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Système hydraulique historique de Shushtar

Brève description

Le système hydraulique historique de Shushtar a été inscrit en tant que chef d’œuvre du génie créateur humain. Il aurait été entrepris dès Darius le Grand, au Vème siècle av. J.-C. Il s’agit de deux grands canaux de dérivation des eaux de la rivière Kârun. L’un d’entre eux, le canal Gargar, fournit encore de l’eau à la ville de Shustar par une série de tunnels et fait fonctionner tout un ensemble de moulins. Après une falaise spectaculaire, l’eau tombe en cascades dans le bassin aval, avant d’entrer dans la plaine au sud de la ville, où elle a permis le développement de vergers et de terres agricoles sur une surface de 40 000 ha. dénommée Mianaâb (Le paradis). Le bien comprend des lieux remarquables, dont le château Salâsel, centre de contrôle de tout le système hydraulique, la tour Kolâh-Farangi qui mesure le niveau de l’eau, des barrages, ponts, bassins et moulins. Il témoigne du savoir-faire des Elamites et Mésopotamiens, ainsi que de l’expertise plus récente des Nabatéens et de l’influence du génie civil romain.

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Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Le système hydraulique historique de Shushtar a une valeur universelle exceptionnelle puisque dans sa forme présente, il remonte au IIIe siècle après J.-C., sur des bases probablement plus anciennes à partir du début du Ve siècle av. J.-C. Il est intègre, aux fonctions multiples et de grande échelle, ce qui le rend exceptionnel. Le système de Shustar est un système hydraulique homogène, conçu d’une manière globale et achevée au IIIe siècle après J.-C. Il est riche tant par la diversité de ses structures de génie civil et ses constructions que par la diversité de ses usages (adduction d’eau urbaine, moulins, irrigation, transport fluvial, système défensif). Le système hydraulique historique de Shushtar témoigne de l’héritage et de la synthèse de savoir-faire plus anciens, élamites et mésopotamiens ; il a vraisemblablement été influencé par le barrage et le tunnel de Petra ainsi que par le génie civil romain. Le système hydraulique de Shushtar, dans son ensemble et tout particulièrement le Grand déversoir (pont-barrage) de Shâdorvân, ont été considérés comme une Merveille du monde non seulement par les Perses, mais aussi par les Arabo-musulmans à l’apogée de leur civilisation. Le canal Gargar est un véritable cours d’eau artificiel, à l’origine de la construction d’une ville nouvelle et de l’irrigation d’une vaste plaine alors semi-désertique. Le système hydraulique historique de Shushtar est dans un environnement paysager urbain et rural propre à l’expression de sa valeur.

Critère (i) : Le système hydraulique de Shushtar témoigne d’une vision d’ensemble remarquablement accomplie et précoce des possibilités apportées par les canaux de dérivation et les grands barrages-déversoirs à l’aménagement du territoire. Il a été conçu et achevé au IIIe siècle après J.-C. pour un fonctionnement durable et il est encore en activité. C’est un ensemble unique et exceptionnel, par sa diversité technique et sa complétude, qui témoigne du génie créateur humain.

Critère (ii) : Le système hydraulique de Shushtar effectue la synthèse d’apports techniques diversifiés au profit d’un ensemble remarquablement complet et de grande ampleur. Il a bénéficié des savoir-faire anciens d’irrigation des Élamites et des Mésopotamiens, puis de ceux des Nabatéens ; les techniciens romains ont également influencé sa construction. À son tour, il a émerveillé et inspiré ses nombreux visiteurs. Il témoigne d’échanges d’influences considérables dans l’hydraulique et ses applications pendant l’Antiquité, l’époque islamique et sous les différentes dynasties iraniennes.

Critère (v) : Shushtar est un exemple unique et exceptionnellement complet des techniques hydrauliques mises au point pendant l’Antiquité, au profit de l’occupation des territoires semi-désertiques. Par la dérivation d’une rivière descendant des montagnes, au moyen d’importants ouvrages de génie civil et par la création de canaux, il a permis de multiples usages de l’eau sur un vaste territoire : adduction d’eau urbaine, irrigation agricole, pisciculture, moulins, transport, système défensif, etc. Il témoigne d’une culture technique d’au moins dix-huit siècles au service du développement durable des sociétés humaines, en harmonie avec leur environnement naturel et urbain.

Intégrité et authenticité

L’intégrité de l’implantation hydraulique est bonne, mais son intégrité fonctionnelle par rapport au modèle orignal n’est que partielle et dégradée, pour les barrages-déversoirs notamment ; elle demeure bonne pour l’irrigation et l’adduction d’eau. L’authenticité des éléments réduits à l’état de vestiges archéologiques est certaine, elle a par contre été affectée par les travaux et les matériaux du XXe siècle pour les ouvrages d’art et les sites encore fonctionnels. Les efforts visant la restauration des attributs qui démontrent l’authenticité doivent être poursuivis.

Mesures de gestion et de protection

Les éléments du plan de gestion sont satisfaisants, mais ils devraient être renforcés en ce qui concerne l’interprétation du site et l’implication des populations locales.

Description historique

Les premiers systèmes hydrauliques d'irrigation à partir de canaux attestés dans la région remontent à la civilisation des Élamites (région de Chogha Zanbil), notamment au XIIIe siècle av. J.-C. Ils ont probablement été eux-mêmes influencés par les travaux d'irrigation à grande échelle entrepris en Mésopotamie par les Sumériens à partir du IVe millénaire av. J.-C.

Darius le Grand, souverain achéménide du début du Ve siècle av. J.-C., fit réparer les systèmes d'irrigation élamites et la création du canal Dâriun lui est attribuée, à l'ouest de l'actuel site de Shushtar. Des vestiges archéologiques proches du canal tendraient à le confirmer. Darius et les souverains achéménides sont par ailleurs connus pour leurs travaux hydrauliques, notamment en Égypte. La construction du grand déversoir de Shâdorvân barre la rivière Kârun et permet son franchissement. Cette oeuvre audacieuse a été réalisée par le second empereur sassanide, Shapur, au milieu du IIIe siècle apr. J.-C.

La présence de prisonniers romains sur le chantier du barrage, dont l'empereur Valérien lui-même, est évoquée par une source perse du XIIe siècle. Elle indique aussi que le constructeur de Shâdorvân serait l'ingénieur et architecte d'origine romaine Andimeshk. Une influence du génie civil romain semble attestée par certains aspects du système hydraulique alors mis en place. Il est également vraisemblable que les travaux hydrauliques de Petra, par les Nabatéens au Ier siècle apr. J.-C., aient influencé le projet de dérivation d'une rivière dans un site rocheux en utilisant un barrage et en perçant un tunnel.

Complété par la prise d'eau monumentale Mizân, en amont de Shâdorvân, et le canal de Gargar, l'ensemble hydraulique alors refondé et amplifié est destiné à alimenter en eau la ville nouvelle de Tustar, plus tard dénommée Chouster ou Shushtar, et à irriguer la vaste plaine semi-désertique au sud, le long des derniers contreforts montagneux, pour une mise en valeur agricole systématique, notamment par la constitution de vergers.

Les sources arabo-musulmanes attestent la réputation de l'ouvrage d'art de Shâdorvân, qualifié de Grand déversoir et de Merveille du monde. Bien qu'il n'y ait pas de trace explicite pour les périodes plus anciennes, il est permis de penser qu'il s'agit d'une tradition remontant aux origines perses de la construction. L'ouvrage et le système hydraulique associé ont marqué l'esprit des visiteurs au fil des siècles, jusqu'aux Européens au XIXe siècle.

Durant la période islamique, les différentes dynasties de l'Iran ont entretenu avec soin le système hydraulique de Shushtar, comme un élément essentiel de l'aménagement du territoire. Ils ont fait d'importants travaux d'entretien et parfois des travaux complémentaires, comme les Safavides (1500-1700) puis les Qadjar (1779-1925), pour le pont barrage de Gargar ou le Grand déversoir de Shâdorvân. La zone des moulins, de son pont-barrage et des tunnels a été aménagée depuis la période des origines au moins jusqu'au XVe siècle, puis à nouveau aux XIXe et XXe siècles.

Source : évaluation des Organisations consultatives