Le Centre du patrimoine mondial a reçu le 27 novembre 2007 une demande émanant de l'Etat partie afin que soit organisée une mission technique dans le Quartier historique de la ville de Colonia del Sacramento, Uruguay, à propos des récentes modifications apportées à un projet de longue date, les "Marinas de Sacramento", qui comprend un port de plaisance, un hôtel et un centre de congrès, le tout mitoyen du bien du patrimoine mondial. La documentation remise par l'Etat partie, base de travail de la mission technique, indiquait que le principal problème était l'absence d'accord entre les principaux intervenants nationaux et locaux à propos du projet. Lorsque la demande de mission a été présentée, le Centre du patrimoine mondial a reçu des informations émanant de l'Etat partie qui constituaient la base de travail officielle nécessaire au bon déroulement de la mission.
Le projet a été lancé par le Ministère uruguayen des transports et des travaux publics en 1994, avant l'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en 1995. Suite à une étude réalisée par une commission spécialement créée à cet effet par le Ministère des transports et des travaux publics, le projet a été accepté en décembre 1998. Entre février 1999 et décembre 2001, la planification du projet commença et les procédures d'impact environnemental furent mises en place. Le projet fut abandonné en 2000 et repris en 2006, avec le soutien du Ministère des transports et des travaux publics et de la Municipalité de Colonia del Sacramento, alors que les évaluations d'impact environnemental n'étaient pas terminées. Le Conseil exécutif de Colonia et la Direction nationale de l'environnement (Dirección nacional del medio ambiente – DINAMA) ont exprimé des réserves sur certains aspects du projet.
Le Comité du patrimoine mondial a lui aussi exprimé des réserves sur le projet. A sa 27e session (UNESCO, 2003), le Comité du patrimoine mondial a invité l'Etat partie à réviser le projet de casino-hôtel conformément aux recommandations de la mission d'experts de l'ICOMOS qui s'était déroulée en 2002 et à mettre en place de toute urgence la procédure de préparation d'un schéma directeur et d'un plan de gestion du secteur. A sa 29e session (Durban, 2005), le Comité du patrimoine mondial a été informé que le projet de casino-hôtel était en cours de révision en conformité avec les recommandations de la mission technique de l'ICOMOS qui s'était déroulée en mai 2004. Le Comité du patrimoine mondial a demandé à être tenu informé des progrès accomplis dans la modification du projet et dans l'élaboration du plan de gestion.
En février 2005, le bien de "La baie et les îles de Colonia del Sacramento" a été inscrit sur la Liste indicative uruguayenne en tant que possible extension à venir du bien du patrimoine mondial actuel.
Une mission technique de l'ICOMOS s'est déroulée du 9 au 11 juin 2008. La mission a particulièrement étudié la situation du port de plaisance, de l'hôtel et du centre de congrès et a fourni de très utiles informations sur le contexte social, nécessaires à l'examen du projet. Dans le cadre de l'évaluation des possibles impacts associés au projet, il est important d'être au fait des changements sociaux qui se sont produits au cours des dernières années et depuis l'inscription du bien. La population du Quartier historique de Colonia del Sacramento a baissé de 50% depuis 1995 et le quartier s'est transformé en un lieu d'accueil de touristes et d'infrastructures touristiques (hôtels, restaurants, lieux de divertissement) en lieu et place des structures destinées aux habitants. Le projet attirerait encore plus de touristes et de visiteurs qu'actuellement et est susceptible de faire disparaître la "qualité de vie" du quartier historique.
Les principales conclusions et recommandations de la mission sont les suivantes:
a) En dépit des impacts négatifs liés à croissance rapide du tourisme et au remplacement de la population résidentielle traditionnelle par des activités touristiques, le bien du patrimoine mondial conserve sa valeur universelle exceptionnelle, ainsi que son authenticité et son intégrité;
b) Cependant, l'efficacité de la gestion et de la conservation doivent être améliorées, différentes menaces envers le bien doivent être prises en compte afin de conserver ses valeurs patrimoniales. Par ailleurs, des orientations pour le traitement des façades, le pavage, les couleurs ou la conservation du plâtre doivent être définies, c'est l'une des recommandations spécifiques du rapport de mission ;
c) L'absence de plan de gestion intégré doit être compensée par de nombreux efforts à entreprendre pour conserver le site. La mission recommande en particulier l'achèvement du plan de gestion commencé en 2003 et interrompu en 2007 et détaille les activités que le plan doit encadrer, les problèmes qu'il doit affronter et les formes de contrôle, de coordination et de collaboration qu'il doit mettre en place. Le rapport suggère également qu'il faille entamer la restauration des bâtiments de la "Calle de los suspiros" et de plusieurs bâtiments sur le vieux port;
d) Alors que les cadres institutionnels, tant au niveau national que local, sont bien adaptés, il serait important que soit créé une autorité de gestion chargée spécifiquement de la sauvegarde des valeurs patrimoniales du bien dans le contexte du patrimoine mondial, du suivi de la mise en œuvre du plan de gestion intégré demandé, des initiatives de conservation et de la coordination des actions et des interventions d'autres acteurs et structures d'envergure nationale ou locale;
e) Le rapport de mission suggère que le projet "Marinas de Sacramento" soit suspendu dans l'attente d'une étude sur les relocalisations possibles du projet qui ne devrait pas compromettre les qualités intrinsèques du quartier historique et de son environnement maritime. En outre, la baie elle-même figure désormais sur la Liste indicative uruguayenne et relève des critères liés aux valeurs de son patrimoine sous-marin. Le rapport de mission suggère que les alternatives au projet actuel soient durables tant d'un point de vue environnemental que social, historique, et patrimonial.