Dans son rapport remis le 30 janvier 2008, l'Etat partie a donné des informations sur les progrès accomplis dans les réponses apportées aux menaces déjà identifiées en 1995 et qui avaient conduit à l'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.
Exploitation minière
L'Etat partie fait état de progrès dans la mise en œuvre du projet « Réponse et restauration du district minier de New World » (New World Mining District Response and Restoration). Des mesures ont été prises afin de réduire les résidus miniers présents dans l'eau et des discussions sont en cours à propos d'un suivi à long terme et de la maintenance du dépôt de déchets industriels.
Bison
L'Etat partie signale que la présence de l'agent pathogène Brucella abortus constitue une menace pour tout le secteur économique de l'élevage dans la région mitoyenne du bien. D'ailleurs, certains des bisons ayant migré au-delà des limites du bien ont été tués. La population de bisons est gérée dans le cadre du plan de gestion commun des bisons (BMP) datant de l'an 2000. L'Etat partie déclare que le nombre de bisons s'est maintenu au cours des 5 dernières années entre 3.000 et 5.000. L'Etat partie mène des recherches pour éliminer la brucellose tout en laissant les troupeaux errer librement dans toute la zone du Grand Yellowstone.
Bien que l'Etat partie n'ait remis ni exemplaire du BMP, ni données sur la migration des bisons, ni sur le nombre de spécimens tués dans le cadre de la prévention de la maladie, les ONG et les experts estiment que le rôle du bison dans la transmission du Brucella abortus n'est pas avéré. Il n'y a pas de cas reconnu, dans des conditions naturelles, de transmission du bison au bétail et des rapports soulignent que d'autres ongulés sont aussi porteurs de la même maladie mais sont gérés différemment. En outre, un certain nombre d'experts indépendants ont constaté que le BMP devait être révisé afin de s'adapter au changement de conditions. Par exemple, le bétail ne paît plus dans certaines zones ce qui pourrait laisser au bison sauvage plus d'espace pour paître librement dans ses prairies d'origine.
Des couloirs visant à faciliter les migrations de bisons sont de plus en plus souvent mis en place, tel le couloir de migration de Yuken Yellowstone, les communautés locales apportent un soutien croissant aux efforts de conservation. Lors de l'inscription du bien, les zones forestières aux alentours ont été considérées comme une valeur ajoutée dans le cadre de l'intégrité du paysage requis pour la migration de la faune, en particulier du bison. Les terres ayant vu leur utilisation évoluer et les éleveurs entrant en concurrence avec la faune sauvage pour leur occupation, cela a eu des conséquences sur la liberté de mouvement des bisons, modifiant leur comportement naturel et réduisant la portée des phénomènes naturels pour lesquels le bien a été inscrit. Une attention accrue apportée à la mise en œuvre du BMP est donc justifiée en raison de son lien très fort avec la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN recommandent qu'une étude détaillée des risques de transmission de la maladie soit menée, faisant état des nouvelles données scientifiques en ce qui concerne les sous-populations de bisons, génétiquement différentes et des risques changeants de transmission de la maladie. Cette étude devra s'intéresser à tous les ongulés et sera menée en parallèle à la révision du BMP. La gestion de la population de bisons, en tant qu'espèce migratoire, étant une tâche complexe à envisager sur le moyen et le long terme, le BMP devra viser à protéger et à entretenir la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien. Un financement devra être accordé afin de soutenir les couloirs de migration au-delà du périmètre du bien.
Truite fardée
La présence de truites de lac exogènes continue de constituer une grave menace vis-à-vis de la truite fardée, une espèce rare et endémique, et de 42 autres espèces indigènes d'oiseaux et de mammifères dont la survie dépend, à des degrés différents, de la présence de cette truite spécifique. L'Etat partie fait état de l'avis de chercheurs qui estiment qu'en dépit des grands efforts accomplis pour faire disparaître les espèces de truites de lac invasives, leur présence est en augmentation constante. L'Etat partie estime que l'amélioration des méthodes de retrait des espèces de truites invasives a ralenti leur expansion. Depuis 2006, des améliorations minimes ont pu être observées pour les spécimens de truite fardée en âge de pondre, pour ceux pondant pour la première fois et dans le recensement du nombre de poissons de rivière. La presse suggère que le bas niveau des eaux du Lac de Yellowstone résultant de la sécheresse, et la maladie appelée "tournis des truites", ont aussi nui aux populations de truites fardées.
Qualité de l'eau
La qualité de l'eau dans le périmètre du bien s'est dégradée à cause d'une vieille usine de traitement des eaux usées au fonctionnement dépassé, de lignes électriques souterraines, et de réservoirs de carburant monocoques âgés. Le traitement inadapté des eaux usées et la présence de réservoirs de carburant ont provoqué des débordements, des ruptures de canalisation et des épandages qui ont eu des conséquences sur le sol et les eaux en profondeur et en surface et ont détérioré les terres dans certaines zones du bien. On a partiellement remédié à ces dégradations grâce à un financement à hauteur de 22 millions de dollars EU, mais d’importants investissements sont encore nécessaires.
Routes
Le système routier du bien n'a pas été prévu pour absorber le nombre actuel très important de visiteurs. Ceci contribue à une dégradation des infrastructures. Des investissements et des chantiers de reconstruction sont en cours et doivent se poursuivre jusque dans les années 2020. L'Etat partie signale que les méthodes de construction sont conformes aux mesures définies par la Loi nationale de politique environnementale (National Environmental Policy Act)
Impact des visiteurs
Les séjours hivernaux de visiteurs continuent d'être l'objet de controverses en raison de l'usage de motoneiges, interdits entre 2000 et 2003, et rétablis depuis. La version finale de la Déclaration d'impact environnementale de l'usage hivernal du bien a proposé la réduction du nombre de motoneiges de 720 à un maximum de 540 machines par jour. Les experts estiment cependant que ce chiffre devrait être abaissé à 250 par jour afin de limiter le bruit et la pollution atmosphérique qui ont des conséquences sur l'intégrité et les valeurs du bien, en particulier celles liées au critère (vii), et afin d'améliorer la qualité de l'expérience vécue par les visiteurs lors de leurs séjours. Diverses initiatives sont en cours dans le domaine de la gestion des déchets solides, elles visent à favoriser le recyclage et le compostage des matières organiques. Des partenariats ont été signés afin de promouvoir les carburants alternatifs et la réduction des émissions de gaz lors des déplacements, et, l'utilisation de véhicules hybrides. Le nombre de visiteurs en 2007 a atteint le record de 1995 et la presse évoque le nombre de 3 150 000 visiteurs, soit une augmentation de 9,8% par rapport à 2006. Le nombre moyen de visiteurs par jour en 2007 a été de 26 542, le mois de plus forte fréquentation étant juillet.
Problèmes et menaces en cours d'apparition
Un certain nombre d'experts, d’ONG et de média se font l'écho du conflit croissant entre la présence humaine et la faune et la flore, et, de la disparition du pin à écorce blanche provoquée par de multiples facteurs dont la présence de scolytes et le réchauffement climatique. Le pin à écorce blanche est important pour les grizzlis et aide à la régulation de l'eau lors de la fonte des neiges au printemps. La région du Grand Yellowstone doit aussi faire face à une pression croissante liée à l'aménagement qui provoque un morcellement du paysage, réduisant ainsi les capacités du bien pour faire face aux conséquences prévues du changement climatique et pour conserver les voies traditionnelles de migration des espèces dont le bison.
Gestion et politique
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN ont remarqué que le bien est géré au moyen d'un certain nombre de plans précis et ciblés sur des problèmes spécifiques. Bien que la mise en œuvre des ces plans spécifiques soit considérée favorablement, le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment qu'un plan général des biens serait la garantie d'une gestion menée de façon cohérente et efficace afin de protéger la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien. La mise à jour du plan de 1973 serait une occasion d'évaluer les changements et d'ajuster les nombreuses politiques et gestions, en particulier celles concernant les espèces migratoires. Cette mise à jour contribuerait aussi à l'évaluation des risques liés aux impacts potentiels du changement climatique sur l'intégrité du bien, permettant ainsi d'identifier et de mettre en place les mesures nécessaires afin d'atténuer ce changement et de s'y adapter.