Ville sacrée de Caral-Supe
Brève description
Le site archéologique de Caral-Supe qui s’étend sur 626 ha est situé sur un plateau désertique aride en surplomb de la verdoyante vallée de Supe. Il date de la période archaïque tardive des Andes centrales, il y a 5 000 ans, et il s’agit de la plus vieille cité de ce type aux Amériques. C’est un site impressionnant en termes de conception et de complexité de ses éléments architecturaux et spatiaux, notamment de ses monumentales plateformes de pierre et de terre et de ses cours circulaires creuses. Caral, qui n’est qu’un des 18 établissements urbains de la zone, est particulièrement bien préservé. On y trouve une architecture complexe et monumentale, notamment six grandes structures pyramidales. Un quipu (une corde à laquelle plusieurs autres cordelettes nouées étaient attachées, servant à enregistrer et transmettre des informations dans les Andes) retrouvé sur place témoigne du développement et de la complexité de la civilisation de Caral. Le plan de la ville et certaines de ses composantes, notamment les structures pyramidales et le groupe résidentiel de l’élite, témoignent de fonctions cérémonielles, traduisant la puissance de ce que l’on pourrait qualifier d’idéologie religieuse. Le site doit sa remarquable conservation à son abandon précoce et à sa découverte tardive.
Valeur universelle exceptionnelle
Brève synthèse
La ville sacrée de Caral-Supe reflète l’avènement de la civilisation dans les Amériques. État sociopolitique pleinement développé, elle est remarquable pour sa complexité et son impact sur le développement des établissements dans toute la vallée de Supe et au-delà. Son utilisation précoce du quipu comme dispositif d’archivage est considérée comme d’une grande importance. La conception des éléments aussi bien architecturaux que spatiaux de la ville est magistrale, tandis que les plates-formes monumentales et les cours circulaires creuses sont des expressions puissantes et influentes d’un État consolidé.
Critère (ii) : Caral est la meilleure représentation de l’architecture et de l’urbanisme archaïque tardif dans l’ancienne civilisation péruvienne. Les monticules, les cours circulaires creuses et le plan urbain, qui se sont développés pendant des siècles, ont influencé les établissements voisins et par la suite une grande partie de la côte péruvienne.
Critère (iii) : Dans la vallée de Supe, la plus ancienne manifestation connue de la civilisation des Amériques, Caral est l’exemple le plus hautement développé et le plus complexe dans la période formative de la civilisation (période archaïque tardive).
Critère (iv) : Caral est impressionnante en termes de conception et de complexité de ses éléments architecturaux et spatiaux, particulièrement ses plates-formes monumentales en terre et ses cours circulaires creuses, des éléments qui devaient devenir prédominants sur une grande partie de la côte péruvienne pendant de nombreux siècles.
Intégrité et authenticité
Caral est remarquablement intacte, en grande partie grâce à son abandon précoce et sa découverte tardive. Après son abandon, elle semble n’avoir plus été habitée que deux fois, et de façon non systématique : une première fois dans la période dite formative moyenne ou horizon précoce, aux environs de 1000 av. J.-C., et une autre pendant la période des États et des seigneuries, entre 900 et 1440 après J.C. Ces deux établissements étant situés à la périphérie de la cité, ils n’ont pas perturbé les anciennes structures architecturales. En outre, le site ne recélant pas de vestiges en or et en argent, il y a eu peu de pillages. Il n’y a dans le voisinage immédiat du site aucune construction permanente (à l’exception d’installations touristiques bâties avec des matériaux locaux). Il s’inscrit dans un paysage culturel et naturel d’une grande beauté, relativement épargné par le développement. Ce dernier a surtout eu lieu dans les zones de plaines à faible altitude près de Lima (au sud du site). La moyenne vallée de Supe, où se trouve le site, est une zone consacrée à une agriculture non industrialisée. On peut difficilement contester l’authenticité du site. L’analyse au radiocarbone réalisée par le projet archéologique spécial de Caral-Supe (PEACS) sur le site de Caral confirme que le développement du site peut être daté d’une époque entre 3000 et 1800 av. J.-C. et rattaché plus précisément à la période archaïque tardive.
Mesures de gestion et de protection
Le système de gestion en place est approprié, et un plan de gestion récemment modifié (fin 2008) a été mis en place. Ce plan révisé comprend des réglementations pour garantir la préservation et la conservation du bien.
Description historique
Pendant sa période d'occupation, soit environ 1 000 ans, Caral fut plusieurs fois remodelée. En fait, quasiment tous les édifices témoignent de périodes d'occupation successives.
Les recherches conduites par une équipe pluridisciplinaire ont montré que, bien que les établissements de la vallée de Supe aient été occupés dès 3 000 av. J.-C., ce n'est qu'en 2600 av. J.-C. que leurs occupants s'inscrirent dans un système social organisé, avec une « zone capitale » au fond de la vallée centrale. C'est cette zone qui était le coeur de la tradition sociale et culturelle la plus remarquable de l'époque.
D'après les informations socioculturelles et les données de datation, on a émis la théorie que l'influence du système social de Supe toucha tout d'abord les populations des vallées les plus proches, avant de s'étendre plus loin ; en 2200 av. J.-C., son influence s'était propagée au sud aussi loin que le site archéologique d'El Paraiso, dans la vallée de Chillón, et dans toutes les vallées au nord jusqu'à la vallée de la Santa.
La séquence chronologique est résumée comme suit :
- Période lointaine (avant 3000 av. J.-C.) : terres possédées par des groupes de familles/lignées familiales.
- Période ancienne (3000-2600 av. J.-C.) : essor de la « zone capitale » ; construction de places et d'édifices impressionnants.
- Fin de la période moyenne (2300-2600 av. J.-C.) : agrandissement des bâtiments en superficie et en volume ; construction de grandes plates-formes et de places.
- Début de la période tardive (2200-2100 av. J.-C.) : bâtiments publics remodelés ; construction de places sur une structure de plate-forme quadrangulaire.
-Fin de la période tardive (2100-1800 av. J.-C.) : bâtiments publics remodelés (avec des pierres plus petites), réduction de l'occupation du site.
Tout au long de l'occupation du site, il y a eu des périodes de grands changements, et on peut observer des distinctions claires dans la conception et l'architecture de la ville, ainsi que dans l'enfouissement et le renouvellement de bâtiments. Chacune de ces périodes a également connu des phases mineures de changement.
Chaque période se distingue sous plusieurs aspects de celle qui la précède : éléments de style architectural, techniques de construction, matériaux, couleur de peinture utilisée pour les murs. Toutefois, la conception globale est maintenue, de même que les traditions culturelles associées et les fonctions des bâtiments.
En réponse à la lettre envoyée à l'État partie par l'ICOMOS le 13 janvier 2009, demandant de plus amples informations sur la nature sacrée du site, l'État partie, le 27 février 2009, a expliqué à la satisfaction de l'ICOMOS la raison de cette dénomination. Les travaux archéologiques accomplis à ce jour ont permis aux chercheurs d'établir la nature sacrée de Caral par des analyses à la fois architecturales et contextuelles. Tant la cité (dans son plan urbain) que ses éléments (dont par exemple les structures pyramidales et les résidences de l'élite) montrent d'évidents témoignages de fonctions cérémonielles, traduisant ainsi la puissance de ce que l'on pourrait qualifier d'idéologie religieuse.
Source : évaluation des Organisations consultatives
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