Tombeau thrace de Svechtari
Brève description
Découvert en 1982, près du village de Svechtari, ce tombeau thrace du IIIe siècle av. J.-C. illustre les principes fondamentaux de construction des bâtiments religieux thraces. Le tombeau présente un décor architectural unique avec ses cariatides polychromes mi-humaines mi-végétales et ses peintures murales. Les dix silhouettes féminines réalisées en haut-relief sur les murs de la chambre centrale et le dessin graphique de la lunette de sa voûte sont les seules décorations de ce type découvertes jusqu’ici sur le territoire thrace. C’est un témoignage remarquable sur la culture des Gètes, population thrace qui fut au contact des mondes hellénistique et hyperboréen, selon les termes de la géographie antique.
Valeur universelle exceptionnelle
Brève synthèse
Le Tombeau thrace découvert près de Sveshtari est un monument extrêmement rare et très bien conservé d'une architecture funéraire contenant des sculptures et des peintures d'une qualité et d'un style remarquables. Le tombeau est également exceptionnel par le fait qu'il représente une expression locale de l'art hellénistique, un exemple rare d'un processus créatif interrompu, qui possède des caractéristiques particulières.
Critère (i) : Le Tombeau thrace de Sveshtari est une réalisation artistique unique, avec ses cariatides mi-humaines, mi-végétales, gainées dans un chiton qui se déploie en forme de palmette renversée. Le fait que la polychromie d'origine ait été conservée avec ses tons ocre, brun, bleu, rouge et lilas ajoute au charme envoûtant d'une composition expressive où les supports anthropomorphiques évoquent un chœur de pleureuses figé dans les attitudes abstraites d'une danse rituelle.
Critère (iii) : Le Tombeau apporte un témoignage exceptionnel sur la culture des Gètes, population thrace vivant au nord de l'Hémus (l'actuelle Stara Planina), au contact du monde grec et du monde hyperboréen, selon les termes de la géographie antique. Le tombeau est également remarquable par le fait qu'il représente un art local inspiré de l'hellénisme, un exemple rare d'un processus créatif interrompu, qui possède des caractéristiques particulières. Ce monument est unique par son décor architectural et le caractère spécifique des rites funéraires révélés par les fouilles.
Intégrité (2010)
L'intégrité du site est compatible avec le caractère inchangé du bien et avec ses abords. Le monument est situé dans la Réserve archéologique de Sboryanovo qui abrite plus de 40 tumulus funéraires thraces, divers sanctuaires, des villages antiques et médiévaux, des bâtiments, une forteresse, un mausolée et un minaret de la période ottomane. Le bien possède à l'intérieur de ses limites tous les éléments nécessaires à la transmission de sa valeur universelle exceptionnelle.
Authenticité (2010)
Le bien conserve son authenticité car il a été préservé à son emplacement d'origine par une protection isolante contre l'humidité lors de la réinstallation du tumulus funéraire. Le talus qui l'entoure émerge également comme seul élément du paysage environnant. L'état général des personnages en pierre et des éléments picturaux de la construction est satisfaisant, et l'organisation spatiale du Tombeau est restée inchangée. Les travaux de conservation réalisés n'ont causé que des perturbations minimes et discrètes. Le Tombeau est ouvert à la visite tout en répondant aux exigences de conservation.
Besoins en matière de protection et de gestion (2010)
La gestion est assurée selon :
- La Loi sur le Patrimoine culturel (Journal officiel, n° 19, 2009) et la législation afférente. Cette loi réglemente la recherche, l'étude, la protection et la promotion du patrimoine culturel immeuble de Bulgarie, ainsi que l'établissement de plans de conservation et de gestion de ses biens culturels immeubles inscrits sur la Liste du patrimoine mondial ;
- Les instructions du Ministère de la Culture, et du Ministère de la Construction, de l'Architecture et des Travaux publics sur la préservation des monuments culturels et l'usage du territoire de la Réserve historique et archéologique de Sboryanovo et de sa zone de protection (Lettre n° RD-91-00 10/25.04.1990 du Ministère de la Culture) ;
- La Loi sur l'Aménagement du territoire (Journal officiel, n° 1, 2001 avec amendements) et législation afférente sur l'aménagement du territoire et l'urbanisme, les projets d'investissement et les monuments de Bulgarie. Cette législation définit la protection territoriale et spatiale particulière, ainsi que les territoires classés patrimoine culturel.
Description longue
La mise au jour, en 1982, du tombeau thrace de Svechtari a été l'une des plus grandes découvertes archéologiques du XXe siècle. La tombe elle-même est une œuvre d'art tout à fait unique, avec ses caryatides mi-humaines, mi-végétales, drapées dans des chitons en forme de palmettes inversées. Le fait que sa polychromie d'origine ait été préservée avec ses teintes ocre, brunes, bleues, rouges et lilas ajoute au charme envoûtant d'une composition pleine d'expressivité dans laquelle les supports anthropomorphes contrebalancent l'image d'un groupe de personnages endeuillés figés dans les positions abstraites d'une danse rituelle. Cette tombe constitue un témoignage exceptionnel de la culture des Gètes, une tribu thrace qui vivait au nord de l'Hemus, au contact des mondes grecs et hyperboréens, selon les anciens géographes.
Le site se trouve dans une région classée comme réserve archéologique, près de la ville de Razgrad, entre les villages de Malak Porovetz et de Svechtari, dans la municipalité d'Isperih, à l'intérieur des gorges de la Krapinetz et sur les collines environnantes. Le milieu du IIIe siècle av. J.-C., date de la construction de la tombe de Svechtari, marque la période de grande affirmation politique, économique et culturelle des Gètes. Le riche décor et la perfection de la composition architecturale de la tombe témoignent du pouvoir politique de leur souverain.
Sous un tumulus de 11,5 m de hauteur, pour un diamètre d'environ 70 m, les prospections géophysiques ont révélé, au sud-est, l'entrée monumentale d'un hypogée d'un intérêt exceptionnel, composé d'un dromos, d'une antichambre et de deux chambres funéraires rectangulaires. Le plan de cette tombe de roi thrace, très différent de celui des tombes thraces à coupoles comme celle de Kazanlak, se conforme à un modèle hellénique attesté en Macédoine, en Asie Mineure et en Égypte. Mais la tombe de Svechtari demeure unique par son décor architectural et par le caractère tout à fait spécifique des rites funéraires révélés par la fouille.
La tombe est formée d'un couloir (dromos) et de trois salles carrées : antichambre, salle latérale et chambre funéraire couverte par une voûte en berceau. L'ensemble constitue un important exemple de technique de construction thrace. Le décor de la tombe est réalisé dans l'esprit de l'architecture hellénistique contemporaine. L'entrée est flanquée de deux pilastres (antae) surmontés par une architrave plate décorée d'une frise en relief figurant des têtes de bovidés stylisées (bucrania), des rosettes et des couronnes. Dix magnifiques figures féminines aux mains levées, à la manière des caryatides, sont particulièrement impressionnantes : hautes de 1,20 m environ, elles sont figurées de face, vêtues de longues robes sans manches (chitons) nouées par un fin ruban au-dessous des seins.
La salle centrale a livré deux lits funéraires, des os humains, ainsi que des offrandes. Différentes pièces d'architecture ont permis de reconstruire la façade d'une aedicula formée de piliers, d'une corniche et d'un fronton, et fermée par trois dalles de pierre. Placé face au grand lit funéraire, comme symbole de la frontière entre la vie et la mort, cet aménagement isolait le tombeau du souverain divinisé (la partie la plus sacrée de la tombe) du reste du complexe. Au centre de la composition, une déesse offre une couronne en or au souverain, figuré comme un cavalier se tenant face à elle. De part et d'autre sont peintes des processions de serviteurs et de personnages en armure portant différents présents.
Le plan de la chambre centrale, avec ses deux lits funéraires en pierre et son aedicula, reproduit la disposition d'une maison à péristyle : cinq demi-colonnes et dix caryatides féminines sculptées en haut relief dans des blocs de pierre calcaire soutiennent l'architrave de la voûte en berceau, décorée par une frise de triglyphes et de métopes qui partage le mur à mi-hauteur.
Dans la lunette nord-ouest, sur le mur opposé à l'entrée, une peinture représente le défunt héroïsé : en présence de différents personnages, il s'avance à cheval en direction d'une divinité qui lui tend une couronne de laurier. Les ossements découverts au cours des fouilles témoignent que les rites funéraires comportaient le sacrifice de chevaux.
Source : UNESCO/CLT/WHC
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