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Cavalier de Madara

Brève description

Le Cavalier de Madara, représentant un cavalier vainqueur d’un lion, est sculpté sur une falaise de 100 m de haut, près du village de Madara, dans le nord-est de la Bulgarie. Madara a été le premier lieu sacré du premier Empire bulgare, avant la conversion de la Bulgarie au IXe siècle. Les inscriptions qui figurent à côté de cette sculpture relatent des événements survenus entre 705 et 831.

© © OUR PLACE THE WORLD HERITAGE COLLECTION

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Le Cavalier de Madara est un relief unique, une œuvre d'art exceptionnelle, créée dans les premières années de formation de l'État bulgare, au début du VIIIe siècle. Il est le seul de son genre, sans aucun parallèle en Europe. Il subsiste à ce jour dans son état authentique, sans aucune altération passée ou actuelle.

Il est exceptionnel, non seulement en tant qu'œuvre de la sculpture bulgare, avec ses tendances réalistes caractéristiques, mais aussi en tant que source historique remontant aux premières années de l'établissement de l'État bulgare. Les inscriptions qui entourent ce relief constituent en effet une chronique d'événements importants survenus sous les règnes de célèbres khans bulgares : Tervel, Kormisos et Omurtag.

Critère (i) : Le Cavalier de Madara est une œuvre d'art exceptionnelle datant du début du VIIIe siècle. Il est le seul de son genre, sans aucun parallèle en Europe.

Critère (iii) : Le Cavalier de Madara est exceptionnel, non seulement en sa qualité de sculpture réaliste bulgare, mais aussi en tant que source historique sur les premières années de l'État bulgare, car les inscriptions qui entourent le relief constituent une chronique d'événements survenus sous les règnes de célèbres khans.

Intégrité (2010)

Le relief sculpté dans le rocher représentant le Cavalier de Madara comprend à l'intérieur de ses limites suffisamment d'éléments de mise en valeur. Il se trouve dans une réserve archéologique qui abrite d'autres monuments archéologiques, dont certains datent de 2000 ans. Les limites définies, ainsi que la zone de protection, assurent la préservation des abords du bien.

En raison d'une certaine instabilité du rocher qui le supporte, le relief a un sérieux et permanent problème de conservation, bien que les altérations de son intégrité ne soient pas notables. L'association de l'érosion causée par le vent et du ruissellement des eaux en surface dû aux fortes pluies et à la neige fondante provoque une érosion du rocher. Le bien a fait l'objet de nombreuses recherches archéologiques, géodésiques, géologiques, hydrologiques, statiques, sismographiques, physico-chimiques, et dernièrement, microbiologiques. Tous ces efforts exceptionnels de recherche ont été intégrés dans une base de données et leurs résultats ont permis de définir les paramètres des interventions immédiates de conservation. En 2007, un Projet international de recherche de solutions pour la conservation du relief a été réalisé et l'évaluation des interventions proposées est en attente.

Authenticité (2010)

La forme et la conception, l'emplacement et le cadre, les matériaux et la substance, l'esprit et le caractère du Cavalier de Madara ont conservé leur authenticité.

Besoins en matière de protection et de gestion (2010)

La gestion est assurée selon :

- La Loi sur le Patrimoine culturel (Journal officiel, n° 19, 2009) et la législation afférente. Cette loi réglemente la recherche, l'étude, la protection et la promotion du patrimoine culturel immeuble de Bulgarie, ainsi que l'établissement de plans de conservation et de gestion de ses biens culturels immeubles inscrits sur la Liste du patrimoine mondial.

De plus, une législation secondaire, publiée par le Gouvernement en 1981 (Ordonnance n° 22 intitulée « Protection des Réserves historiques et archéologiques de Pliska, Preslav et Madara », promulguée dans le Journal officiel, n° 14, 1981) s'applique également.

Afin d'assurer la conservation du relief, il convient d'effectuer les interventions proposées lors du Projet international de 2007. 

Description longue

Le sculpteur a représenté en bas relief un cavalier majestueux, haut de 23 m, dans une falaise presque verticale de 100 m de hauteur. Le cavalier, suivi par un chien, plonge une épée dans un lion gisant aux pieds de son cheval. Dans l'Antiquité, des tribus thraces habitaient cette plaine, où elles avaient aménagé un ancien sanctuaire dans la vaste grotte ouverte sous la falaise, connue aujourd'hui sous le nom de grotte de la Nymphe.

Une forteresse et une grande ferme (villa rustica) qui prospérèrent au pied de la colline pendant plus de trois siècles, au cours de la période romaine, furent désertées au moment du déclin de l'Empire romain. Les tours pointues de la forteresse furent rebâties lorsque la première capitale bulgare, Pliska, fut fondée à proximité.

Au cours de la période difficile qui marque la fin du VIIe siècle, les relations entre le jeune État bulgare et Byzance étaient extrêmement complexes. Les Bulgares obtinrent le droit de fonder leur État au lendemain d'une bataille victorieuse, mais Byzance se considérait comme l'héritière de l'Empire romain, et ne cessa jamais de revendiquer ce territoire. Lorsque l'empereur byzantin Justinien, chassé de son trône, demanda l'aide du khan bulgare Tervel OK? ou Terbel (G.Larousse), il fut obligé d'accepter ses conditions. L'empereur fut réinstallé sur le trône de Constantinople grâce à l'armée bulgare, en 705 : ainsi, un quart de siècle seulement après sa fondation, l'État bulgare était non seulement reconnu, mais recevait même un tribut de Byzance.

Le cavalier de Madara a été sculpté au tout début du VIIIe siècle, trois décennies environ après la fondation de l'État bulgare, en 681, et marque son triomphe : sa reconnaissance par l'Empire byzantin. Le relief ne représente pas seulement une scène symbolique abstraite, mais aussi une image bien spécifique qui possède sa propre histoire, et un profond symbolisme. La place choisie pour le réaliser est telle que la forme de la roche donne plus de relief à certaines parties de la représentation, tandis que d'autres sont presque plates, parce qu'elles ont dû être sculptées sur la paroi verticale de la falaise.

Le sculpteur a utilisé trois techniques de taille. Il a d'abord détouré les images en creusant un sillon large de 1,5 cm pour une profondeur de 2 cm (seul le lion n'est pas entouré par ce type de sillon). Il a ensuite abaissé la surface environnante de manière que la figure saille vers l'avant. Enfin, il a couvert les figures avec un stuc rouge de façon à mieux les mettre en relief sur le fond de la roche. Ce stuc a été en grande partie détruit par les éléments, mais on en voit encore différentes traces ; les lettres des inscriptions étaient également comblées avec ce type de stuc. Le sculpteur a fait en sorte que le relief apparaisse clairement vu d'une certaine distance. Les éléments de cette composition habile sont agencés de manière à éviter la distraction, et à souligner l'effet de la composition.

Cette sculpture présente une combinaison originale de caractères statiques et dynamiques, de gestes conventionnels et de détails réalistes. L'image est celle d'un événement spécifique, mais elle a une portée triomphale qui la situe au-delà des limites du temps. Cependant, bien que cette œuvre monumentale combine le concret avec l'abstrait, l'inscription gravée sur les côtés droit et gauche de la composition fournit des informations brèves, précises et simples sur l'événement et les circonstances auxquelles il se rattache. La signification historique profonde du relief est ultérieurement clarifiée par les inscriptions portées autour des figures, qui ont été faites au cours de trois phases successives, et sont en relation avec d'importants événements. Ce sont les plus anciennes inscriptions protobulgares, et les plus anciennes traces d'écriture de toute l'histoire bulgare.

Ces traditions débutent avec les trois textes du relief de Madara qui marquent le commencement des annales historiques, mais sont aussi en rapport avec les représentations et le sens de la scène de victoire représentée sur le relief. L'existence d'un État n'acquiert sa pleine signification qu'avec sa reconnaissance internationale, et ces textes mentionnent précisément les événements liés à l'émergence de cet État avec son entrée, en tant que partenaire respecté, sur la scène internationale.

Source : UNESCO/CLT/WHC