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Qal’at al-Bahreïn – ancien port et capitale de Dilmun

Brève description

Qal’at al-Bahreïn est un tell typique, c’est-à-dire une colline artificielle créée par plusieurs strates successives d’occupation humaine. La stratigraphie du tell de 300 m sur 600 atteste d’une présence humaine constante depuis environ 2300 av. J.-C. jusqu’au XVIe siècle de notre ère. Près d’un quart du site a déjà fait l’objet de fouilles, qui ont révélé des structures de types divers : résidentiel, public, commercial, religieux et militaire. Elles témoignent de l’importance du lieu, un port marchand, à travers les siècles. Au sommet de la colline de 12 m de hauteur se trouve un impressionnant fort portugais qui a donné son nom à l’ensemble du site (qal’a signifie fort). Le site est l’ancienne capitale de Dilmun, l’une des plus importantes civilisations antiques de la région. Il contient les plus riches vestiges répertoriés de cette civilisation, dont on n’avait auparavant connaissance qu’à travers les écrits sumériens.

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Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Qal'at al-Bahreïn - ancien port et capitale de Dilmun est un site archéologique qui comprend quatre éléments principaux : un tell archéologique (colline artificielle formée au fil du temps par des occupations successives) de plus de 16 hectares, aux abords immédiats de la côte septentrionale de Bahreïn ; une tour  maritime située à environ 1 600 m au nord-ouest du tell ; un chenal d'un peu moins de 16 hectares taillé dans la barrière de corail non loin de la tour, et des palmeraies. Des palmeraies et des jardins traditionnels entourent le site sur toute la surface terrestre qui forme la zone tampon, en particulier à l'ouest et au nord du site, mais aussi à l'est et au sud-est. Le bien est situé dans le Gouvernorat du Nord, dans le district du village d'Al Qalah sur la côte nord à environ 5,5 km à l'ouest de Manama, actuelle capitale de Bahreïn.

Qal'at al-Bahreïn est un exemple exceptionnel d'une continuité d'occupation plus ou moins ininterrompue pendant près de 4 500 ans, depuis 2300 avant J.-C. jusqu'à nos jours, sur l'île de Bahreïn. Le tell archéologique, le plus connu à Bahreïn, est unique dans toute l'Arabie orientale et la région du Golfe dans la mesure où il s'agit là de l'exemple le plus complet que l'on ait actuellement d'une séquence stratigraphique profonde et intacte couvrant la majorité des époques à Bahreïn et dans le Golfe. Il est éminemment représentatif de la puissance de Dilmun et de ses successeurs durant la période de Tylos et la période islamique, comme en témoigne leur domination commerciale dans le Golfe. Ces qualités se manifestent à travers l'architecture monumentale et défensive du site, le tissu urbain magnifiquement préservé et les découvertes absolument remarquables des archéologues qui ont fouillé le tell. La tour maritime, probablement un ancien phare, est unique dans la région comme exemple de l'architecture maritime ancienne et le chenal adjacent démontre l'extraordinaire importance de cette ville sur les routes du commerce maritime de l'Antiquité. Qal'at al-Bahreïn, considéré comme la capitale de l'ancien Empire de Dilmun et le premier port de cette civilisation depuis longtemps disparue, était le centre des activités commerciales reliant l'agriculture traditionnelle (représentée par les palmeraies et jardins traditionnels qui datent de l'Antiquité et existent encore autour du site) et le commerce maritime entre des régions aussi diverses que la vallée de l'Indus et la Mésopotamie dans un premier temps (du IIIe au Ier millénaire avant J.-C.), puis entre la Chine et la Méditerranée (du IIIe au XVIe siècle après J.-C.). Véritable carrefour d'échanges économiques, Qal'at al-Bahreïn exerçait une présence commerciale et politique très active à travers toute la région. La rencontre de différentes cultures qui s'en est suivie s'exprime dans le témoignage de l'architecture monumentale et défensive successive du site, comprenant une forteresse mise au jour sur la côte, dont la construction remonte environ au IIIe siècle après J.-C. et la grande forteresse édifiée sur le tell au XVIe siècle et qui a donné son nom au site 'Qal'at al-Bahreïn', ainsi que le tissu urbain merveilleusement préservé et les découvertes variées d'une valeur exceptionnelle qui illustrent un mélange de langues, de cultures et de croyances. Par exemple, le madbasa (élément architectural utilisé pour la production du sirop de datte) à l'intérieur du tell, l'un des plus anciens au monde, reflète un lien avec les palmeraies environnantes, qui témoigne de la continuité des pratiques agricoles traditionnelles du Ier millénaire avant J.-C. Le site qui se trouve à un endroit très stratégique, constituait une partie extrêmement importante du réseau politique régional du Golfe, jouant un rôle politique très actif à différentes époques, dont on retrouve les indices dans les différentes strates du tell. Qal'at al-Bahreïn est l'exemple unique d'un paysage ancien survivant avec des éléments culturels et naturels.

Critère (ii) : Son statut de grande ville portuaire, où divers peuples et traditions venus de différentes régions du monde connu d'alors se rencontraient, vivaient et exerçaient leurs activités commerciales, fait de cet endroit un véritable carrefour de cultures, toutes reflétées dans son architecture et son développement. En outre, le site a été envahi et occupé pendant longtemps par la plupart des grandes puissances et des empires influents, qui ont marqué de leur empreinte culturelle les différentes strates du tell.

Critère (iii) : Le site était la capitale de l'une des plus importantes civilisations antiques de la région, la culture de Dilmun. À ce titre, ce site est l'exemple le plus représentatif de cette culture.

Critère (iv) : Les palais de Dilmun sont des exemples uniques d'architecture publique de cette culture, qui a eu un impact sur l'architecture de la région dans son ensemble. Les différentes fortifications sont les meilleurs exemples d'ouvrages défensifs du IIIe siècle avant J.-C. au XVIe siècle après J.-C. réunis sur un seul et même site. Les palmeraies protégées qui entourent le site illustrent le paysage et l'agriculture typiques de la région depuis le IIIe siècle avant J.-C.

Intégrité (2011)

Avec l'extension des limites du site pour inclure une seconde zone au bien du patrimoine mondial comprenant l'ancienne tour de mer et le chenal d'accès historique (décision 32 COM 8B.54), les attributs connus qui expriment la valeur universelle exceptionnelle sont maintenant à l'intérieur du bien. L'extension de la zone tampon par la même décision d'inclure le corridor visuel dans la baie au nord du site garantit le maintien de la relation entre les deux parties du bien et avec la mer. L'intégration de cette zone tampon dans les stratégies de développement et de planification nationale (2030) comme zone d'exclusion de développement en vertu d'un décret royal (novembre 2008) sous-entend que le corridor d'exclusion ne peut être traversé que par un pont à une distance minimale de 3 km du rivage (rapport de l'Etat partie sur l'état de conservation du bien, 5 mars 2009), assurant ainsi qu'aucun des attributs n'est menacé par le développement ou la négligence.

Hormis les facteurs naturels affectant le site au fil du temps, comme les intempéries, l'érosion, le climat rude et venteux, il n'y a pas de gros impacts résultant de phénomènes naturels ou d'interventions humaines. Les nombreux vestiges de structures mis au jour sont inaltérés et ont enduré quatre millénaires, certains murs de 4.5 m sont encore debout. Plus de 85 % du tell est d'origine et complètement intact. Le paysage environnant (terrestre et marin) est préservé et les aménagements réalisés à proximité, notamment dans les zones urbaines, n'ont pas compromis l'intégrité visuelle ou physique du bien.

Authenticité (2005)

L'authenticité est démontrée par la longue séquence d'occupation que traduit la profondeur de la stratigraphie originale, qui existe encore sur place dans toute la partie inexplorée du tell (moins de 15 % a été mis au jour). L'ensemble original des structures, le tissu urbain archaïque, le tell, les palmeraies et les structures maritimes existent encore et attestent aujourd'hui de la valeur universelle exceptionnelle du site dans sa forme, ses matériaux et son cadre.

Eléments requis en matière de protection et de gestion (2011)

Les éléments de Qal'at al-Bahreïn sont protégés par la loi (Loi 11 de 1995 et Décrets royaux 21 de 1983, 26 de 2006 et 24 de 2008) à Bahreïn. Le tell est classé Monument national (Décret ministériel 1 de 1989). Un plan de zonage a été établi en coopération avec d'autres services gouvernementaux pour contrôler la hauteur des bâtiments dans la zone et la nature du futur développement urbain, assurant le maintien de l'intégrité visuelle et physique, y compris le corridor visuel et les éléments maritimes ajoutés au site par le Comité du patrimoine mondial en 2008 (32 COM 8B.54), et autorisant la consultation avec les organes de gestion, la Direction de l'archéologie et du patrimoine et la Direction des musées au Ministère de la Culture, qui contrôlent les menaces potentielles pour le site et suivent les questions de conservation. La Direction de l'archéologie et du patrimoine doit être consultée avant d'entreprendre tout projet susceptible de menacer un site archéologique (Arrêté ministériel 1 de 1998). Le site est protégé par une barrière de sécurité. L'accès des visiteurs est géré et contrôlé par le nouveau musée de site. Le musée joue un rôle très important dans la présentation/interprétation du site et mène une action de sensibilisation des visiteurs, puisqu'il a été spécialement conçu pour mettre en évidence les aspects de la valeur universelle exceptionnelle du bien et de la zone tampon. Aucun chantier de fouille n'est actuellement autorisé, mais il y a des plans pour la gestion de futurs projets de fouilles et un programme d'archéologie sous-marine, avec une étude de l'ancien chenal. Le village implanté à la limite sud du tell est transféré à un nouvel emplacement éloigné du site.

Description longue

Qalaat al-Bahreïn est un site archéologique entouré de palmeraies. Il présente la forme et toutes les caractéristiques d'un tell, c'est-à-dire d'une colline artificielle créée par plusieurs strates successives d'occupation humaine. Les fouilles archéologiques y ont débuté voici cinquante ans, à l'initiative d'une mission danoise qui y a travaillé entre 1954 et 1970, suivie par une mission française depuis 1978, enfin par des archéologues de Bahreïn depuis 1987.

La couche la plus ancienne, probablement formée des vestiges de maisons remontant à 2300 av. J.-C, se trouve près de la mer ; cette période est également celle de la construction d'un large mur destiné à entourer et à protéger l'habitat. Un mur plus tardif, peut-être destiné à renforcer le précédent, a été construit autour de 1450 av. J.-C. Différents niveaux d'occupation ont été mis au jour dans la partie centrale des fouilles. Le principal ensemble découvert est une rue de 12 m de largeur, bordée de part et d'autre par de grands édifices monumentaux. Les plus anciennes constructions ont été modifiées et agrandies pour devenir le palais du gouverneur kassite, lorsque les Kassites, venus de Mésopotamie, firent la conquête du site. Dans la même zone de fouilles, plusieurs luxueuses résidences, présentant des espaces privés et publics, ainsi qu'un dispositif sanitaire élaboré, remontent également à cette époque.

Le site était un important port marchand, dans lequel les peuples de différentes parties du monde connu, avec leurs traditions, se sont rencontrés, ont cohabité et ont pratiqué leurs activités commerciales. Il était la capitale de Dilmun, l'une des plus importantes civilisations antiques de cette région. Une forteresse côtière a été mise au jour dans la partie nord du site ; elle n'est probablement pas antérieure au IIIe siècle av. J.-C., et ses matériaux ont été réutilisés par la suite pour la construction d'un grand fort médiéval - le fort de Bahreïn.

Du XVIe siècle jusqu'à son abandon, le site, dominé par une grande forteresse construite au sommet du tell, qui lui a valu son nom, fut principalement utilisé à des fins militaires. La forteresse présente différentes phases de construction, dont la première est du début du XVe siècle. Le premier agrandissement significatif de la forteresse et de ses douves, ainsi que son adaptation aux exigences de l'artillerie moderne, remonte à 1529. La troisième phase a conféré à la forteresse sa physionomie actuelle : elle date de 1561, lorsque l'île passa sous la domination des Portugais qui construisirent aux angles plusieurs bastions de style gênois, et élargirent les douves. Le renforcement et l'agrandissement de la forteresse reflètent l'importance croissante de la route maritime reliant l'Inde à la Chine, ainsi que les rivalités entre la principauté d'Hormuz, les Portugais, les Safavides de Perse et les Turcs ottomans. L'ancien chenal d'accès taillé dans la barrière de corail, qui avait rendu le site hospitalier pendant des siècles, s'était presque entièrement refermé à cette époque, et n'autorisait plus le passage qu'à de petits navires, et seulement à marée haute. Ce fut la principale raison de son abandon, et de la transformation en site archéologique d'un habitat riche de 4 500 ans d'histoire.

Les palais de Dilmun offrent des exemples uniques d'architecture publique de cette culture, qui a exercé une importante influence sur l'architecture de toute cette région. Les différentes fortifications offrent les meilleurs exemples, réunis sur un même site, de travaux défensifs réalisés depuis le IIIe siècle av. J.-C. jusqu'au XVIe siècle apr. J.-C. Les palmeraies protégées qui l'entourent sont tout à fait caractéristiques du paysage et de l'agriculture typiques de cette région depuis le IIIe siècle av. J.-C.

Source : UNESCO/CLT/WHC