Le 8 février 2012, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien qui répondait aux recommandations de la mission consultative de l’ICOMOS invitée par l’État partie pour étudier l’impact potentiel du projet de barrage hydroélectrique de Foz Tua. Cette mission a été effectuée du 4 au 6 avril 2011. À cette date, la planification du projet de barrage hydroélectrique de Foz Tua avait été achevée, et les premiers travaux de construction avaient déjà commencé.
a) Projet de barrage hydroélectrique de Foz Tua
Le projet de barrage fait partie d’un Plan national de barrages à haut potentiel hydroélectrique établi par le Gouvernement portugais en 2007.
Le projet de barrage hydroélectrique de Foz Tua serait réalisé à 1 km du confluent du fleuve Tua et du Douro. Il consiste en un barrage et un réservoir dans la zone tampon du bien du patrimoine mondial, et une centrale hydroélectrique à 400 m en aval du barrage, dans le périmètre du bien. L’infrastructure associée – telle que les lignes électriques – serait aussi située à l’intérieur du bien. Dans l’ensemble, la zone affectée par le projet à l’intérieur du bien couvrerait 2,9 ha (sur une superficie total du bien de 24 600 ha).
Le barrage constituerait un ensemble de 90 m au-dessus de la rivière avec une portée de 270 m. Le réservoir créé dans la zone tampon inonderait environ 421 ha de la vallée de la Tua.
Le projet de barrage – bien qu’envisagé dans le Plan énergétique national daté de 1989 et dans le Plan du bassin hydrographique du Douro de 1999 – n’a pas été mentionné dans le dossier de proposition d'inscription. En 2008, L’Institut portugais de l’eau a lancé des appels d’offres pour le projet. Celui-ci a été approuvé sous certaines conditions en 2010. L’État partie n’a informé le Centre du patrimoine mondial du projet qu’à sa demande, en 2010. Lors de la mission, les impacts du projet étaient encore en cours d’évaluation par les autorités nationales de l’environnement.
b) Résultats de la mission consultative de l’ICOMOS :
La mission a constaté que malgré le fait qu’une évaluation d’impact environnemental (EIE) ait été entreprise, cela n’incluait pas d’évaluation d’impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien.
La mission a étudié l’impact potentiel de l’ensemble du projet sur le bien et a conclu que si la valeur universelle exceptionnelle du paysage avait été prise en considération, l’EIE aurait révélé que le projet aurait un effet notable sur une large zone du bien, ce qui entraînerait la perte matérielle permanente d’une partie du paysage culturel.
La mission a considéré que l’impact sur la valeur universelle exceptionnelle serait donc grave et irréversible. Elle n’a pas jugé que l’on puisse atténuer l’impact du barrage comme le suggère l’État partie, par la création d’initiatives commémoratives du patrimoine culturel et naturel affecté par le barrage, ou par la création d’un musée. Le projet ne contribuerait pas à respecter l’objectif essentiel de gestion de conserver et d’améliorer le paysage vivant, évolutif et culturel lié à la viticulture, fixé lors de l’inscription. Dans l’ensemble, la mission a considéré que le plan de gestion n’avait pas été opérationnel et que cela dénotait une absence de système de gestion efficace d’ensemble.
La mission a recommandé que l’État partie réétudie ce projet de barrage hydroélectrique de Foz Tua dans le cadre de l’étude du Programme national d’ensemble des barrages à haut potentiel hydroélectrique. Elle a également estimé qu’il convenait de réviser le système de gestion du bien, et de renforcer la protection de son cadre.
c) Principaux points du rapport de l’État partie sur l’état de conservation du bien
Dans son rapport, l’État partie déclare que le projet de barrage hydroélectrique de Foz Tua a fait l’objet d’une consultation publique entre le 6 décembre 2011 et le 31 janvier 2012. Il indique aussi que des projets comme celui-ci ne peuvent avancer qu’après une évaluation d’impact environnemental favorable, ou favorable sous certaines conditions, publiée par le Secrétaire d’État pour l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement. La date limite de publication de ce document a été le 12 avril 2012. Toutefois, le 11 mai 2009, le projet avait déjà reçu une EIE favorable sous certaines conditions.
Dans ses commentaires sur le rapport de mission, l’État partie déclare que l’on prélève les eaux du Douro depuis les années cinquante et que cela a augmenté la valeur panoramique et patrimoniale du bien. Il ajoute que comme le bien est considéré comme un paysage culturel évolutif, il convient de continuer à en assurer « la vie et l’évolution ». Le barrage n’aurait pas d’impact particulier sur les vignobles que l’État partie considère comme attributs essentiels du bien.
L’État partie indique par ailleurs que des projets amendés ont été établis pour les bâtiments et structures associés au barrage, et qu’il est maintenant proposé d’en enterrer certains pour réduire leur impact visuel. La centrale a été divisée en deux bâtiments et la pente du réservoir a été ajustée à 45°. Aucun plan détaillé n’a été fourni.
La construction a démarré en avril 2011 et se poursuit. Des travaux d’excavation ont été entrepris dans le lit de la Tua en aval jusqu’à son embouchure, sur les appuis latéraux du barrage sur les deux rives, et sur la plateforme extérieure de la centrale. Plus de 70 % du tunnel d’accès à la centrale sont en cours de construction. Les travaux d’excavation sont achevés sur le tunnel de dérivation de la Tua et sur les routes d’accès au site de construction. L’État partie reconnaît que le projet entraîne d’importants travaux de construction qui causent des transformations notables au niveau local. Il déclare toutefois que le développement du projet sera fondé « sur les principes d’intégration paysagère ».
Le rapport mentionne également un projet de Déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle soumis au Centre du patrimoine mondial en février 2012, et mentionne en outre que le plan de gestion doit être passé en revue en tenant compte du suivi de l’état de conservation du paysage culturel.
En outre, l’Etat partie a souligné qu’il est prêt à coopérer et a exprimé son souhait qu’une autre mission soit menée par les Organisations consultatives afin de vérifier le l’état de développement ainsi que d’accéder tous à les endroits affectés et potentiellement affectés dans le bien.