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Églises rupestres d'Ivanovo

Brève description

Dans la vallée de la Roussenki Lom, au nord-est de la Bulgarie, un ensemble d’églises, de chapelles, de monastères et de cellules creusés dans le roc s’est développé à proximité du village d’Ivanovo. C’est là que les premiers ermites ont creusé leurs cellules et leurs églises au XIIe siècle. Les peintures murales qui datent du XIVe siècle témoignent d’une technique artistique exceptionnelle caractéristique de l’école de peinture de Tarnovo.

Églises rupestres d'Ivanovo © Klearchos Kapoutsis

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Les fresques des églises d'Ivanovo révèlent un art exceptionnel et une sensibilité artistique remarquable des peintures du XIVe siècle et de l'art médiéval bulgare ; elles sont une importante réalisation de l'art chrétien du sud-est de l'Europe. Postérieures aux mosaïques du monastère de Khora (Karia Djami) datant de 1303-1310, ces fresques, par leur grande expressivité, surpassent tous les monuments historiques connus de style des Paléologues. Néoclassiques d'esprit et d'inspiration, les fresques s'éloignent des canons de l'iconographie byzantine. Elles affichent un lien étroit avec l'art hellénistique expressif et une préférence marquée pour le nu, le paysage, le décor architectural dans une composition, la théâtralité, une atmosphère émotionnelle - toutes qualités qui s'associent pour produire un chef-d'œuvre exceptionnel de l'école de peinture et d'art monumental de Tarnovo.

Les cinq monuments historiques de ce groupe (chapelles, églises et autres) qui datent des XIIIe et XIVe siècles, servent d'exemples pour ouvrir la voie à la maîtrise, l'évolution, le caractère particulier de l'art du Second État bulgare (1187-1396). La richesse et la variété des cellules, chapelles, églises et ensembles monastiques, les solutions architecturales originales - toutes insérées dans un environnement naturel magnifique - attestent de la valeur de cet ensemble historique extraordinaire.

Critère (ii) : Un grand nombre d'églises, chapelles, monastères et cellules ont été creusés dans la roche le long de la rivière Roussenski Lom aux XIIIe et XIVe siècles. Les fresques d'église révèlent un art exceptionnel et une sensibilité artistique remarquable des peintures du XIVe siècle et de l'art bulgare médiéval ; elles constituent une réalisation importante de l'art chrétien du sud-est de l'Europe. Néoclassiques d'esprit et d'inspiration, ces fresques s'éloignent des canons de l'iconographie byzantine. Elles affichent un lien étroit avec l'art hellénistique expressif et une préférence marquée pour le nu, le paysage, le décor architectural dans une composition, la théâtralité, une atmosphère émotionnelle - toutes qualités qui s'associent pour produire un chef-d'œuvre exceptionnel.

Critère (iii) : Le vaste ensemble des monastères a été construit entre l'époque du Second État bulgare (1187-1396) et la conquête de la Bulgarie par l'Empire ottoman. Les cinq monuments historiques de ce groupe datant des XIIIe et XIVe siècles, la richesse et la variété des cellules, chapelles, églises et ensembles monastiques, et les solutions architecturales originales - attestent de la valeur de cet ensemble historique extraordinaire.

Intégrité (2010)

Le bien comporte à l'intérieur de ses limites tous les éléments nécessaires pour transmettre sa valeur universelle exceptionnelle. Toutefois, le massif rocheux qui abrite les églises présente de sérieux problèmes de stabilité. Au fil des années, un programme permanent de recherche et des projets scientifiques, techniques et de conception architecturale ont porté essentiellement sur le renforcement et la stabilisation de la formation rocheuse. Un programme a été mis en œuvre pour la « Recherche, définition, stabilisation et étanchéification du massif rocheux » pour l'église de la Sainte-Vierge. Toutes les analyses statistiques sont fondées sur le traitement de données météorologiques et instrumentales, et sur des études.

Authenticité (2010)

Leur création dans les cavités naturelles d'un massif karstique a permis de préserver l'authenticité de la forme, du matériau et du caractère des Églises creusées dans le roc d'Ivanovo. Des travaux urgents de conservation ont été menés sur les précieuses peintures murales des XIIIe et XIVe siècles, ainsi que des travaux de nettoyage, stabilisation et mise en valeur de l'église de la Sainte-Vierge. Cela a été effectué avec un minimum de retouches et en conservant au maximum l'original.

À la suite d'un éboulement rocheux au début du XXe siècle, les fresques du XIIIe siècle du plafond de l'église des Saints-Archanges ont été sauvées et transférées sur un nouveau support. La première étape des travaux sur les peintures murales du XIVe siècle de l'église Saint-Todor, qui s'est effondrée, a également été menée à bien.

Besoins en matière de protection et de gestion (2010)

Selon la législation nationale, le bien est protégé en tant que « Réserve » depuis 1965 (Journal officiel, n° 84, 1965). La gestion est assurée selon la Loi sur le Patrimoine culturel (Journal officiel, n° 19, 2009) et la législation afférente. Cette loi réglemente la recherche, l'étude, la protection et la promotion du patrimoine culturel immeuble de Bulgarie, ainsi que l'établissement de plans de conservation et de gestion de ses biens culturels immeubles inscrits sur la Liste du patrimoine mondial.

La protection est également assurée par l'Ordonnance n° 17 du Président du Comité de la Culture intitulée « Définition des limites et des régimes d'utilisation, et protection des monuments culturels immeubles en dehors des zones peuplées » (Journal officiel, n° 35, 1979) ; et par la Loi sur les Aires protégées (Journal officiel n° 133 du 11 novembre 1998), telle qu'amendée et complétée.

Afin de renforcer et de stabiliser la formation rocheuse, il convient de poursuivre l'exécution des mesures de conservation.

Description longue

Dans la vallée de la Roussenki Lom, au nord-est de la Bulgarie, un ensemble d'églises, de chapelles, de monastères et de cellules rupestres s'est développé à proximité du village d'Ivanovo. C'est là que les premiers ermites ont creusé leurs cellules et leurs églises au XIIe siècle. Les peintures murales du XIVe siècle témoignent d'une technique artistique exceptionnelle, caractéristique de l'école de peinture de Tarnovo.

La période de l'histoire de la Bulgarie qui commence à l'extrême fin du XIIe siècle, lorsque le pays reprit son indépendance de Byzance, jusqu'à l'annexion ottomane de 1396, est connue sous le nom de deuxième Empire bulgare. L'indépendance de Byzance ne pouvait être effective avant que le clergé bulgare ne se fût affranchi de l'autorité du patriarche de Constantinople. En 1204, le tsar Kaloyan signa un accord avec la papauté pour entrer dans le sein de l'Église catholique romaine. Mais celui-ci fut éphémère : au cours du règne du tsar Ivan Ansen II, la Bulgarie revint à l'orthodoxie chrétienne, mais avec son propre patriarche, désormais indépendant de Constantinople.

Le premier patriarche fut le moine Gioacchino qui voulait, comme Ivan Ansen, contribuer au rayonnement de l'Église bulgare. Avant de monter sur le trône patriarcal, il avait vécu en ermite dans une grotte de la vallée de la Roussenki Lom, non loin du village d'Ivanovo. Il y parvint à un niveau de sainteté si exceptionnel que le tsar Ivan Ansen le chargea de la construction d'un monastère qui devait renforcer son image de monarque miséricordieux. Le couvent, construit entre 1218 et 1235, prit dès l'origine un caractère rupestre : tous ses aménagements ont été creusés dans la falaise calcaire de la gorge de la rivière et de ses affluents.

Au cours des années 1331-1371, grâce à de nouvelles donations royales, le monastère reçut son plus précieux patrimoine artistique : les splendides fresques dues aux peintres de l'école de Tarnovo.

Au cours de la conquête du pays par les Turcs ottomans, en 1396, le monastère d'Ivanovo, déserté, fut rapidement abandonné. Le solide calcaire dans lequel il était creusé, et sur lequel étaient peintes les fresques, lui permit cependant de résister aux rigueurs du climat. Les deux falaises de la gorge de la Roussenki Lom sont percées par un labyrinthe de cellules, de salles, et surtout d'églises et de chapelles rupestres qui étaient à l'origine entièrement peintes à fresque, mais dont cinq seulement sont conservées dans de bonnes conditions.

Compte tenu du fait que trois de ces églises remontent au règne d'Ivan, ou à la période immédiatement postérieure, elles constituent un témoignage exceptionnel de la révolution intervenue dans le domaine de la peinture au cours des deux siècles du deuxième Empire bulgare. Dans les églises de la première période, les personnages sont peints dans le même style réaliste, avec des visages ovales et des lèvres charnues, et leurs vêtements sont de couleurs vives. Les fresques du XIVe siècle, au contraire, reflètent le style classique de la période Paléologue.

Les cinq églises et leurs fresques témoignent de l'influence artistique de Byzance sur la Bulgarie. La création et le décor de ces églises rupestres sont dus, pour une bonne part, aux donations des tsars bulgares des XIIIe et XIVe siècles.

Source : UNESCO/CLT/WHC