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Île Kunta Kinteh et sites associés

Brève description

L’île James et les sites associés témoignent des principales époques et aspects de la rencontre entre l’Afrique et l’Europe le long du fleuve Gambie, un continuum qui s’étend de la période pré-coloniale et pré-esclavagiste à l’indépendance. Ce site est d’une importance toute particulière pour son association tant avec les débuts du commerce d’esclaves qu’avec son abolition. Il témoigne aussi des premières voies ouvertes vers l’intérieur de l’Afrique.

Île James et sites associés © Niels Elgaard Larsen Plus d'images ...

Valeur exceptionnelle

Critère iii : L’île James et les sites associés sur le fleuve Gambie apportent un témoignage exceptionnel sur les différentes facettes de la rencontre entre l’Afrique et l’Europe, du XVe au XXe siècle. Le fleuve constitua la première route commerciale vers l’intérieur des terres africaines, et joua également un rôle dans le commerce des esclaves. Critère vi : L’île James et les sites associés, les villages et les batteries, ont été directement et manifestement associés au début et à la fin du commerce des esclaves, et conservent des souvenirs liés à la diaspora africaine.

Description longue

L'île James et les sites associés situés sur le fleuve Gambie constituent un témoignage exceptionnel des différentes facettes de la relation entre l'Europe et le continent africain entre le XVe et le XXe  siècle. Le fleuve, qui fut la première route commerciale vers l'intérieur de l'Afrique, devint ainsi l'un des premiers couloirs du trafic des esclaves. Ces sites, directement et concrètement associés au commencement et à la fin de la traite, ont conservé la mémoire de la diaspora africaine.

Le bien est formé de sept sites séparés : la totalité de l'île James , les restes d'une chapelle portugaise et un entrepôt colonial dans le village d'Albreda, le bâtiment Maurel Frères dans le village de Juffureh, les vestiges du petit établissement portugais de San Domingo , ainsi que le fort Bullen et la Batterie à six canons , qui se trouvent dans trois districts différents de Gambie. Fort Bullen et la Batterie sont à l'embouchure du fleuve Gambie, l'île James et les autres sites à quelque 30 km en amont. Albreda, Juffureh et San Domingo se trouvent dans une vaste zone tampon qui s'étend sur 12 km le long des rives du fleuve, et qui est large de 500 m, vers l'intérieur des terres, à partir du niveau des hautes eaux. La petite île James (0,3 ha) se trouve au centre du fleuve, dans une position stratégique permettant d'assurer le contrôle de celui-ci.

Les structures d'origine sont le fort lui-même, la maison des esclaves, la cuisine du gouverneur, la forge et une boutique, tous en ruine aujourd'hui. Situé au milieu de cette île basse, le fort est exposé aux inondations lors des marées hautes. Le village mandingue d'Albreda, sur la rive nord du fleuve, se trouve au milieu de terres agricoles et forme une partie de la zone tampon, mais il renferme deux édifices qui ont été inscrits sur la Liste du patrimoine. La chapelle, construite par les Portugais à la fin du XVe  siècle, est aujourd'hui en ruine ; 30 m à l'ouest de celle-ci se dresse encore un mur qui lui est contemporain. Le bâtiment de la Compagnie française d'Afrique occidentale situé au bord de l'eau, près de l'appontement, a été construit sur deux niveaux à côté d'un entrepôt. Le rez-de-chaussée servait de boutique et de lieu de stockage des denrées, l'étage, d'habitation.

Le village mandingue typique de Juffureh est formé de maisons traditionnelles, de complexes familiaux entourés de barricades en bois et de petits espaces publics ouverts. Le bâtiment Maurel Frères , construit vers 1840 par les Anglais, fut par la suite utilisé comme entrepôt par un marchand libanais nommé Maurel. C'est aujourd'hui un petit musée du commerce d'esclaves atlantique en Sénégambie.

San Domingo, un kilomètre à l'est d'Albreda, est un établissement colonial fondé par les Portugais à la fin du XVe  siècle. Il renfermait des jardins, une église, un cimetière et un puits dont il ne reste plus aujourd'hui que les ruines d'une petite maison construite en pierre latéritique et en mortier de chaux. Non loin de là se trouvent les vestiges de l'ancien établissement anglais de Jillifree.

La Batterie à six canons a été terminée en 1821 sur le site de Bathurst, fondé en 1816, qui est aujourd'hui Banjul, sur l'île Sainte-Marie. La batterie se compose de 6 pièces de 24 livres installées sur des rails et protégées par un large parapet fait de pierre et de mortier de chaux. Le fort Bullen se trouve à l'extrémité de la pointe de Barra, face à la ville de Banjul, sur la rive nord du fleuve, là où il se jette dans l'océan. Le fort est protégé de la mer par un mur fait de pierres et de gros blocs. Le site se trouve près de la station de ferry Banjul-Barra. Les constructions du fort comportent notamment un vieil édifice construit en terre qui était la résidence du commissaire commercial de l'administration coloniale au début du siècle.

Les rives du fleuve ont été habitées de longue date. Ce territoire était sous la férule du royaume de Kaabu, une émanation de l'Empire du Mali (vers 1200-1867), et du royaume de Jollof (vers 1300-1500). Kaabu joua un rôle important dans le commerce atlantique bien avant l'arrivée des Européens : ce royaume noua en effet des liens avec les Phéniciens, les Carthaginois, et, à partir de l'an mille, avec les Arabes. Les Portugais, à la recherche de la route maritime pour l'Inde, arrivèrent en Sénégambie entre 1446 et 1456. Au cours du XVIe  siècle, des navires anglais s'aventurèrent en Gambie, et les Hollandais y parvinrent à leur tour vers la fin de ce même siècle. L'esclave devint alors une nouvelle denrée commerciale, notamment au XVIIIe  siècle, jusqu'à l'abolition de la traite.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

La région du fleuve Gambie est depuis longtemps habitée, comme en attestent par exemple les anciens cercles de pierre et monticules funéraires (mbanar) connus dans les empires du Ghana, du Mali et de Songhai. Le territoire était sous la férule du royaume de Kaabu, une émanation de l'empire du Mali (vers 1200-1867), et de l'empire Jollof (vers 1300-1500). Kaabu jouait un rôle important dans le commerce vers l'Atlantique avant l'arrivée des Européens, car il était en contact avec les Phéniciens et les Carthaginois, ainsi que les Arabes (à partir de 1000 apr. J.- C.). Les Portugais atteignirent la Sénégambie entre 1446 et 1456, alors qu'ils cherchaient la route maritime vers l'Inde. En 1482, ils construisirent le fort São Jorge da Mina (Elmina) sur la Côte d'Or (aujourd'hui le Ghana). Au XVIe siècle, des navires britanniques s'aventurèrent dans la région de la Gambie, suivis à la fin du siècle par les Hollandais. Les esclaves devinrent un autre objet de négoce, le commerce du « bois d'ébène » battant son plein au XVIIIe siècle, jusqu'à l'abolition de l'esclavage en Grande-Bretagne et aux États-Unis en 1807, puis dans les colonies françaises en 1848.

Avec le fleuve Gambie permettant d'accéder à l'intérieur des terres, les zones côtières devinrent la principale frontière d'acculturation. Kaabu conserva sa religion traditionnelle, barrant la route à l'Islam jusqu'au XIXe siècle. Les Portugais établirent le contact avec la population indigène, les Niuminkas, initiant une période de commerce et de relations interculturelles qui, au fil des cinq siècles suivants, modifièrent considérablement le visage de la Gambie. Le fleuve Gambie étant l'un des fleuves les plus aisément navigables d'Afrique, il présentait aussi l'avantage particulier de permettre d'accéder au vaste arrière-pays. L'île James et les peuplements associés abritent les témoignages physiques des principaux peuplements marchands européens du XVe au XIXe siècle et de la rencontre entre l'Europe et l'Afrique.

L'île James servait de lieu de repos aux pêcheurs longtemps avant l'arrivée des Européens. Ses souverains héréditaires étaient et sont toujours des Niuminkas, auxquels elle fut rachetée par une compagnie du duché de Courlande (aujourd'hui Lettonie), qui commença la construction du premier fort en 1651. Elle fut reprise par les Britanniques, qui la baptisèrent île James, du nom du duc d'York. Le fort fut détruit et reconstruit à plusieurs reprises, passant de mains en mains entre les Britanniques, les Français, les Hollandais, mais aussi des pirates et des mutins. En 1815, l'île James fut abandonnée et est depuis demeurée en ruines.

San Domingo, à l'est du village de Juffureh, est le premier peuplement portugais de la région. Il fournissait l'île James en eau potable ; c'est aussi là que les marchands européens rencontraient leurs homologues africains. Albréda, probablement un autre peuplement portugais, fut loué aux marchands français en 1681. Il devint l'emplacement du comptoir français en Gambie. Albréda et San Domingo étaient les principaux comptoirs marchands du royaume de Niumi et le « destination finale », vers l'ouest, des longues routes marchandes venues de l'intérieur des terres. À la demande des Anglais, les Français abandonnèrent le site en 1857 mais revinrent, comme le montrent les vestiges des bâtiments de deux compagnies marchandes françaises, Maurel Frères et CFAO. Juffureh est le village des marchands mandingues, le lieu où les Britanniques faisaient leurs affaires et depuis lequel ils gouvernaient la région.

La batterie à six canons (1816) et le Fort Bullen (1826), situés des deux côtés de l'embouchure de la Gambie, furent construits dans l'intention d'éliminer le commerce des esclaves une fois celui-ci déclaré illégal dans l'empire britannique, après l'adoption de la loi d'abolition en 1807. Les sites furent abandonnés en 1870. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'armée britannique réutilisa le fort Bullen comme observatoire et base d'artillerie pour se protéger contre une éventuelle attaque des Français, qui contrôlaient le Sénégal. Après la Seconde Guerre mondiale, le fort fut à nouveau abandonné.

Source : évaluation des Organisations consultatives