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Gamzigrad-Romuliana, palais de Galère

Brève description

Gamzigrad, à l’est de la Serbie, est un palais fortifié de l’époque romaine tardive, associé à un mémorial sur la colline adjacente. Il fut édifié à la fin du IIIe siècle et au début du IVe siècle, sur ordre de l’empereur Caius Valerius Galerius Maximianus et est connu sous le nom de Felix Romuliana, du nom de la mère de l’empereur. Le site est constitué de fortifications, d’un palais dans la partie nord-ouest de l’ensemble, de basiliques, temples, thermes, mémorial et d’un tétrapyle. Le groupe de constructions est aussi unique en ce qu’il entremêle cérémonial et mémorial.

Gamzigrad-Romuliana, palais de Galère. Vue aérienne du sud-est. © Institute for protection of cultural monuments

Valeur universelle exceptionnelle

Gamzigrad-Romuliana est un ensemble palatial et commémoratif de la période romaine tardive, construit à la fin du IIIe et au début du IVe siècle à la demande de l’empereur Galerius Maximianus. Les fortifications massives du palais sont une référence au fait que les empereurs de la tétrarchie étaient tous des chefs militaires de haut rang. Les relations spatiales et visuelles entre le palais et l’ensemble d’édifices commémoratifs, où se trouvent les mausolées de l’empereur et de sa mère Romula, sont uniques.

Critère (iii) : Les fortifications, le palais et l’ensemble d’édifices commémoratifs sont un témoignage unique de la tradition de la construction romaine façonnée par le programme idéologique de la seconde tétrarchie et par Galère lui-même, leur fondateur.

Critère (iv) : Le groupe d’édifices composant l’ensemble architectural de l’empereur Galère est unique en ce qu’il entremêle les programmes à caractère cérémoniel et commémoratif. La relation entre les deux ensembles spatiaux est soulignée par l’emplacement du tetrapylon au carrefour entre les fortifications et le palais, le temporel, et les mausolées et monuments de consécration, le spirituel.

L’intégrité et l’authenticité de Gamzigrad-Romuliana sont clairement démontrées. Relativement peu de fouilles ont été conduites à ce jour et il n’y a eu aucune tentative de reconstruction des vestiges très dégradés. Il n’existe aucun plan de reconstruction au-delà de ce qui est nécessaire pour la conservation et de ce que la recherche peut fonder, puisque cela diminuerait le degré d’authenticité.

Le bien est protégé par : l’arrêté de l’Institut pour la préservation et l’étude scientifique des biens culturels de la RP de Serbie n° 407/48, 19 mars 1948 ; l’arrêté sur l’identification des biens culturels immobiliers d’importance exceptionnelle et de grande importance (Journal officiel 14/79) ; les vestiges de la ville romaine de Gamzigrad se sont vu attribuer le statut de monument culturel d’une importance exceptionnelle ; la loi sur les biens culturels, Journal officiel de la république de la Serbie, n° 71/94 (la loi en vigueur régissant la préservation de biens culturels). Une zone tampon a été établie. La conservation des vestiges est satisfaisante. Le bien est géré au niveau de la république de Serbie par l’Institut pour la protection des monuments culturels de Serbie.

Description historique

Le palais fortifié de Gamzigrad fut édifié par l'empereur romain Caius Valerius Galerius Maximianus, successeur de Dioclétien dans la seconde tétrarchie, à la fin du IIIe siècle et au début du IVe siècle après J.-C., ce qui a été établi grâce à la découverte, lors des fouilles menées dans les thermes, d'une tête sculptée à l'effigie de l'empereur. La tétrarchie était une forme de gouvernement imposant à l'empereur d'abdiquer après vingt ans de règne et de se retirer après la célébration du vicennallia. Galère suivit l'exemple de Dioclétien, dont il était le fils spirituel, et projeta la construction d'un palais encerclé de remparts, dans sa région d'origine où il avait l'intention de passer le reste de sa vie.

Galère ne put se consacrer à la construction de son palais fortifié qu'après sa victoire sur le roi perse Narses en 297. Désormais César, ce fils adoptif et héritier de Dioclétien commença les travaux dans sa région natale, Dacia Ripensis, la Serbie orientale aujourd'hui. Il baptisa la forteresse Romuliana en l'honneur de sa mère Romula, une Dace. Un fragment d'archivolte découvert lors des fouilles porte l'inscription Felix Romuliana encerclée d'une couronne de laurier. Les fortifications intérieures de l'ensemble, le palais au nord-ouest et le petit temple furent érigés pendant cette première phase.

Après la mort de Constance Chlore en 306, Galère devint l'homme le plus puissant de l'Empire romain et, vu de cette haute position, la forteresse lui sembla trop humble. Les travaux alors en cours furent abandonnés pour se consacrer à une forteresse plus monumentale incorporant les édifices déjà érigés. Un gigantesque temple dédié à Jupiter fut bâti au sud du complexe. Cette nouvelle phase se caractérise par une profusion décorative encore plus grande, chargée de sens symbolique et exécutée dans des matériaux variés.

Sur la colline à l'est du palais fortifié, Galère construisit des mausolées pour lui-même et pour sa mère, flanqués de monuments de consécration en forme de tumuli. Ces derniers étaient reliés à l'apotheosis, l'élévation symbolique au rang de dieu.

En tant que César, Galère était identifié à Hercule, et plus tard, quand il fut élevé au rang d'Auguste, à Jupiter. Associer les dirigeants et la hiérarchie divine était l'une des caractéristiques de la tétrarchie. En tant qu'incarnation divine, Galère voulut offrir à sa mère une place parmi les dieux ; avec l'apotheosis, il assurait à Romula l'immortalité divine.

Le tetrapylon qui marquait un carrefour fut dressé à l'intersection de la voie romaine conduisant à Romuliana et de la route jusqu'à l'ensemble d'édifices commémoratifs, pour marquer le croisement entre les chemins terrestres et spirituels.

La Ve Légion macédonienne joua un rôle primordial dans la construction de tous ces édifices : suivant Galère dans ses batailles en Orient, elle servait en temps de paix de main-d'oeuvre pour la construction.

Après la mort de l'empereur en 311, la vie s'écoula au palais, mais sans cérémonies royales. Le palais et les autres édifices furent redécorés et affectés à d'autres usages. Ce tranquille déclin se poursuivit jusqu'à la fin du Ve siècle, quand la salle du trône fut convertie en basilique chrétienne à trois nefs. À l'époque, le long de la façade orientale du palais, un autre bâtiment fut dressé avec un atrium au centre et une abside dotée d'un petit bassin en marbre, probablement des fonts baptismaux. Plusieurs tours du rempart défensif furent transformées en ateliers d'artisans, fabriquant les articles dont avaient besoin les nouveaux habitants.

Romuliana était alors une importante communauté villageoise, où un dignitaire de la cour aurait pu résider. Vers le milieu du Ve siècle, l'ensemble subit de lourds dégâts et fut incendié, probablement à la suite de l'invasion des Huns. Dans la seconde moitié du Ve siècle et au VIe siècle, Romuliana fut reconstruite, mais sans jamais retrouver sa splendeur d'antan. Les nouveaux édifices n'égalaient leurs prédécesseurs ni en taille ni dans la manière de construire.

Pendant le règne de l'empereur byzantin Justinien, d'importants travaux de construction furent entrepris. À cette époque s'opérèrent de considérables changements d'ordre architectural et spatial. Une monumentale basilique à trois nefs, avec des fonts baptismaux à quatre-feuilles, fut érigée dans l'ensemble palatial, éclipsant l'édifice existant avec ses mosaïques d'une exceptionnelle beauté. La porte orientale fut abandonnée et la porte occidentale devint l'entrée principale. Les éléments architecturaux, décoratifs et sculpturaux du palais et des temples de Galère furent réutilisés comme matériaux de construction.

Au début du VIIe siècle, du fait des fréquents raids des Avars et des Slaves, le site fut abandonné. Les vestiges de l'ancien palais furent réoccupés jusqu'au début du IXe siècle, époque à laquelle un petit peuplement médiéval se développa dans la partie orientale de l'ensemble.

Source : évaluation des Organisations consultatives