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Las Médulas

Brève description

Au Ier siècle, les autorités de l'Empire romain ont commencé à exploiter les gisements aurifères de cette région du nord-ouest de l'Espagne en utilisant une technique basée sur la puissance hydraulique. Après deux siècles d'exploitation des dépôts résiduels, les Romains se sont retirés, laissant derrière eux un paysage dévasté. Étant donné l'absence d'activités industrielles ultérieures dans cette région, les traces spectaculaires de cette remarquable technique ancienne sont partout visibles, sous forme de pentes montagneuses dénudées et de vastes zones de résidus miniers qui servent maintenant à l'agriculture.

Las Médulas © UNESCO

Justification d'inscription

Le Comité a décidé d'inscrire ce bien sur la base des critères (i), (ii), (iii) et (iv) considérant que la zone d'exploitation aurifère de las Médulas est un exemple exceptionnel d'une technique novatrice romaine, dans laquelle tous les éléments composant l'ancien paysage, à la fois industriels et domestiques ont survécu de façon exceptionnelle.

Description longue

[Uniquement en anglais]

Las Médulas gold-mining area is an outstanding example of innovative Roman technology, in which all the elements of the ancient landscape, both industrial and domestic, have survived to an exceptional degree. It provides exceptional evidence of a tradition of working and the technological and scientific exploitation of nature in a vanished civilization, which resulted in significant use of applied hydraulics. What is visible today is a unique cultural landscape, shaped by drastic human intervention and natural processes, with in addition the introduction of non-native flora, which has survived since the Roman period without change.

The placer (alluvial) gold deposits of the Las Médulas region were being exploited on a small scale in the late Iron Age. Evidence for this is largely circumstantial, based on excavations of the defended sites (castros ) of the region and the related cemeteries, with their wealth of golden objects.

The north-western part of the Iberian Peninsula was the last to be conquered by the Romans, after the campaign of Augustus in 29-19 BC. Some Roman urban centres were founded and a characteristic Roman road system built, but the indigenous population, although considerably reduced, continued to live on its tribal territories, around its typical defended hill forts for a considerable time. However, from the second half of the 1st century AD a new settlements on the Roman model were set up, with the objective of exploiting the rich mineral resources (notably gold, but also iron) of the region. At the same time, new techniques of extracting the gold were put into practice, on an infinitely larger scale than in the pre-Roman period. Under the Roman system, all mineral resources in imperial provinces were vested directly in the emperor. The mining areas formed part of the province of Hispania Citerior, which included the north-western military regions of Asturia and Callaeciae, and were declared to be imperial estates. Contrary to general belief and unlike the situation in other imperial gold-mining areas (such as Wales), the workers in the mines were free men, not slaves. Their settlements can be found all over the region, alongside yet clearly distinguishable from those which housed the imperial officials and their staffs. Engineering activities, such as the major hydraulic works of building dams and cutting channels and road construction, were the responsibility of the Roman army. The military presence was also maintained to keep the peace and to ensure the safety of imperial officials and their deliveries of gold to provincial capitals and over the sea to Rome. Sweeping changes took place in the Roman monetary system in the 2nd century AD: Caracalla restored the aureus to its former place, and as a result the Spanish mines reactivated their production.

The Archaeological Zone of Las Médulas (ZAM) comprises the mines themselves and also large areas where the tailings resulting from the process were deposited. Within the area there are dams used to collect the vast amounts of water needed for the mining process and the intricate canals by means of which the water was conveyed to the mines. Human settlement is represented by villages, of both the indigenous inhabitants and the imperial administrative and support personnel (including army units). The area contains the route of one major Roman road and a large number of minor routes, used within the mining operations: water from springs, rain, and melting snow was collected in large reservoirs, which led by a system of well built gravity canals to the mines themselves, over long distances. Galleries were cut into the sterile strata many metres deep that overlay the layers of auriferous conglomerate. When the sluices of the dams were opened, enormous quantities of water flowed into the galleries, which were closed at their ends. The pressure thus built up caused the rock to explode and to be washed away by the water flow, forming enormous areas of tailings, several kilometres in length. The process is vividly apparent on the working face at the main Las Médulas site. The operating face of this spectacular form of mining slowly moved across the landscape. The system of water canals and conduits has been traced over large areas of the site, and measures at least 100 km.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Les gisements de sable aurifère (alluvionnaire) de la région de Las Médulas ont été exploités à faible échelle à la fin de l'âge du fer. Les preuves de cette exploitation sont en grande partie indirectes et se fondent sur les fouilles réalisées au sein des sites défensifs (castras) de la région ainsi que dans ses cimetières, où fut découverte une multitude d'objets en or.

La partie nord-ouest de la péninsule ibérique est la dernière région conquise par les romains, après la campagne d'Auguste, entre 29 et 19 av. J.-C .. Pendant au moins un siècle après cette conquête, elle est placée sous contrôle militaire direct. L'empreinte laissée par la romanisation est moins forte que dans d'autres parties de la péninsule ibérique. Quelques centres urbains romains voient le jour tandis qu'un système routier caractéristique de la civilisation romaine est mis en place. La population autochtone, bien que considérablement réduite, va cependant continuer à vivre pendant très longtemps sur ses territoires tribaux, à proximité de ses petits oppida typiques.

A partir de la seconde partie du 1er siècle ap. J.-C., une nouvelle forme d'occupation commence pourtant à émerger. On assiste à de nouveaux établissements sur le modèle romain, dans l'objectif d'exploiter les riches ressources minières (notamment l'or mais aussi Je fer) qui se trouvent dans cette région. Concomitamment. de nouvelles techniques d'extraction de l'or sont mises en pratique. à une échelle infiniment supérieure à ce qu'a connu la période pré-romaine.

Dans le cadre du système de l'Empire romain, toutes les ressources en minerais issues des provinces impériales (que l'on distingue des provinces sénatoriales plus anciennes et plus traditionnelles) reviennent directement à l'empereur. Cela fait partie de son patrimoine (patrimonium) et la gestion correspondante constitue un élément du fisc ifiscus) impérial. Les zones minières appartiennent à la province d'Hispania Citerior qui comprend au nordouest les régions militaires des Asturies et de la Galice, et sont déclarées propriétés impériales. Initialement gérées par le gouverneur de la province, elles vont être administrées par un procurateur impérial des provinces des Asturies et de la Galice (procurator Asturiae et Calloeciae) suite aux réformes de l'empereur Vespasien dans les années 70 du 1er siècle ap. J.-C.. Il a alors sous sa responsabilité les procurateurs des minerais (procuratores metallorum) chargés de chacune des opérations ou des groupes de mines.

Contrairement à la croyance générale, et à la différence de la situation que connaissent d'autres secteurs d'exploitation aurifère impériaux (tels que le Pays de Galles), les ouvriers travaillant dans les mines ne sont pas des esclaves mais des hommes libres. Ces derniers vont perpétuer la tradition minière établie dans leur région au cours de la période pré-romaine. Dans toute la région, on trouve des traces de leurs établissements qui, bien que côtoyant ceux des fonctionnaires impériaux et de leurs collaborateurs, s'en distinguent très nettement.

Les opérations d'ingénierie, telles les travaux majeurs d'édification des barrages, le creusement des canaux et 1' élaboration des ouvrages routiers, sont sous la responsabilité de l'armée romaine. On peut constater Wle telle répartition des responsabilités et des tâches dans d'autres propriétés impériales, comme dans le Pays Boisé du sud-est de l'Angleterre qui fut l'un des principaux producteurs de fer.

Les militaires sont également présents dans les régions minières montagneuses et agitées, afin d'y maintenir 1' ordre et de garantir la sécurité des fonctionnaires de l'empire, de leurs livraisons d'or à destination des capitales provinciales ainsi que de l'acheminement outre-mer, vers Rome. La Legio VII Gemina (d'où la cité moderne tire son nom) stationne en permanence à LeOn tandis que des unités auxiliaires sont en garnison dans les forts de tailles diverses, situés au coeur et autour des zones minières.

Le système monétaire romain connaît des modifications radicales à la fin du 2ème siècle ap. J.-C.. Survient alors la dévaluation de l'aureus d'or qui va avoir des répercussions catastrophiques, et non des moindres, sur les mines espagnoles. Caracalla (188-217) restaure l 'aureus sous sa forme première ; en conséquence, les mines espagnoles, alors victimes de la crise, reprennent leur production. Ce fait peut également expliquer pourquoi les Asturies et la Galice sont élevées au rang de province indépendante dénommée Hispania Nova Citerior Antoniniana. TI n'en demeure pas moins que la vie de cette nouvelle province et la réactivation des mines semblent avoir été fort brèves. Les dossiers archéologiques manquent d'éléments plus récents, prouvant ainsi que la production aurifère s'est effectivement interrompue de façon définitive dès les premières décennies du 3ème siècle.

Source : évaluation des Organisations consultatives