L’État partie a fourni un rapport complet sur l’état de conservation du bien le 1er février 2011. Il a informé le Centre du patrimoine mondial qu’une loi sur le transfert des biens fédéraux ou municipaux d’origine religieuse à des organisations religieuses avait été approuvée par le Président de la Fédération de Russie en 2010. Bien que le rapport de l’État partie sur l’état de conservation du bien décrive en détail les méthodes adoptées au cours des travaux de conservation de chacun des éléments de l’ensemble, l’État partie souligne l’importance de nombreux projets d’aménagements touristiques (nouveaux hôtels et musées ethnographiques, suppression des moulins à vent, reconstruction de bâtiments existants à plus grande échelle, comme la Maison de Thé du XIXe siècle et l’École de Dionisii à Ferapontov). Le rapport propose également la reconstruction de certains espaces du monastère pour les visiteurs et pour des installations muséographiques. Les reconstructions proposées sont justifiées en termes de complétion d’anciennes structures historiques pour répondre à des besoins de services, malgré un manque de documentation détaillée pour étayer ces projets. Le rapport signale également que l’État partie souhaiterait repousser les limites du bien du patrimoine mondial.
Une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS a été menée dans le bien du 5 au 12 décembre 2010. À la suite de l’adoption de la loi fédérale mentionnée plus haut, la présence d’un représentant du Département des Relations extérieures du Patriarcat de Moscou durant la mission a bien montré l’importance accordée par les autorités religieuses à la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial. Le rapport de mission est consultable en ligne à l’adresse Internet suivante : http://whc.unesco.org/en/sessions/35COM/.
Les principales recommandations de la mission sont les suivantes :
a) Structure de gestion
La structure existante ne garantit pas une bonne coordination entre les partenaires concernés. Différents acteurs sont engagés – sans coordination suffisante – dans la gestion des différents éléments du bien. Ce manque de coordination et de contrôle représente une menace potentielle pour le bien. L’engagement de l’Église orthodoxe russe n’est pas encore précisé, bien que selon la nouvelle loi fédérale, elle doive jouer un rôle essentiel dans la future gestion du bien.
L’État partie doit créer une Commission spéciale, constituée de tous les partenaires concernés, ainsi que des représentants du Patriarcat de Moscou et de toutes les Russies, comme l’a précédemment demandé le Comité du patrimoine mondial. Son objectif sera de définir et de mettre en œuvre des mesures et une réglementation juridiques appropriées en matière de conservation, de restauration et d’utilisation, un système de cogestion pour les biens religieux du patrimoine mondial en Fédération de Russie, et des mesures spécifiques appropriées pour chaque bien religieux.
b) État de conservation
La mission souligne le professionnalisme des travaux de conservation des peintures murales de l’église de la Nativité de la Vierge. Les couches de fresques ont été consolidées et nettoyées selon une méthode particulière qui a nécessité de consolider chaque fine couche de peinture, au lieu de consolider toute la surface de la fresque. Afin d’assurer l’authenticité absolue de toutes les fresques, on a interdit toutes modifications et improvisations. Les fragments manquants ont été laissés en blanc neutre. Toutefois, la mission a constaté une certaine disproportion dans la stratégie générale de conservation. Ces dix dernières années, les interventions ont été presque exclusivement centrées sur l’église de la Nativité de la Vierge, alors que tous les autres composants du bien ont été quelque peu négligés (notamment l’église Saint-Martinien, l’église de l’Épiphanie et l’église Saint-Ferapont). L’entretien du bien a subi des retards qui ont entraîné des dommages matériels aux structures architecturales. La mission a également constaté une utilisation inappropriée de certaines parties du monastère ; elle a donc recommandé que l’État partie mette en place un suivi permanent du bien pour stopper et prévenir toutes dégradations structurelles de ses éléments.
c) Gestion, protection et problèmes de limites
Le projet de plan de gestion soumis par l’État partie a été jugé inadéquat par la mission. Outre le bien, ce plan concerne deux autres sites (le monastère de Kirillo-Belozersk et Tzipinski Pogost), avec l’intention manifeste de présenter des arguments pour une éventuelle proposition d’inscription en série. Le plan propose une analyse très superficielle des véritables problèmes du bien, et ne contient pas de propositions sur les principaux instruments d’un plan de gestion, la protection juridique, les limites, les plans d’aménagement et le système de gestion. Il s’avère que ce plan a pour but évident de prouver la nécessité de nouvelles constructions. Le projet de Plan d’action est limité et insuffisamment argumenté. La mission a noté un manque d’informations sur les ressources financières prévues pour la mise en œuvre des programmes et mesures de protection, de préservation et de gestion du bien. Actuellement, les ressources ne sont pas allouées à des programmes précis et détaillés à court et long terme, mais uniquement à des manifestations ponctuelles : anniversaires, célébrations, visites officielles, et autres.
La mission a également passé en revue les projets de nouvelles constructions dans le périmètre du bien et elle considère que l’État partie ne devrait autoriser aucun projet de reconstruction et/ou d’aménagement à l’intérieur du bien inscrit. L’État partie doit fournir des informations sur tous projets et activités comme l’Ensemble touristique ou l’École de Dionisii, qui pourraient avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, conformément au paragraphe 172 des Orientations. Toutes les structures et constructions illégales et inappropriées à l’intérieur du bien et de sa zone tampon devront être supprimées.
L’État partie devra mettre au point quatre plans intégrés pour assurer efficacement la protection et la gestion du bien :
- Un plan d’urbanisme détaillé, établissant une réglementation sur la construction dans la zone tampon selon les régimes précis de protection en vigueur ;
- Un plan d’aménagement détaillé du bien et de son paysage, incluant des spécifications sur l’occupation des sols, les installations domestiques, l’équipement urbain, l’éclairage, la plantation d’arbres et la publicité ;
- Un schéma directeur de conservation permettant une planification régulière de toutes les activités de conservation dans le bien ;
- Un plan de gestion qui coordonnerait les effets de tous les instruments de gestion – dont la protection juridique et tous les plans d’aménagement –, et qui se concrétiserait par un plan d’action réaliste et exhaustif, avec des ressources et des responsabilités établies.
Après analyse de la situation, la mission a recommandé que l’État partie envisage de soumettre des demandes officielles de modification possible des limites du bien inscrit et de sa zone tampon pour assurer une protection efficace du bien et se conformer aux limites actuellement utilisées pour la gestion du bien. L’État partie doit aussi mettre au point et adopter un régime de protection bien défini pour la zone tampon du bien – incluant une réglementation sur les constructions et l’occupation des sols –, et renforcer le système de contrôle du développement dans cette zone.
e) Tourisme
La mission n’a pas reçu d’informations sur cette question. Les terrains situés près du bien sont désignés dans le schéma directeur comme étant réservés à la construction d’un ensemble touristique – « L’École de Dionisii » –, mais aucune information détaillée n’a été fournie sur ce projet qui semble constituer une menace potentielle pour le panorama traditionnel que domine le monastère Ferapontov. Cette construction devrait être suspendue jusqu’à la réalisation d’une évaluation approfondie de son impact sur la valeur universelle exceptionnelle.
La totalité des installations et services touristiques potentiels ne devrait avoir aucun impact négatif sur la valeur universelle exceptionnelle du bien et devrait se situer dans la zone tampon, en utilisant des bâtiments existants. Dans l’ensemble, l’État partie devrait développer une stratégie touristique d’ensemble et un programme de visites touristiques.