Une mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN a visité le bien du 23 au 31 mai 2011. Les résultats ont été présentés oralement par le Centre du patrimoine mondial à la 35e session mais n’ont pas été inclus dans le précédent rapport d’état de conservation. Le rapport de mission est consultable sur http://whc.unesco.org/fr/list/1257/documents/. La mission a constaté que l’exploitation forestière illégale avait été stoppée dans le Parc national de Marojejy (MJNP), mais continuait dans le Parc national de Masoala (MSNP). De plus, la mission a noté que cet abattage illégal de bois avait commencé à s’étendre à d’autres aires protégées qui ne se trouvaient pas à l’intérieur du bien, mais que cela risquerait d’affecter par la suite d’autres éléments du bien. La mission a pris acte des efforts de l’État partie pour traiter ce problème et pour mettre en œuvre le décret 2010-141 de mars 2010 qui interdit toute coupe, exploitation et exportation de bois de rose et d’ébène. L’État partie a toutefois reçu de nombreux rapports de partenaires concernés signalant que le décret n’était toujours pas totalement appliqué. La mission a conclu que certaines autorités détournaient les dispositions du décret et qu’aucune action n’avait été entreprise contre les stocks illégaux de bois de rose détenus par les négociants en bois. La mission a pris note de rapports indiquant que du bois provenant de ces stocks continuait à être exporté et à être rapidement remplacé par du bois fraîchement coupé. Elle a donc conclu que l’élimination de tous les stocks, y compris ceux détenus par les négociants en bois, était essentielle pour stopper l’abattage illégal de bois de rose et d’ébène et leur commerce.
La mission a fait état d’une forte augmentation du taux de déboisement dans le Parc national de Masoala. Bien que toute cette déforestation ne soit pas directement liée à l’abattage illégal de bois, mais aussi à l’agriculture itinérante sur brûlis, la mission a considéré que l’inaptitude à stopper l’abattage illégal de bois avait été le principal facteur déclenchant du développement de la déforestation par les communautés locales. La mission a également été informée de pressions accrues d’exploitation minière artisanale sur les deux sites, ce développement semblant lié aux mêmes problèmes de gouvernance que ceux qui laissent perdurer l’exploitation forestière illégale.
La mission a conclu que la valeur universelle exceptionnelle du bien, et plus particulièrement les valeurs justifiant l’inscription du bien selon les critères (ix) et (x), avaient été affectées dans les zones où il y avait eu des coupes illégales, mais que ces impacts étaient jusqu’ici localisés et n’avaient pas encore mis en danger les valeurs globales du bien. La mission a considéré que si l’abattage illégal de bois n’était pas contrôlé, et si de nouvelles zones étaient concernées, cela pourrait entraîner la perte de certaines valeurs du bien. La mission a également conclu que l’augmentation de la déforestation ainsi que les autres menaces susmentionnées avaient sérieusement affecté l’intégrité globale du Parc national de Masoala et que d’autres parties intégrantes du bien en série pourraient aussi être affectées si le problème aigu des coupes illégales s’étendait jusqu’à les concerner. Le rapport de mission est consultable sur.
À partir des conclusions de la mission, le Comité du patrimoine mondial, dans sa décision 35 COM 7A.10, a adopté la liste des mesures correctives ainsi qu’un calendrier de mise en œuvre sur deux ans et l’état de conservation souhaité pour le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril.
Le 1er février 2012, l’État partie a soumis un rapport informatif sur l’état actuel de conservation du bien et sur l’avancement de la mise en œuvre des mesures correctives. Le rapport indique qu’en 2011, on n’a plus observé d’exploitation forestière illégale, de stocks de bois, de déforestation ni d’incidents d’empiétements dans le Parc national de Marojejy. Quant au Parc national de Masoala, le rapport indique que toutes les activités d’abattage illégal de bois ont été stoppées fin 2011 et que la plupart des stocks de bois dans le périmètre du Parc ont été saisis et entreposés en lieu sûr. Le rapport signale toutefois qu’il pourrait y avoir encore quelques stocks de bois cachés dans le Parc. Le rapport indique aussi qu’en 2011, 18 ha ont été déboisés dans le Parc national de Masoala, contre 40 ha en 2010, et que le nombre de pièges à lémuriens confisqués a diminué très légèrement, passant de 42 à 38. Le rapport indique que des efforts ont été faits pour lutter contre ces menaces, mais que le contexte politique et la taille du Parc rendent cela très difficile.
L’État partie souligne également son engagement à appliquer les mesures correctives et à atteindre l’état de conservation souhaité pour le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril dans la période de deux ans fixée par le Comité. Les progrès suivants sont signalés dans la mise en œuvre des quatre mesures correctives urgentes :
a) Finaliser le recensement de tous les stocks de bois existants et les placer immédiatement sous saisie
L’État partie indique qu’un inventaire a été réalisé en 2011 et a abouti à deux types de stocks : (i) stocks sécurisés et inventoriés de bois confisqué et (ii) stocks de bois entreposés chez les négociants en bois.
Certains rapports font également état d’une diminution des exportations illégales, qui se poursuivraient néanmoins. Les rondins ne transiteraient plus par les principaux ports mais seraient transportés par petits bateaux vers de plus gros bateaux ancrés au large.
b) Éliminer l’ensemble de ces stocks dans un délai de un an à compter de la saisie, sans possibilité de reconstituer le stock, par un processus adéquat de liquidation et de contrôle du stock, aboutissant à la disparition totale de tout bois stocké dans les 18 mois
L’État partie indique qu’en 2011 la priorité a été donnée à l’arrêt de l’exploitation forestière illégale en cours, et que l’élimination des stocks constituait la priorité pour 2012.
Le 15 décembre 2011, le Centre du patrimoine mondial a reçu une lettre de l’État partie contenant un projet de plan d’action pour l’inventaire et la vente des stocks de bois. Dans sa réponse, le Centre du patrimoine mondial a demandé une stratégie claire de vente de tous les stocks de bois illégaux, garantissant une participation à part entière de la société civile et de la communauté internationale, ainsi que l’engagement d’observateurs indépendants. La lettre demandait aussi des précisions sur l’utilisation des revenus générés et sur la méthode qui serait utilisée pour l’inventaire et le marquage des stocks de bois. Le 6 février 2012, l’État partie a soumis la stratégie demandée, fondée sur le principe « aucun stock, aucune exploitation forestière illégale et aucun transport » concernant le bois de rose et d’ébène. Les documents joints contenaient également des détails sur différents aspects du projet d’inventaire et de vente du bois.
c) Finaliser le dossier d’inscription des espèces de Dalbergia et Diospyros endémiques à Madagascar à l’Annexe III de la CITES, et soumettre à la prochaine Conférence des États parties l’inscription de ces essences à l’Annexe II de la CITES, pour renforcer leur statut de protection
Le rapport de l’État partie indique que ce processus est en cours, mais ne donne pas de détails supplémentaires.
d) Renforcer la mise en application du décret du 24 mars 2010 et des décrets de novembre 2000 et avril 2006, en particulier en publiant dans la presse un document officiel signé du Ministre de l’Environnement clarifiant précisément le statut de ces bois et leur conservation, pour l’information du public, de l’ensemble des services de l’État en charge du contrôle, ainsi que l’ensemble des acteurs potentiels de la filière bois, et en mandatant un observateur indépendant pour suivre l’application du décret :
Le rapport de l’État partie note que ce dernier a organisé de nombreuses missions d’information, y compris par le Ministre de l’Environnement et des Forêts, pour sensibiliser les communautés locales.
e) Autres problèmes de conservation
Le rapport fournit également des informations sur la mise en œuvre d’autres mesures correctives recommandées par la mission de 2011 pour restaurer l’intégrité du bien. Il souligne les efforts de surveillance des patrouilles pour mettre fin à l’exploitation forestière illégale et sécuriser les stocks de bois dans les deux Parcs, mais signale que jusqu’ici on n’a pas pu trouver de financement pour inclure les quatre autres éléments constitutifs du bien. Il rappelle en outre les efforts de conservation communautaire soutenus par un financement de la Banque allemande de développement (KfW) dans le Parc national de Marojejy, et du Zoo de Zürich et de la Fondation pour les aires protégées et la biodiversité de Madagascar dans le Parc national de Masoala. Le rapport indique que les initiatives de conservation communautaire ne permettent pas de lutter efficacement contre l’exploitation forestière illégale car ces activités sont surtout le fait d’individus extérieurs à la région. Le rapport rappelle aussi qu’en 2011, aucune activité de réhabilitation écologique des zones dégradées n’a été menée mais que cela est prévu en 2012. Aucune information n’est fournie sur la recommandation de renforcer les prérogatives des Parcs nationaux de Madagascar pour intenter des poursuites en cas d’infractions au sein du bien.