Vieille ville de Corfou
Brève description
La vieille ville située sur l’île de Corfou, au large des côtes occidentales de l’Albanie et de la Grèce, occupe une position stratégique à l’entrée de la mer Adriatique. Le début de son histoire remonte au VIIIe siècle av. J.-C. Les trois forts de la ville, conçus par des ingénieurs vénitiens renommés, ont servi pendant quatre siècles à défendre les intérêts du commerce maritime de la République de Venise contre l’Empire ottoman. Au fil du temps, ces fortifications durent être réparées et partiellement reconstruites à plusieurs reprises, les travaux les plus récents ayant été réalisés au XIXe siècle sous la domination britannique. Les bâtiments de la vieille ville, pour la plupart de style néoclassique, datent en partie de la période vénitienne et en partie d’époques plus tardives, notamment du XIXe siècle. Corfou, ville portuaire fortifiée de la Méditerranée, est exceptionnelle par son intégrité et son authenticité.
Valeur universelle exceptionnelle
L'ensemble des fortifications et de la vieille ville de Corfou occupe un emplacement stratégique à l'entrée de la mer Adriatique. Historiquement, ses racines remontent au VIIIe siècle av. J.-C. et à l'époque byzantine. Il a donc été soumis à des influences diverses de différents peuples. À partir du XVe siècle, Corfou fut sous domination vénitienne pour une durée de quatre siècles, puis passa sous l'autorité des gouvernements français, britannique et grec. À plusieurs reprises, Corfou eut à défendre l'empire maritime vénitien contre l'armée ottomane. Les fortifications de Corfou formaient un exemple bien pensé d'ingénierie militaire, conçu par les architectes Sanmicheli, et ont prouvé leur valeur à l'épreuve du feu. Corfou possède une identité spécifique qui se reflète dans la conception de son système de fortification et dans son ensemble de bâtiments néoclassiques. Corfou se range par conséquent aux côtés d'autres grandes villes portuaires fortifiées de la Méditerranée.
Critère (iv) : L'ensemble urbain et portuaire de Corfou, dominé par ses forteresses d'origine vénitienne, constitue un exemple architectural de valeur universelle exceptionnelle à la fois par son authenticité et son intégrité.
La forme globale des fortifications a été conservée et montre des traces de l'occupation vénitienne, dont l'ancienne citadelle et le Fort Neuf, mais surtout de la période britannique. La forme actuelle de l'ensemble résulte des travaux entrepris aux XIXe et XXe siècles. L'authenticité et l'intégrité du tissu urbain sont principalement celles d'une ville néoclassique.
La responsabilité de la protection est partagée par plusieurs institutions et les décrets y afférents : le ministère de la Culture (décision ministérielle de 1980), le ministère de l'Environnement, de l'Urbanisme et des Travaux publics (décret présidentiel de 1980) et la municipalité de Corfou (décret présidentiel de 1981). A Aussi importants sont la loi grecque sur le rivage des villes et des îles en général, la loi sur la protection des antiquités et du patrimoine culturel en général (n°3028/2002) et est l'établissement d'une nouvelle Commission pour les antiquités byzantines et post-byzantines indépendante en 2006.Une zone tampon a été établie. Les politiques actives de restauration et de mise en valeur des éléments fortifiés et de la citadelle ont apporté un état de conservation généralement acceptable, permettant l'expression de la valeur exceptionnelle de cette partie du bien. Il reste cependant de nombreux travaux à compléter ou à entreprendre. Un plan de gestion a été élaboré. Un plan d'action urbaine en accord avec le plan de gestion du site proposé pour inscription vient d'être adopté (2005), pour la période 2006-2012.
Description historique
Corfou, la première des îles Ioniennes rencontrée à l'entrée de l'Adriatique, fut annexée à la Grèce par un groupe d'Érétriens (775-750 av. J.-C.). En 734 av. J.-C., les Corinthiens fondèrent une colonie connue sous le nom de Kerkyra au sud de l'emplacement actuel de la vieille ville. Cette ville devint un comptoir de commerce sur le chemin de la Sicile et fonda de nouvelles colonies en Illyrie et en Épire. La côte de l'Épire et Corfou elle-même passèrent sous l'influence de la république romaine (229 av. J.-C.) et servirent de point de départ à l'expansion de Rome vers l'est. Sous le règne de Caligula, deux disciples de l'apôtre Paul, saint Jason, évêque d'Iconium, et Sosipater, évêque de Tarse, introduisirent le christianisme sur l'île.
Corfou passa sous la domination de l'Empire d'Orient au moment de la division en 336 et connut une longue période de troubles, qui commença avec l'invasion des Goths (551). La population abandonna progressivement la vieille ville et s'installa sur la péninsule surmontée de deux pics (les korifi) où s'élève aujourd'hui l'ancienne citadelle. Les Vénitiens, qui commençaient à jouer un rôle plus décisif au sud de l'Adriatique, vinrent en aide à une Byzance affaiblie, et par la même occasion défendirent leur propre commerce avec Constantinople contre les intérêts du prince normand Robert Guiscard. Corfou fut prise par les Normands en 1081 et retourna à l'Empire byzantin en 1084.
À la suite de la quatrième croisade et du sac de Constantinople par les croisés en 1204, l'Empire byzantin fut démantelé et, en échange de leur soutien militaire, les Vénitiens obtinrent les bases navales dont ils avaient besoin pour contrôler les mers Égée et Ionienne, y compris Corfou, qu'ils occupèrent brièvement de 1204 à 1214. Au cours du demi-siècle suivant, l'île tomba sous la domination des despotes d'Épire (1214-1267), puis sous celle des Angevins de Naples (1267-1368), qui l'utilisèrent pour appuyer leur politique contre l'Empire byzantin, alors rétabli à Constantinople, et la République de Venise. La petite ville médiévale grandit entre les deux pics fortifiés, le Castel da Mare byzantin et le Castel di Terra angevin, à l'abri d'un mur défensif fortifié avec des tours. Des écrits de la première moitié du XIIIe siècle relatent une séparation des pouvoirs administratif et religieux entre les habitants de la citadelle et ceux des parties excentrées de la ville occupant ce qui est aujourd'hui la Spianada.
Afin d'affirmer sa puissance navale et commerciale dans le sud de l'Adriatique, la République de Venise profita des conflits internes qui faisaient rage dans le royaume de Naples pour prendre le contrôle de Corfou (1386-1797). Aux côtés de Negroponte (Chalcis), Crète, et Modon (Méthoni), elle formerait l'une des bases à partir desquelles contrer les offensives maritimes ottomanes et servirait à l'avitaillement des navires en route pour la Roumanie et la mer Noire.
Les travaux continus d'amélioration et d'extension du périmètre fortifié médiéval reflètent le rôle économique et stratégique de Corfou au cours des quatre siècles de l'occupation vénitienne. Au début du XVe siècle, l'activité était concentrée dans la ville médiévale, avec le développement des équipements portuaires (docks, quais et arsenaux) et se poursuivit avec la rénovation des ouvrages de défense. Au début du siècle suivant, un canal fut creusé, séparant la ville médiévale de ses faubourgs.
À la suite du siège de la ville par les Turcs en 1537 et de l'incendie des faubourgs, un nouveau programme de travaux fut lancé pour isoler davantage la citadelle et renforcer ses défenses. La bande de terre (aujourd'hui la Spianada), dégagée en 1516, fut élargie par la démolition des maisons faisant face aux murs de la citadelle, deux nouveaux bastions furent érigés sur les rives du canal, les murs d'enceinte furent abaissés et les deux castelli furent remplacés par de nouvelles structures. Les ouvrages, basés sur des plans dessinés par l'architecte véronais Michele Sanmicheli (1487-1559), furent achevés en 1558, modernisant le système de défense de la ville pour répondre aux progrès rapides de l'artillerie dans les dernières décennies.
Pourtant un autre siège des Turcs en 1571 décida les Vénitiens à se lancer dans un vaste projet couvrant la ville médiévale, ses faubourgs, le port et tous les bâtiments militaires (1576-1588). Ferrante Vitelli, architecte du duc de Savoie, implanta un fort, le Fort Neuf, sur la colline de Saint-Marc à l'ouest de la vieille ville, commandant le territoire environnant et la mer, ainsi que les 24 banlieues protégées par un mur entouré d'un fossé avec des bastions et quatre portes. Des bâtiments militaires et civils furent construits et le port de Mandraki du XVe siècle fut restructuré et agrandi. Dans le même temps, la ville médiévale fut convertie à des usages plus spécifiquement militaires (la cathédrale fut transférée dans la nouvelle ville au XVIIe siècle) et devint l'ancienne citadelle.
Entre 1669 et 1682, le système de défense fut encore renforcé vers l'ouest par un second mur, l'oeuvre de l'ingénieur militaire Filippo Vernada. En 1714, les Turcs cherchèrent à reconquérir Morea (le Péloponnèse) mais la résistance vénitienne se durcit quand les forces turques s'approchèrent de Corfou. Le soutien de la flotte de la chrétienté et une victoire autrichienne en Hongrie en 1716 aidèrent à sauver la ville. Le commandant des forces vénitiennes à Corfou, Giovanni Maria von Schulenburg, s'inspira des dessins de Filippo Vernada pour mettre une touche finale à ce grand ensemble fortifié. Les défenses externes occidentales furent renforcées par un système complexe d'ouvrages en avancée sur les hauteurs de deux montagnes, Abraham et Salvatore, et sur le fort intermédiaire de San Rocco (1717-1730).
Le traité de Campo Formio (1797) marqua la fin de la République de Venise et vit Corfou passer sous domination française (1797-1799) jusqu'à ce que la France se retire devant l'alliance russo-turque qui fonda la république fédérative des Sept-Îles, dont Corfou devint la capitale (1799-1807). Le nouveau tracé des délimitations territoriales en Europe après la chute de Napoléon fit de Corfou, après une nouvelle et brève occupation française (1807-1814), un protectorat britannique qui dura un demi-siècle (1814-1864).
En tant que capitale des États-Unis des îles Ioniennes, Corfou perdit son importance stratégique. Sous le gouvernement du lord haut-commissaire britannique, Sir Thomas Maitland (1816-1824), l'activité de développement se concentra sur la Spianada ; son successeur, Sir Frederic Adam (1824-1832), tourna son attention vers des ouvrages publics (construction d'un aqueduc, restructuration de l'ancienne citadelle et ajout de bâtiments militaires aux dépens des bâtiments vénitiens, reconstruction et surélévation des immeubles d'habitation de la ville) et la réorganisation du système éducatif (la nouvelle Académie ionienne fut ouverte en 1824), qui contribua à la montée des intérêts intellectuels que l'occupation française avait suscités. À la même époque, les Britanniques commencèrent à démolir les fortifications extérieures à l'extrêmité ouest de la ville et à construire des zones résidentielles à l'extérieur des murs de défense.
En 1864, l'île fut rattachée au Royaume des Hellènes. Les forteresses furent désarmées et plusieurs tronçons du mur d'enceinte ainsi que les défenses furent progressivement démolis. L'île devint une destination de vacances prisée par l'aristocratie d'Europe. La vieille ville fut gravement endommagée par des bombardements en 1943. Aux pertes humaines s'ajouta la destruction de nombreux bâtiments d'habitation et publics (le Parlement ionien, le théâtre et la bibliothèque), quatorze églises et plusieurs édifices dans l'ancienne citadelle. Dans les dernières décennies, la croissance progressive de la nouvelle ville s'est accélérée avec l'expansion du tourisme.
Source : évaluation des Organisations consultatives
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