woodblocks were carved in an appeal to the authority of the Buddha in the defence of Korea against the Mongol invasions. They are recognized by Buddhist scholars around the world for their outstanding accuracy and superior quality. Chinese Buddhist scholars have also used the Tripitaka Koreana as a reference in their compilations. The woodblocks are also valuable for the delicate carving of the Chinese characters, so regular as to suggest that they are the work of a single hand.

The collection is also an invaluable cultural heritage because of its outstanding historical significance and associations with ideology, religion, historical events and the experiences of individuals. Among Korea's historic Buddhist temples, three are recognized as the Three Jewels of Korean Buddhism. Haeinsa, the largest temple in Korea, is known as the Dharma Jewel Temple because it houses the woodblock texts. Originally the term 'Dharma Jewel' (poppa ) referred to Buddhist doctrine or the compilation of the Buddha's teachings, which form the basis of Buddhist laws. As the Haeinsa woodblock depositories house the most complete and accurate version of the scriptures in the world, they are a famous destination for pilgrimages, not only among Korean Buddhists but also Buddhists and scholars from all over the world. There are some 500 monks living at Haeinsa today, studying the Buddha's teachings and guarding the Tripitaka Koreana . The depositories at Haeinsa are extremely rare in that they were built for the express purpose of housing the woodblocks; 18th- and 19th-century buildings for the same purpose in China and Japan are inferior in design and construction. They are also among the largest wooden structures in the world.

This is a distinctive cultural heritage testifying to the development of important cultural assets, society, art, science and industry. The depositories were built in the traditional wooden architectural style of the early Joseon period and are unparalleled not only for their beauty but also for their scientific layout, size and faithfulness to function, i.e. preservation of the woodblocks. They were specially designed to provide natural ventilation and to modulate temperature and humidity, adapted to climatic conditions and thus preserving the precious woodblocks for some 500 years undamaged by rodent or insect infestation.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Le temple d'Haeinsa est situé sur le mont Kava (1430 m), l'une des plus belles montagnes de Corée qui, en raison de son relief escarpé, a été épargnée par les guerres qui ont ravagé la Corée tout au long de son histoire.

Le temple fut initialement construit pendant la période du royaume uni de Silla en 802 ; il fut restauré et agrandi en de nombreuses occasions. Le Changgyong P'ango sont les quatre dépôts utilisés pour conserver les 80.000 tablettes de bois qui ont été nécessaires à la transcription du Tripitaka Koreana. Leur forme d'origine reste incertaine. On sait cependant que la reine ordonna leur restauration en 1481 pendant le règne du roi Choson Sejo. Les travaux furent terminés en 1488. Sudarajang, l'un des principaux dépôts, fut restauré en 1622 et l'autre grand dépôt, Poppojon, le fut en 1624 (comme le montre une inscription trouvée lors de travaux de restauration effectués en 1964). Aujourd'hui, tous sont intacts et ont conservé leur fonction d'origine.

Les dépôts d'Haeinsa Changgyong P'ango abritent la version du Tripitaka, les canons bouddhistes complets, la plus complète et la plus précise du monde. Les tablettes furent sculptées en remplacement des premières tablettes de bois du Tripitaka Koreana réalisées sous le règne du roi Hyonjong (1010-1031) dans l'espoir de protéger le royaume Koryo de l'invasion du peuple Khitan venu de Mongolie. La première série de tablettes de bois fut sculptée pendant l'invasion mongole de 1232. Le siège de la cour Koryo partit pour l'île de Kanghwa cette même année, marquant ainsi le début d'un long épisode de résistance. Le projet commença en 1237 avec les tablettes de bois pour deux volumes, totalisant 113 livres. 11 fut terminé douze ans plus tard, avec les tablettes de bois de l'index en trois livres, totalisant 1496 volumes (6568 livres) des règles et enseignements bouddhistes et soûtra.

Le Trioitaka Koreana d'Haiensa est considéré comme le plus exact de tous les textes du Tripitaka rédigés en caractères chinois. En effet, au temps de la réalisation de cette œuvre, le précepteur national sugi, moine bouddhiste chargé de la gravure, les compara soigneusement au contenu des textes de l'époque (parmi lesquels la version chinoise du Sung nord, la version Khitan et la première version du Tripitaka Koreana) afin d'en corriger les erreurs et de retrouver les caractères manquants. ces corrections sont regroupées dans le Registre de révision du Tripital

Les tablettes de bois furent sculptées à Namhae (province du sud Kyongsang). Après leur réalisation, elles furent conservées dans le Taejanggyong P'andang à l'extérieur de la porte ouest de la forteresse Kanghwa. Une cérémonie fut organisée pour célébrer la fin de leur exécution en 1251. Elles furent déplacées pour la première fois vers l'île de Kanghwa dans le temple Sonwonsa en 1318, puis vers les actuels dépôts en 1398 en raison des fréquentes invasions étrangères de la fin de la période Koryo. Des archives indiquent que le roi vint jusqu'à la rivière Yongsan (aujourd'hui rivière Han) pour surveiller personnellement le transport des tablettes de bois.

Source : évaluation des Organisations consultatives