Site archéologique de Al-Hijr (Madain Salih)
Brève description
Le Site archéologique de Al-Hijr (Madain Salih), est le premier site de ce pays inscrit sur la Liste du patrimoine mondial. Anciennement appelé Hegra, il s’agit du plus important site conservé de la civilisation des Nabatéens au sud de Pétra (Jordanie), il comporte notamment des tombes monumentales aux façades décorées, datant principalement du 1er siècle avant J.C. au 1er siècle après J.C. Le site compte aussi une cinquantaine d’inscriptions de la période pré-nabatéenne et des dessins rupestres. Al-Hijr est un témoignage unique de la civilisation nabatéenne. Avec ses 111 tombes monumentales, dont 94 avec des façades décorées, et ses puits, le site est un exemple exceptionnel de la qualité de l’architecture des Nabatéens et de leur maîtrise des techniques hydrauliques.
Valeur universelle exceptionnelle
Il représente un site majeur de la civilisation nabatéenne, au sud de sa zone d’influence. Il est remarquablement intègre et bien conservé. Il comporte un ensemble important de tombes et de monuments, aux architectures et aux décorations directement taillées dans la roche de grès.
Il témoigne de la rencontre d’influences décoratives et architecturales variées (assyrienne, égyptienne, phénicienne, hellénistique), ainsi que de la présence épigraphique de plusieurs langues anciennes (lihyanite, talmudique, nabatéen, grec, latin).
Il témoigne d’un développement des techniques agricoles nabatéennes à partir de nombreux puits artificiels en sol rocheux. Ces puits sont encore utilisés.
L’ancienne cité d’Hegra/Al-Hijr témoigne du commerce caravanier international durant l’Antiquité tardive.
Critère (ii) : Le site de Al-Hijr est situé à un point de rencontre de différentes civilisations de l’Antiquité tardive, sur une route de commerce entre la Péninsule arabique, le monde méditerranéen et l’Asie. Il témoigne de manière exceptionnelle d’échanges culturels importants pour l’architecture, la décoration, l’usage des langues et le commerce caravanier. Bien que la cité nabatéenne ait été abandonnée à l’époque préislamique, la route a continué à jouer son rôle international pour les caravanes puis pour le pèlerinage de La Mecque, jusqu’à sa modernisation par la construction du chemin de fer au début du XXe siècle.
Critère (iii) : Le site de Al-Hijr offre un témoignage unique de la civilisation nabatéenne, entre les IIe - IIIe siècles av. J.-C. et la période préislamique, plus particulièrement au Ier siècle apr. J.-C. Il illustre de manière exceptionnelle le style architectural propre aux Nabatéens, fait de monuments directement creusés dans la roche et comportant des façades ornées de nombreux motifs décoratifs. Le site présente un ensemble de puits, creusés en grande partie dans la roche, qui atteste de la maîtrise hydraulique des Nabatéens, à des fins agricoles.
Le témoignage de la civilisation nabatéenne de Al-Hijr est d’une intégrité et d’une authenticité exceptionnelles, en raison de son abandon précoce et du bénéfice durable de conditions climatiques très favorables.
L’État partie a commencé à créer une Unité locale de gestion extrêmement complète et ce processus est en cours. Le plan de gestion annoncé devrait permettre une protection satisfaisante du bien. Compte tenu de cela, le plan devrait organiser un suivi systématique de la conservation du site et préparer un projet de mise en valeur de la valeur universelle exceptionnelle du bien, à l’intention des visiteurs et de la population de la région.
Description historique
La plupart des monuments et des inscriptions du site archéologique d'Al-Hijr datent du Ier siècle av. J.-C. et du Ier siècle apr. J.-C. Toutefois, les épigraphes en écriture Lihyanite ainsi que certains vestiges archéologiques découverts récemment tendent à prouver une implantation humaine dès les IIIe et IIe siècles av. J.-C.
Un tiers des tombes, parmi les plus importantes, est clairement daté entre 0 et 75 apr. J.-C.
À son apogée et pendant près de deux siècles, le royaume nabatéen s'étend sur le sud de la Syrie, au Néguev et au Hedjaz. À l'ouest, il se confronte aux ambitions du monde romain et il reste essentiellement une puissance continentale. Il contrôle de vastes espaces désertiques et semi désertiques et tire ses richesses du développement de l'agriculture d'oasis et du commerce caravanier.
Les Nabatéens sont bien connus pour leur rôle dans le commerce de l'encens, des épices et des plantes aromatiques durant l'Antiquité tardive et la période préislamique. Ils contrôlent alors les routes terrestres reliant l'Océan indien à la Mer Rouge et à la Méditerranée. Celles-ci sont importantes car la navigation reste difficile, en Mer Rouge notamment.
Hegra est une étape majeure de la principale route des caravanes reliant le nord et le sud. Une route secondaire la reliait au port d'Egra Kome, selon une source en langue grecque. Deux sites nabatéens récemment retrouvés sur le rivage de la Mer Rouge pourraient correspondre à cette mention.
La région du Hedjaz a été intégrée à la province romaine d'Arabie en 106 apr. J.-C. Une épigraphe romaine monumentale de 175-177 apr. J.-C. a été récemment découverte à Al-Hijr. La région s'inscrit alors dans l'histoire romaine puis byzantine jusqu'au VIIe siècle.
En 356, la cité d'Hegra est encore mentionnée, dirigée par un maire d'origine locale, mais elle semble alors de bien modeste importance.
Le voyageur arabe Al-Maqdasi indique, au Xe siècle, que Al-Hijr est une petite oasis active grâce à ses puits et à ses nombreux paysans. Toutefois, il n'y a pas d'autre témoignage d'une occupation durable du site entre le IVe siècle et le XIXe siècle. Il est permis de penser qu'il n'a été occupé que de manière sporadique et peu fréquente durant cette longue période, ce qui est conforté par l'absence de dégradation des tombes jusqu'à une période récente. Des usages saisonniers par des bergers, des commerçants ou des pèlerins ont probablement eu lieu, mais sans conduire à la transformation des tombes en abris comme à Pétra.
Au XIVe siècle, le célèbre voyageur Ibn Battuta décrit avec admiration les tombes nabatéennes d'Al-Hijr, taillées dans la pierre rouge. Il ne mentionne pas d'activité humaine contemporaine.
Charles Doughty rapporte, en 1876-1877, dans son ouvrage, Travels in Arabia Deserta, que des paysans venus de Tayma ont remis en exploitation les puits et les anciennes terres agricoles de l'oasis. Des traces de plantation et de réutilisation des puits sont également présentes pour le XXe siècle.
Source : évaluation des Organisations consultatives
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