Le 1er février 2011, un rapport sur l’état de conservation du bien du patrimoine mondial a été soumis par l’Etat partie.
Du 20au 25 septembre 2010, une mission consultative conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS a visité le bien, à l’invitation de l’Etat partie, afin d’étudier l’impact d’une central électrique à paille dans la zone tampon sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien ainsi que la gestion globale du bien. Les conclusions de cette mission sont incluses dans le rapport de l’Etat partie. Le rapport de mission est disponible en ligne à l’adresse suivante : http://whc.unesco.org/en/sessions/35COM.
a) Etat actuel de la centrale électrique
L’Etat partie rapporte qu’il n’y a pas eu de changement depuis le dernier Comité. Après les travaux d’excavation pour les fondations, le constructeur a cessé les travaux, probablement faute de financement. L’Etat partie reconnaît qu’il dispose de peu de moyens pour inverser les autorisations qui ont été accordées pour la construction de la centrale à paille. Toutefois, bien que le permis d’utilisation environnemental délivré à la centrale n’expire pas avant le 30 avril 2027, le délai accordé pour sa première inspection est le 30 avril 2012, et le permis de construire expire en juillet 2012.
La mission note que le financement du projet n’est pas assuré, car les soutiens financiers du Japon se sont retirés et la Banque d’investissement de l’Etat a refusé de soutenir le projet. La mission note aussi qu’il est aujourd’hui reconnu que les procédures d’autorisation de la centrale à paille n’étaient pas adéquates, les autorités locales de Szerencs n’ayant pas tenu compte des dispositions particulières relatives au bien, et les obligations définies dans le plan de gestion du bien n’ayant pas été ‘intégrées’ aux règles de construction et d’urbanisme. Par conséquent, ni les autorités locales ni l’évaluation de l’impact environnemental n’ont pris en compte l’impact du développement sur le bien en tant qu’entité.
Le Médiateur pour les générations futures a signifié clairement à la mission qu’il était regrettable que la construction de la centrale aie reçu une autorisation et qu’une enquête lancée par ses services avait mis en lumière certaines inquiétudes quant à des irrégularités de procédure. De plus, il considérait que « la construction de la centrale dans la forme autorisée aurait pu menacer la durabilité des valeurs environnementales et naturelles du patrimoine mondial en raison de son impact négatif en termes de transport, de production arable intensive, de cultures énergétiques et d’émission de CO2 »
La mission a conclu que la construction d’une grande centrale électrique à paille dans la zone tampon près de la ville de Szerencs pourrait avoir de graves impacts négatifs sur nombre des attributs de la valeur universelle exceptionnelle du bien et que tous les efforts devraient être faits pour arrêter son développement. De plus, la mission considère que la collecte de paille pour les centrales de ce type ne doivent pas se faire dans les limites du bien ni dans sa zone tampon ni dans les plaines inondables des rivières Bodrogköz et Taktaköz, (car elles sont à l’origine des brouillards qui permettent la botrytisation des raisins qui est essentielle au vin de Tokaj) ni dans les lieux qui sont reliées par des routes passant par l’une de ces zones.
L’Etat partie déclare qu’il tiendra compte de ces recommandations au moment de la révision du permis environnemental (avant le 30 avril 2012).
b) Loi sur le patrimoine mondial
L’Etat partie rapporte que, à la suite des élections générales en Hongrie en 2010, le nouveau gouvernement a retiré le premier projet de Loi sur le patrimoine mondial pour révision. Le gouvernement soumettra au Parlement en 2011 un nouveau projet qui devrait encadrer le projet de loi qui sera adopté cette année. La loi réglementera les problèmes de procédure et d’organisation, liés à la gestion des biens inscrits au patrimoine mondial en Hongrie, et créera aussi le soutien financier nécessaire. Cela devrait améliorer grandement la situation actuelle du Tokaj, dont l’organe de gestion est une association très engagée mais qui ne dispose pas des pouvoirs juridiques appropriés ni des ressources financières et humaines adéquates.
c) Etat de conservation et gestion du bien
La mission a fait des recommandations réclamant entre autres : des inventaires plus détaillés des types de paysages ; la protection des zones constructibles afin d’encourager des pratiques de construction traditionnelles ; un plan de gestion actualisé comportant des dispositions de gouvernance claires ; l’encouragement des initiatives de développement durable et l’optimisation des attributs du bien au profit des communautés locales ; le plan de gestion devant guider les plans locaux, formellement ‘adopté’ ; le développement d’une approche plus stratégique de la gestion de la circulation automobile ; l’assurance que les routes ne seront plus élargies dans l’emprise du bien ; la préservation des haies des routes existantes de tout empiètement agricole ou du fait de l’élargissement des routes.
L’Etat partie répond dans son rapport que nombre de ces problèmes seront traités dans la rédaction du nouveau plan de gestion qui répondra aux exigences de la future Loi sur le patrimoine mondial ; les recommandations concernant les routes seront prises en considération plus rapidement dans le cadre des consultations sur les programmes de construction routière.
d) Délimitations du bien et de la zone tampon
La mission recommandait que la logique qui sous-tend les délimitations du bien soit réexaminée sur la base de la déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle, car dans certains endroits la distinction entre le bien et sa zone tampon n’est pas claire. La mission envisage aussi que la zone tampon soit étendue pour prendre en compte les inquiétudes de l’ICOMOS au moment de l’inscription concernant la protection visuelle adéquate près de Zalkod et Tokaj, et la nécessité que la zone tampon prenne en compte la protection écologique des terres inondables qui permettent le processus de botrytisation.
e) Mines et carrières
La mission considérait qu’il était nécessaire de réglementer l’exploitation des carrières situées dans le bien et dans la zone tampon. Les petites carrières, qui fournissent la pierre pour la construction locale, peuvent être considérées comme la poursuite d’une activité traditionnelle ancienne, tandis que les grandes carrières, qui alimentent la construction des routes, ont un impact sur de vastes étendues de paysage, ne sont pas justifiées et ne sont pas conformes à la stratégie du plan de gestion. L’Etat partie rapportait qu’il existe une demande de licence pour l’exploitation d’une mine d’andésite près du village de Szegi dans les limites du bien qui serait susceptible d’affecter le bien négativement. En octobre denier, l’Etat partie a commandé une enquête sur les sites de mines, potentiels ou existants, dans le bien et sa zone tampon, qui sera évaluée en 2011.
L’Etat partie reconnaît qu’au moment de l’inscription, les limites du bien ne comprenaient pas de site de mine ou de carrière. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives confirment que les plans adoptés au moment de l’inscription ne montraient pas de zones d’exclusion.
f) Extension transfrontalière éventuelle
L’Etat partie rapporte que les agences et les experts des Etats parties de Hongrie et de Slovaquie ont de fréquents contacts de travail. La Hongrie est ouverte à des discussions à venir sur la possibilité d’étendre la zone tampon vers le nord.