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Sites d’art rupestre de Kondoa

Brève description

Dans cette zone de 2 336 km2 située sur les versants orientaux de l’escarpement masaï bordant la grande vallée du rift, on trouve des abris sous roche naturels, surplombant des dalles de roches sédimentaires fragmentées par les failles du rift, dont les plans verticaux ont servi de support à des peintures rupestres pendant au moins deux millénaires. La collection spectaculaire d’images - souvent d’une grande valeur artistique - réparties dans plus de 150 abris présente des séquences qui constituent un témoignage unique de l’évolution socio-économique de la région, des chasseurs-cueilleurs aux sociétés agro-pastorales, et des croyances et idées qui leur sont associées. Les gens habitant aux environs des abris continuent de les associer à des pratiques rituelles.

Région de Dodoma © UNESCO

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Sur les versants orientaux de l’escarpement masaï bordant la Grande Vallée du Rift, on trouve des abris sous-roche naturels, surplombant des dalles de roches sédimentaires fragmentées par les failles du rift, dont les plans verticaux ont servi de supports à des peintures rupestres pendant au moins deux millénaires.

On ne connaît pas encore le nombre exact de sites d’art rupestre dans la zone de Kondoa, mais on estime qu’il y a entre 150 et 450 abris sous-roche, grottes et façades rocheuses décorés. Les sites se trouvent sur les pentes orientales abruptes, une zone de formations géologiques fracturées et spectaculaires, dont les abris ont été le cadre de la réalisation de ces peintures.

Le vaste et dense ensemble de peintures rupestres représente et incarne les cultures des communautés de chasseurs-cueilleurs et des communautés pastorales qui ont vécu dans la région pendant plusieurs millénaires.

Les similitudes avec des images d’Afrique australe et centrale, ainsi que leur style hachuré particulier et la rareté des descriptions d’animaux domestiques en font des exemples distincts de l’art rupestre des chasseurs-cueilleurs à sa limite la plus septentrionale.

La collection spectaculaire d’images réparties dans plus de 150 abris et, pour beaucoup, d’une grande valeur artistique, présente des séquences qui constituent un témoignage unique de la région, des chasseurs-cueilleurs aux sociétés agro-pastorales, et des croyances et idées qui leur sont associées. Les gens habitant aux environs des abris continuent de les associer à des pratiques rituelles, et les abris sont associés aux fortes traditions vivantes de la population locale.

 

Critère (iii) : Les sites d’art rupestre de Kondoa sont un témoignage exceptionnel sur la vie des chasseurs-cueilleurs et des paysans qui ont vécu dans la région pendant plusieurs millénaires, et reflètent une variante unique de l’art des chasseurs-cueilleurs d’Afrique australe et  d’Afrique centrale, et une forme unique de peintures agro-pastorales.

 

Critère (vi) : Certains des sites d’art rupestre demeurent activement utilisés par les communautés locales pour diverses activités rituelles : invocation de la pluie, divination et guérison. Ces liens immatériels forts entre les peintures et les pratiques vivantes renforcent les liens avec les sociétés qui ont créé ces peintures, et prouvent une continuité culturelle cruciale.

 

Intégrité

Les limites englobent les principaux sites d’art rupestres. Elles ne suivent aucun repère identifiable au sol, quoiqu’elles soient marquées par des poteaux en béton.

La plupart des sites d’art rupestre sont stables et relativement bien préservés. Bien que les abris sous-roche ornés de peintures soient situés sur les pentes de l’escarpement ou sur le plateau et qu’ils soient généralement entourés d’un environnement boisé ou broussailleux, il existe certaines menaces dues aux pratiques villageoises d’utilisation des terres. En particulier l’agriculture villageoise, le pâturage du bétail et l’exploitation des ressources forestières empiètent sur les zones entourant les sites d’art rupestre. 

L’environnement forestier ou boisé entourant les sites d’art rupestre favorise la protection des peintures car il minimise les effets du soleil, du vent et de la poussière.

Les zones boisées entourant les sites d’art rupestre constituent une protection vitale pour l’art rupestre et sont indispensables à la lutte contre l’érosion des sols et à la conservation des eaux souterraines. La déforestation, causée par la recherche de matériaux de construction et de combustibles, pourrait entraîner de graves dommages pour les images. Un grand nombre de sites ont subi des fouilles illégales avant leur inscription, avec pour résultat la perte de matériels contextuels.

Une des principales qualités des sites d’art rupestre de Kondoa est qu’ils continuent à jouer un rôle actif dans les rituels des communautés locales. Les sites sont utilisés par exemple pour des rites de divination du temps, de guérison et d’initiation. S’il est essentiel d’entretenir les liens avec les communautés locales, il est également nécessaire de veiller à l’absence de conflit entre utilisation et conservation. Par exemple, dans certains rituels d’invocation de la pluie, on jette sur les peintures de la graisse animale et de la bière, peut-être une adaptation récente de pratiques plus anciennes.

 

Authenticité

L’authenticité de l’art rupestre de Kondoa est incontestable. Il n’a jamais fait l’objet d’aucune restauration ni d’aucune retouche. Ce qui rend Kondoa particulièrement important, c’est l’existence de cet art rupestre dans son environnement naturel d’origine, et dans le contexte d’un riche patrimoine vivant. Les lieux où les anciens chasseurs-cueilleurs réalisaient des peintures rupestres, peut-être pour influencer le temps, accueillent encore aujourd’hui les cérémonies modernes d’invocation de la pluie des communautés agricoles locales. Les versions modernes des cérémonies d’initiation des jeunes garçons, qui ont peut-être à l’époque motivé la réalisation de certaines peintures blanches, se tiennent toujours chaque année dans la majorité des villages de la zone. Les descendants des bergers Maa, qui ont peut-être jadis peint plusieurs sites d’art rupestre de la zone, s’y rendent toujours pour faire paître leur bétail en période de sécheresse.

Une récente peinture rupestre d’un homme parlant le Sandawe a illustré la persistance d’une tradition artistique, ancienne peut-être de plusieurs millénaires.

 

 

 

Eléments requis en matière de protection et de gestion

Le site d’art rupestre de Kondoa était initialement géré par l’ordonnance N° 4 de 1937 sur la préservation des Monuments nationaux. Ce texte a été abrogé et remplacé par la Loi N° 10 de 1964 sur les antiquités, amendée par la Loi N° 22 de 1979. Un statut  et un niveau de protection spéciaux ont été accordés à douze sites de peintures rupestres de Kondoa lorsqu’ils ont été classés Monuments nationaux en 1949. Ces sites ont été réinscrits en 1981 lorsque le gouvernement tanzanien a publié un nouveau journal officiel N° 39 publié le 27 mars 1981, comportant l’adjonction de sept autres sites. Le bien a été désigné comme Zone de conservation en 2004.

Un Plan de conservation, lancé en 2001, a été complété et actualisé en 2005. Un Plan de gestion du bien et une Déclaration d’objectifs ont été élaborés en 2004. Ces deux textes ont besoin d’être régulièrement actualisés.

L’existence de peintures rupestres dans la zone a été signalée pour la première fois en 1908 et bien que diverses fouilles aient été réalisées au cours du XXe siècle, la zone d’art rupestre de Kondoa n’a jamais été étudiée en détail. Les résultats des études et des travaux passés sont dispersés entre diverses institutions de différents pays. A ce jour, il n’y a pas de système intégré de documentation pour les sites. Le plan de gestion note que c’est là une question très préoccupante et afin de soutenir la gestion et le suivi, il faut que le Département des antiquités crée une base de données centrale pour toute la documentation.

La gestion du bien devra tracer soigneusement une voie entre le soutien des valeurs de patrimoine vivant des sites et le soutien de la préservation physique des sites. Travaillant avec l’autorité de la forêt de Kondoa, les autorités et communautés villageoises ont désormais identifié les zones où il serait possible de planter des arbres pour le bois à brûler.

Description historique

L'existence de peintures rupestres dans la région fut signalée pour la première fois en 1908 par des missionnaires travaillant à proximité de Bukoba. Le premier compte rendu publié parut en 1929, dans le cadre d'un article de TAM Nash publié dans le Royal Anthropological Institute Journal. Louis Leakey explora le site dans les années 1930 et, en 1936, présenta une tentative de classification stylistique dans son ouvrage Stone Age in Africa. H. Fosbrooke entreprit la première étude et le premier programme d'inventaire à la fin des années 1940, qui aboutit à la publication des Tanganyika Notes and Records Special Publication Series. Louis Leakey, toujours intéressé par le site, élabora une étude théorique des styles suggérant un art très ancien. Peu d'érudits acceptèrent ces dates, d'autres jugeant les peintures d'un intérêt plus ethnographique qu'archéologique.

West entreprit des fouilles en 1964, suivi par Masao à la fin des années 1970. Plus récemment, Mapunda et Kessy ont effectué des fouilles sur plusieurs sites de Pahi et de Baura, y trouvant des vestiges de fours de fusion, de tuyères, de mâchefer et de poteries de l'âge du fer.

Le public découvrit le site grâce à la publication de l'ouvrage de Mary Leakey Africa's Vanishing Art: The Rock Paintings of Tanzania, en 1983. Celui-ci se fondait sur le calquage de certaines des images.

Les travaux les plus récents ont été menés par Fidelis Masao en 1979 et en 1980, et par Emmanuel Anati en 1980 et 1981.

Malheureusement, les dossiers de toutes ces interventions sont éparpillés et les informations qui en ont été tirées ne sont pas facilement accessibles. Le dossier de proposition d'inscription reconnaît « la nécessité pour le département des Antiquités de créer une base de données pour toute la documentation réalisée à ce jour ». Tant que cela n'est pas fait, aucune évaluation globale de l'étendue et du contenu du site n'est possible. Le dossier de proposition d'inscription ne peut même pas dire combien il existe de sites ou d'images sur le site, ni en quoi les images de la zone proposée pour inscription sont apparentées à l'art rupestre de la région voisine de Singida, d'Iramba et du lac Eyasi, à l'ouest. Une étude et une analyse statistique s'imposent pour estimer l'étendue du site et ses liens, par exemple, avec la région de Singida à l'ouest.

Source : évaluation des Organisations consultatives