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Appui à la conservation et à la gestion de Vat Phou et les anciens établissements associés du paysage culturel de Champassak, République démocratique populaire lao

Vue cavalière du site de Vat Phou dessin de Pierre Pichard © Pierre Pichard | Pierre Pichard

Le bien Vat Phou et les anciens établissements associés du paysage culturel de Champassak, République démocratique populaire lao a été inscrit en 2001 sur la Liste du patrimoine mondial en tant que paysage culturel lors de la 25e session du Comité du patrimoine mondial (Helsinki, 2001). Les paysages culturels ont été reconnus par le Comité du patrimoine mondial en 1992, lors de la 16e session du Comité du patrimoine mondial (Santa Fe, 2001). Vat Phou est l'un des plus importants paysages culturels d’Asie.

Situé au Sud de la République démocratique populaire lao, à 500 km de Vientiane, le paysage culturel de Vat Phou s’étend sur 10 km et a une superficie de 39 000 ha. Aménagé entre le Ve et le VIIIe siècle, il comprend deux villes anciennes situées dans la plaine alluviale, des zones agricoles, un ensemble de temples, sanctuaires et ouvrages hydrauliques organisés le long d’un axe reliant la montagne Phou Khao (1416 m) et la rive occidentale du fleuve Mékong.

En 2002, l’attention du Comité du patrimoine mondial a été attirée sur la possibilité que soit construite une nouvelle route traversant Vat Phou et les anciens établissements associés du paysage culturel de Champassak. Cette préoccupation a été notée par le Comité du patrimoine mondial à sa 27e session (Paris, 2003) dans une décision où il demandait à l’État partie de « soumettre un relevé topographique détaillé de la nouvelle route nord-sud afin de limiter le plus possible tout impact négatif que cette route pourrait avoir » (Décision 27 COM 7B.51). 

En avril 2010, après une longue période d’inactivité concernant la construction de la route, l’UNESCO a reçu des informations selon lesquelles les travaux de construction de la route 14A avaient commencé et son tracé devait traverser le bien. L’État partie a été dûment avisé par le Centre du patrimoine mondial que les dommages potentiels résultant des travaux de construction étaient contraires à la législation en vigueur et aux dispositions relatives à la gestion, et qu'ils pouvaient mettre en péril la valeur universelle exceptionnelle du bien, et par conséquent motiver une inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Les projets d’infrastructures de grande ampleur non respectueux du contexte font partie des menaces potentielles pesant sur les biens du patrimoine mondial. Ils résultent souvent d’un manque de coordination sectorielle et institutionnelle, d’une mauvaise prise en compte des valeurs des sites lors de la préparation des projets, de rapports de force dans la gestion nationale, régionale, voire locale, et de bailleurs de fonds peu habitués à prendre en compte les paramètres de conservation patrimoniale dans les cahiers des charges. Traités suffisamment en amont, les projets peuvent être modifiés pour respecter les enjeux de développement et la préservation des valeurs pour lesquelles un bien a été inscrit. Cela permet d’aboutir à des exemples remarquables de gestion et de développement de projets. Le défi est de faire face à des décisions déjà prises et à des projets en cours. Il s’agit alors de trouver des mesures correctives, d’identifier des phases d’intervention et des mesures d’accompagnement pour éviter les opérations portant des atteintes irréversibles aux biens. Pour ce faire, des études à petite et grande échelle, urbaine ou territoriale selon les cas, sont nécessaires pour identifier les attributs physiques afin de gérer un changement acceptable.

De 2011 à 2014, la Convention France-UNESCO a permis l’organisation de missions d’enquête et a fourni un conseil technique aux autorités laotiennes pour identifier les grands axes d’une stratégie d’aménagement du territoire en vue de conserver les valeurs du bien. A la demande des autorités laotiennes, les experts intervenant sur la conservation et la sauvegarde de la Ville de Luang Prabang (République démocratique populaire lao) ainsi que les gestionnaires du paysage culture du Val de Loire (France) ont été mobilisés par le Centre du patrimoine mondial. Ils ont esquissé une stratégie d’aménagement du site fondée sur la réhabilitation du système hydraulique de la plaine, la consolidation des principes d’aménagement de Champassak en tant que ville fluviale, et la mise en valeur de l’axe cérémoniel reliant la montagne au fleuve, préconisant une étude d’ensemble à l’échelle du paysage. Ils ont aussi soulevé la question de l’aménagement des zones fluviales.

Dans l'attente de la mission de suivi réactif organisée conjointement par le Centre du patrimoine mondial, l'ICOMOS et l'ICCROM, effectuée en février 2012, une première mission d’enquête a été réalisée du 10 au 12 novembre 2011 afin de donner une première définition des besoins en matière d'études permettant d'améliorer la conservation de la valeur universelle exceptionnelle.

Une deuxième mission d’enquête a été réalisée du 4 au 8 avril 2013 à la demande des autorités laotiennes. Forte des analyses et constats précédents, la mission avait pour but de finaliser une proposition d’étude d’aménagement stratégique pour élaborer un plan à une échelle plus grande pour gérer positivement la pression du développement qui s’exerçait sur le site de Vat Phou. Les responsables du paysage culturel du Val de Loire se sont joints à la mission pour apporter leur expérience sur la gestion d’un bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial. Le cahier des charges d’une étude a été développé avec les autorités laotiennes. Il proposait de réaliser une étude prenant en compte la petite et grande échelle du territoire en élaborant un projet d’aménagement stratégique du territoire allant jusqu’à la ville de Paksé, et de produire des plans d’urbanisme détaillés pour les districts de Champassak, Soukhouma, Moulapamo, Phontong, Pathoumphone.

Cette étude, d'un objectif semblable à celle réalisée à Luang Prabang sous le nom de « Schéma de cohérence territoriale », devait fixer les orientations d’aménagement pour les 20 ans à venir.

Une troisième mission, réalisée du 9 au 16 mars 2014, avait pour objectif de rencontrer le nouveau Vice premier ministre de l’époque et de le sensibiliser aux risques encourus pour le site par le projet de construction de la route qui devrait le traverser.

L’état de conservation du site de Vat Phou et les anciens établissements associés du paysage culturel de Champassak a été examiné à plusieurs reprises par le Comité du patrimoine mondial qui a insisté sur le besoin de contrôler le projet de route, voire de le suspendre par moments, et de définir un schéma directeur et des plans de détail, ainsi que de veiller à la mise en place du plan de gestion et de s’assurer d’une définition plus lisible des attributs qui transmettent la valeur universelle exceptionnelle du bien.

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