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Décisions du Comité

37 COM 8B.25

Ville portuaire historique de Levuka (Fidji)

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné les documents WHC-13/37.COM/8B et WHC-13/37.COM/INF.8B1,

2.  Inscrit la Ville portuaire historique de Levuka , Fidji , sur la Liste du patrimoine mondial sur la base des critères (ii) et (iv)  ;

3.  Adopte la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle suivante : 

Brève synthèse

La ville portuaire historique de Levuka se dresse au milieu des cocotiers et des manguiers le long du front de mer de l’île d’Ovalau, avec en arrière-plan les pentes boisées du volcan éteint de l’île. À partir des années 1820, le port s’est développé comme centre d’activité commerciale des colonisateurs américains et européens et la ville est devenue la première capitale coloniale des Fidji, cédée pacifiquement par le Tui (roi) Cakobau en 1874. Une digue de pierre et de béton court sur toute la longueur de Beach Street ; à partir de là les autres rues et allées rayonnent vers l’intérieur des terres en épousant les contours du terrain. Plus à l’intérieur des terres se trouvent les sites des deux anciens villages autochtones Totoga (Vitoga) et Nasau, situés sur l’un des trois cours d’eau drainant les pentes en surplomb de la plaine côtière. Les entrepôts de coprah et autres, les installations portuaires et les édifices commerciaux se sont développés le long de Beach Street et les résidences, les institutions religieuses, pédagogiques et sociales sont sorties de terre autour des villages autochtones. Il s’agit généralement de bâtiments de plain-pied ou de deux étages habillés de tôle ondulée ou de bardage, aux toits en croupe ou à pignon. Le développement s’est poursuivi jusqu’au transfert de la capitale à Suva en 1882 alors que les entreprises continuaient d’établir des bases à Levuka, reflétant toutes les étapes du développement colonial dans le Pacifique sud. Les principaux éléments incluent les sites des anciens villages Totoga et Nasau, l’ancien site du Parlement de Cakobau (aujourd’hui le mémorial européen), le magasin Morris Hedstrom, l’établissement des travailleurs engagés de Baba, la résidence Hennings, le bungalow du capitaine Robbie, la cathédrale et le presbytère du Sacré-Cœur datant des années 1860, le Royal Hotel fondé à la fin des années 1860, le site de l’acte de cession, le bâtiment de l’ancien gouvernement (Nasova), les bâtiments de l’autorité portuaire, de la poste et de la douane, avec les voies ferrées jusqu’au quai qui subsistent, l’ancienne église méthodiste, l’école publique de Levuka, l’hôtel de ville, la loge maçonnique, l’Ovalau Club, le Bowling Club, les maisons des ouvriers et l’usine de boutons de nacre.

Critère (ii) : La ville portuaire historique de Levuka témoigne de l’important échange d’influences et du contact culturel qui se déroulèrent à l’époque de l’expansion maritime européenne du XIXe siècle dans la région géoculturelle des îles Pacifique. C’est un rare exemple de ville portuaire coloniale tardive, qui illustre l’hybridité culturelle de communautés non coloniales du Pacifique, avec un plan urbain où se fondent les traditions locales d’établissement et les normes coloniales. La ville témoigne de la phase industrialisée tardive de la colonisation, qui reposait sur l’extraction maritime et l’exportation.

Critère (iv) : La typologie urbaine de la ville portuaire historique de Levuka reflète les caractéristiques et les institutions de la colonisation européenne au XIXe siècle. En tant que type particulier d’établissement portuaire du Pacifique, reflétant les dernières phases de colonisation maritime du XIXe siècle, Levuka offre un aperçu de l’adaptation des puissances navales européennes à un environnement social, culturel et topographique océanique spécifique. L’alliance des typologies d’établissement colonial et de la tradition locale de construction a créé un type particulier de paysage de ville portuaire dans le Pacifique.

Intégrité

Tous les éléments nécessaires pour exprimer toute la palette des thèmes et des valeurs pertinentes au regard de la valeur universelle exceptionnelle de Levuka sont inclus dans le bien. Les édifices sont remarquablement intacts, en grande partie grâce à l’attention portée aux valeurs historiques de la ville depuis leur reconnaissance en 1973. Certains édifices commerciaux sont cependant victimes de l’abandon ainsi que du manque d’entretien et de protection contre les incendies. L’environnement du bien dépend d’une stricte protection contre les glissements de terrain des falaises en arrière-plan, vulnérables aux orages et au développement du tourisme.

Authenticité

L’ensemble des éléments patrimoniaux de la ville portuaire historique de Levuka dans son environnement possède intrinsèquement une grande authenticité en tant que première source d’information en ce qui concerne les matériaux, la forme et la fonction, étayée par les données documentaires et photographiques des archives fidjiennes et étrangères. La rue principale et les allées, les ponts, les chemins et les escaliers épousent la topographie et sont restés quasiment inchangés depuis leur apparition. Les édifices ont généralement conservé leur usage d’origine.

Mesures de gestion et de protection

La ville portuaire historique de Levuka sera protégée par le décret sur le patrimoine mondial des Fidji 2013, approuvé par le Conseil des ministres en avril 2013 et ensuite mis en œuvre. Le décret sera administré par le Conseil du patrimoine mondial des Fidji, en collaboration avec le conseil municipal et le directeur de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire. Le National Trust of Fiji, sans pouvoir réglementaire, compile le Registre du patrimoine national, qui comprend la ville portuaire historique de Levuka et doit être consulté par les conseils municipaux ainsi que par le département de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire dans leurs responsabilités réglementaires. Le plan d’urbanisme et d’aménagement du territoire de Levuka en vertu de la loi Fijian Town Planning Act est le mécanisme principal de réglementation du développement de nouveaux bâtiments et de la modification des édifices existants dans les limites de la ville de Levuka et impose que les modifications extérieures, les démolitions ou les nouvelles constructions soient étudiées par une instance composée du conseil municipal de Levuka, de la Société historique et culturelle de Levuka, du directeur de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire et du National Trust of Fiji. Par ailleurs, l’autorisation d’une proposition de développement peut être assujettie à des conditions fondées sur les recommandations du National Trust of Fiji ou du musée des Fidji, comme par exemple l’exigence d’un plan de gestion archéologique ou de fouilles archéologiques préalables. Les développements touristiques constituent un risque majeur d’impact préjudiciable sur le bien et doivent être strictement réglementés ; s’ils sont approuvés, ils doivent être conçus avec précaution et faire l’objet d’études d’impact sur le patrimoine, suivant les orientations de l’ICOMOS relatives aux biens du patrimoine culturel mondial (2011). La loi sur l’environnement réglemente les activités susceptibles d’altérer les terres et les eaux de la ville portuaire historique de Levuka ou des zones maritimes ou terrestres environnantes, y compris celles susceptibles de nuire aux ressources culturelles ou historiques. La loi sur la préservation des objets d’intérêt archéologique et paléontologique autorise le musée des Fidji à déclarer monument toute zone où sont supposés exister des objets d’intérêt archéologique. Sa révision est actuellement à l’étude en vue d’y intégrer le patrimoine maritime et de mettre en place le mécanisme de protection nécessaire.

En vertu du décret sur le patrimoine mondial des Fidji, un Conseil du patrimoine mondial composé de 13 membres représentant les organisations gouvernementales, statutaires et non gouvernementales compétentes et présidé par le secrétaire permanent pour le ministère de l’Éducation, du Patrimoine national, de la Culture et des Arts supervise un groupe restreint représentant du Forum de gestion de Levuka et d’Ovalau, composé de représentants du National Trust of Fiji, du département du patrimoine national, de la culture et des arts, du musée des Fidji, du conseil municipal de Levuka, du conseil provincial de Lomaiviti, de la Société du patrimoine de Levuka, de l’Association pour le tourisme de Levuka et Ovalau et d’autres groupes, selon les besoins. Le groupe restreint a pour rôle de mettre en œuvre le plan de gestion et d’en rendre compte au Conseil du patrimoine mondial des Fidji. Un plan de gestion a été préparé pour la ville historique de Levuka et l’île d’Ovalau entre novembre 2009 et juillet 2010, amendé en février 2013, en impliquant les parties prenantes, et ratifié par le ministère de l’Éducation, du Patrimoine culturel, de la Culture et des Arts.

4.  Recommande que l’État partie prenne en considération les points suivants :

a)  approuver, promulguer et mettre en œuvre le décret sur le patrimoine mondial des Fidji, qui prévoit la protection légale du bien et de la zone tampon ;

b)  élaborer un plan à moyen terme pour la conservation des structures en mauvais état et le développement d’une expertise professionnelle en conservation ;

c)  inclure les sites archéologiques dans l’inventaire et compléter ce dernier dans les plus brefs délais ;

d)  limiter la hauteur et la densité maximales des constructions projetées pour les développements hôteliers au niveau habituel des bâtiments existants et intégrer l’exigence d’études d’impact sur le patrimoine pour tous les types de projets touristiques dans le bien, la zone tampon et leur environnement plus vaste ;

e)  finaliser le plan d’urbanisme de Levuka ;

5.  Demande à l’Etat partie de soumettre, au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2015, un rapport soulignant les progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations susmentionnées pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 39e session en 2015.

Thèmes : Inscriptions sur la Liste du patrimoine mondial, Valeur universelle exceptionnelle
Etats Parties : Fidji
Session : 37COM