Aucun rapport n’a été soumis par l’État partie. Une mission de suivi réactif de l’ICOMOS a visité le bien entre le 13 et le 21 février 2012, à la demande du Comité à sa 35e session, afin de prendre en considération les nombreux projets de constructions et de reconstruction signalés dans la ville et d’examiner le système de gestion et le mécanisme de prise de décision existants concernant le bien, notamment le cadre juridique et réglementaire, les dispositifs institutionnels et les outils de planification existants. Le Comité a également demandé à l’État partie d’interrompre la mise en œuvre de projets en cours, dans l’attente des résultats d’une évaluation de l’impact sur le patrimoine et de la communication des rapports de mission.
a) Cadre juridique et de planification
La mission a noté les différents changements et amendements apportés aux lois au niveau régional et national qui sont intervenus au cours des dernières années. Jusqu’en 2011, seuls des bâtiments isolés ou des groupes de bâtiments bénéficiaient d’une protection et les espaces et paysages urbains n’avaient, quant à eux, aucune protection. Le bien est aujourd’hui reconnu au titre d’une loi fédérale comme un ‘site’ et au titre d’une autre loi comme une ‘zone historique’. Jusqu’à présent, ces catégories n’ont pas été définies, mais les lois semblent permettre la protection des composantes du tissu urbain et, par conséquent, elles offrent la possibilité de protéger des paysages urbains historiques. La mission a considéré qu’il y avait un besoin de plus grande clarté quant à la manière dont ces catégories sont définies et quel impact les nouvelles lois auront, en particulier en ce qui concerne la délégation de la responsabilité du ministère de la Culture au niveau régional. La mission considère que si trop de responsabilité est transférée il y a un risque de dilution du rôle fédéral, à savoir que l’État reste le principal garant de la préservation du bien.
Depuis 2008, le bien et sa zone tampon bénéficient d’un système clair de régimes de protection pour des zones protégées, qui a été approuvé par le ministère de la Culture puis adopté par le gouvernement de la Région de Yaroslavl en 2011. Toutefois, la mission a considéré que ces réglementations étaient trop générales et qu’elles ne protègent pas adéquatement la valeur universelle exceptionnelle du bien pour ce qui concerne la protection des spécificités de la structure urbaine, l’échelle particulière du tissu urbain, les silhouettes et les panoramas, les proportions entre les espaces, la relation à la nature, etc. D’ailleurs, aucune étude ne semble avoir été menée pour identifier les attributs de la valeur universelle exceptionnelle. La manière dont les réglementations s’appliquent est parfois en conflit avec la protection du tissu urbain traditionnel La mission a également observé qu’il pourrait y avoir des lacunes dans la protection des zones protégées.
La mission a constaté que le système actuel de planification ne permet pas de faire l’analyse des projets architecturaux du point de vue de leur impact potentiel sur la valeur universelle exceptionnelle, que le suivi des projets est totalement inadéquat et qu’il n’existe pas de plan urbain détaillé pour le bien et sa zone tampon.
b) Gestion
Concernant la gestion du bien, la mission a noté qu’elle comprenait trois niveaux : national, régional et municipal. Des pouvoirs considérables sont délégués au niveau municipal. La mission a considéré que le système avait un bon niveau de fonctionnalités en ce qui concerne la gestion du processus de planification et d’urbanisme dans un ville confrontée à des conditions difficiles, une dynamique de fortes pressions du marché et des conflits d’intérêts. Toutefois, elle a aussi noté le manque de Directeur de site. Ce rôle était sensé être assumé par le Comité du patrimoine mondial russe. Toutefois, le pouvoir de ce Comité se limite à l’énoncé de recommandations – bien qu’il ait semblé à la mission qu’il avait excédé sa responsabilité pour certains projets de construction. La mission a aussi considéré que le système de gestion manquait de transparence et offrait aux citoyens et aux ONG peu d’occasion de s’impliquer.
c) Conservation du bien
La mission a noté que, en préparation des célébrations du millième anniversaire de la fondation de la ville, d’importants travaux de restauration avait été effectués dans les églises et autres bâtiments religieux sur une période relativement courte (2008-2010). Les travaux de restauration ont été menés sur une échelle impressionnante mais la mission a considéré qu’il manquait une approche systématique de la conservation sur la base d’études approfondies et de plans à long terme.
d) Projets de construction et de reconstruction dans le territoire du bien et sa zone tampon
La mission a noté la récente intensification des constructions neuves sans qu’aucune évaluation d’impact sur le patrimoine n’ait été présentée. De plus, aucuns plans détaillés de ces projets n’ont été soumis au Centre du patrimoine mondial, comme l’exige le paragraphe 172 des Orientations.
Selon la municipalité, depuis 2005, sur le territoire du bien et sa zone tampon, 35 bâtiments ont été construits et dix autres sont en cours de construction, tandis que trois projets attendant d’être réalisés. Toutefois, la mission a noté une baisse accentuée du nombre de nouvelles constructions au cours de l’année passée. La mission a formulé les observations suivantes sur les projets réalisés :
- Cathédrale de l’Assomption
Ce nouvel édifice est une reconstruction intégrale de la cathédrale. La mission a considéré que cette reconstruction est inacceptable car elle contrevient aux réglementations (qui n’autorisent une reconstruction que dans le cadre d’une « reconstitution historique ») et ses dimensions dépassent largement celles du bâtiment d’origine. Le projet de reconstruction de la Cathédrale ne répond pas au paragraphe 86 des Orientations qui stipule que la reconstruction n’est acceptable que ‘si elle s’appuie sur une documentation complète et détaillée et n’est aucunement conjecturale’. De même, les données du projet n’ont pas été communiquées au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives, comme le demande le paragraphe 172 préalablement à l’approbation du projet.
La mission a considéré que le nouveau bâtiment a un impact négatif très fort sur l’horizon de la ville, en particulier sa silhouette vers la Volga et la Kotorosl. Il ne rend pas justice non plus à l’ensemble des églises harmonieuses qui contribuent au panorama général de la ville et à la valeur universelle exceptionnelle du bien. De plus, la mission a considéré que l’enlèvement des fondations archéologiques d’origine de la vieille cathédrale est inacceptable, d’autant qu’elles constituaient un monument archéologique d’importance fédérale.
La mission a considéré que ce projet illustre les faiblesses de la protection juridique et du système de gestion. Les paramètres standards des limites de construction n’ont pas été respectés et la décision a été imposée malgré les protestations des organisations, tant professionnelles que civiles. Aucune évaluation d’impact n’a été menée pour évaluer l’impact de la silhouette de l’édifice sur la ville et sur la valeur universelle exceptionnelle.
La mission a été aussi informée d’un autre projet de reconstruction de la tour de la cathédrale. La mission a considéré que si ce projet était réalisé, les dommages causés à la silhouette du bien seraient irréversibles.
- Complexe du monument du Millennium
Le mémorial est conçu pour être un centre urbain entrant en concurrence avec la forme urbaine traditionnelle. Il rompt l’axe visuel de l’église Korovniki du XVIIe siècle sur la rive opposée de la rivière Kotorosl. La construction du complexe s’est faite en violation des règles de la "zone de paysage naturel protégé" dans la zone tampon.
- Le pont à deux niveaux sur la rivière Kotorosl
La mission a considéré que ce pont est aussi en conflit avec l’authenticité du paysage de la zone tampon et que l’accès routier qu’il offre n’est pas justifié dans la mesure où il oriente la circulation, de manière inquiétante, vers le bien. Par la suite, deux nouvelles solutions de communication ont été trouvées, qui reflètent une tentative positive de réduire le flot d’automobiles dans le bien mais qui prouvent que le pont n’était pas nécessaire. Cela montre la nécessité d’établir un plan de circulation global qui n’augmente pas la circulation de transit dans le bien.
- Le monument du prince Pozharsky, monastère Spasso-Preobrazhensky
Cette stèle a été érigée au centre du monastère. La mission a considéré qu’elle est un exemple d’interférence inadmissible qui fait injure à l’environnement authentique du monastère et qu’elle devrait être retirée. Elle illustre aussi les insuffisances du système de gestion.
- Autres projets de construction
La mission a visité de nombreux secteurs où des constructions ou reconstructions étaient en cours et a notés que l’échelle des nouvelles constructions était dans bien des cas sans commune mesure avec les caractéristiques du tissu urbain et avec les réglementations en vigueur, et que des matériaux non-traditionnels étaient employés en toiture.
La mission a aussi évalué quelques-uns des projets non réalisés, actuellement au niveau régional. Sur ce point, la mission a considéré que les débats sur ces projets au sein du Conseil du Comité russe pour le patrimoine mondial étaient très utiles. Les projets suivants ont été étudiés :
- Projet d’hôtel au voisinage de la Cathédrale de l’Assomption et du Quai de la Volga
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La mission a noté qu’il est possible, en principe, de construire un bâtiment neuf dans ce quartier. Dans sa forme actuelle, cependant, ils ont considéré que le projet était inacceptable. Les limites et la taille du bâtiment autorisé par le plan directeur dépasse l’échelle du tissu urbain traditionnel environnant. Bien que le projet ait évolué, l’absence d’un plan urbain détaillé et de réglementations adéquates signifie qu’une solution optimale n’a pas été trouvée. La mission recommande que des modifications supplémentaires soient apportées à la hauteur et à la conception du bâtiment envisagé.
- Centre culturel Volkov
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Ce projet propose la reconstruction approximative d’un hôtel contre la tour Znamenskaya et l’église Znamenié. La mission a considéré que cette approche, ainsi que la proposition de construire un parking souterrain de 500 places, est en contradiction avec les recommandations du Comité et la mission de 2009. La mission a considéré que ce site ne devrait pas être construit.