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Pétroglyphes du paysage archéologique de Tamgaly

Brève description

Les environs de la gorge de Tamgaly, relativement luxuriante par rapport aux vastes et arides monts Chu-Ili, recèlent une remarquable concentration de quelque 5 000 pétroglyphes (gravures sur pierre) ; leur datation va de la seconde moitié du deuxième millénaire av. J.-C. au début du XXe siècle. Répartis en 48 ensembles avec les sites funéraires et les peuplements associés, ils témoignent de l’élevage, de l’organisation sociale et des rituels des peuplades de pasteurs. Les vestiges des peuplements humains, souvent stratifiés en plusieurs couches, révèlent les activités à travers les âges. On y trouve également une grande abondance de sites funéraires antiques, dont des enceintes de pierres avec des urnes et des cistes (milieu et fin de l’âge de bronze) et des tertres de pierre et de terre (kugans) érigés au-dessus des tombes (des débuts de l’âge du fer jusqu’à l’époque actuelle). La gorge centrale contient la plus forte concentration de gravures et ce qui est estimé être des autels, suggérant que ces lieux étaient utilisés pour des offrandes sacrificielles.

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Justification d'inscription

Critère (iii) : L’ensemble dense et cohérent de pétroglyphes, avec les images sacrées, les autels et les lieux de culte, ainsi que les établissements et sites associés, constituent un témoignage important sur l’existence et les croyances des peuples de pasteurs des steppes d’Asie centrale, depuis l’Age du Bronze jusqu’à nos jours.

Description longue

La région de Tamgaly, avec sa remarquable concentration de pétroglyphes, ses images sacrées, ses autels et ses aires de culte, auxquels sont associés des habitats et des zones funéraires, offre un témoignage important de la vie et des croyances des peuples nomades des steppes d'Asie centrale, de l'âge du bronze à l'époque actuelle.

La gorge et le paysage rocheux environnant ont attiré les communautés pastorales dès l'âge du bronze, et se sont chargés de valeurs symboliques profondes. Les pétroglyphes rupestres gravés sur des rochers en plein air en sont les témoignages les plus évidents. Ils ont été gravés avec des instruments en pierre ou en métal, et ne font aucun recours à la peinture. Plus de 5 000 images ont été recensées, dans 48 complexes différents. Les pétroglyphes couvrent une période comprise entre la seconde moitié du IIe  millénaire av. J.-C. et le début du XX siècle. On peut les subdiviser en cinq phases distinctes :

  • Âge du bronze moyen - pétroglyphes de type Tamgaly . Les gravures les plus remarquables appartiennent à la période la plus ancienne, datée entre la seconde moitié du XIV siècle et le XIII siècle av. J.-C. : ce sont de grandes figures profondément gravées appartenant à un vaste répertoire d'images incluant des divinités solaires (têtes solaires), des créatures zoomorphes, des personnages déguisés, ainsi que de nombreux animaux.
  • Fin de l'âge du bronze - époque intermédiaire. Les images de cette période sont beaucoup plus petites, et beaucoup moins bien formées que les plus anciennes. Le répertoire est moins varié, mais offre plus de scènes tirées de la vie réelle, notamment de la vie pastorale, qui reflètent le développement croissant de l'élevage du bétail nomade.
  • Début de l'âge du bronze - peuples Saka et Wusun. Ce sont les plus nombreuses images de Tamgaly, mais elles ne sont pas homogènes ; leur diversité montre qu'elles ont été créées par différents groupes humains qui habitèrent cette zone entre la fin du Ier  millénaire av. J.-C. et la première moitié du Ier  millénaire apr. J.-C. Les scènes figurent encore des chasses d'animaux sauvages, mais les chameaux font alors leur apparition.
  • Moyen Âge - anciens Turcs. Ces images diffèrent des précédentes en ce qu'elles reflètent les symboles du pouvoir croissant des Empires de la steppe, aux VIe -XIIe siècles apr. J.-C., avec leur aristocratie militaire et leur pratique de l'élevage : y figurent guerriers, porte-étendards, archers, bannières militaires et harnachements de chevaux.
  • Période moderne - Dzungars et Kazakhs. Après la conquête par les Mongols aux XIIIe -XIVe siècles, les gravures disparaissent pratiquement jusqu'aux XIXe et XX siècles lorsque les figures populaires kazakhes témoignent d'une extraordinaire activité créatrice.

Anciens habitats, sites funéraires et carrières occupent pour la plupart les aires planes des plus basses collines. Les vestiges construits en pierre consistent en groupes de une ou deux maisons et en enclos destinés aux animaux. Certains habitats ont été utilisés seulement de manière saisonnière, au cours des mois d'hiver, par des éleveurs de bétail, tandis que d'autres étaient des habitats permanents. Cette zone comporte aussi des maisons d'été pour les bergers qui passaient l'hiver dans les plaines. Le site conserve beaucoup de tombes anciennes, qui sont de deux types : un enclos en pierre contenant des urnes et des cistes, de l'âge du bronze moyen ou tardif et, plus récemment, des tumuli (kurgans) en pierre et en terre, construits au-dessus des tombes. Ces derniers semblent datables entre l'âge du fer et nos jours. D'anciennes carrières ont été associées à des nécropoles de l'âge du bronze : en effet, les grandes dalles de pierre utilisées pour la construction des cistes en ont été extraites.

Sites sacrés. La gorge centrale, dépourvue d'habitations, contient la plus importante concentration de gravures, ainsi que des structures que l'on interprète comme des autels, situés près des roches décorées de pétroglyphes, ce qui semble indique qu'il s'agissait de lieux destinés aux offrandes sacrificielles. Il semble que l'aire centrale, dans sa totalité, était considérée comme un site sacré ou une aire de culte. Ailleurs, des enclos de pierres, dont certaines sont gravées, sont disposés autour de rochers ou de collines près de villages kazakhs permanents. Ces enclos approximativement circulaires, qui mesurent entre 3,50 et 10 m de diamètre, renferment généralement une riche couche d'ossements animaux, qui suggèrent des pratiques rituelles. Aucun de ces sites sacrés n'a été fouillé.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Les pétroglyphes et les peuplements, les sites funéraires et les autels associés reflètent la vie sociale et culturelle des habitants de la zone, de l'âge du bronze au début du XX siècle - déjà vue plus haut.

Pendant toute la période, aucune habitation n'a été construite dans la gorge où se trouvent les cinq principaux groupes d'images. Les tombes et les structures de culte se trouvent dans la vallée voisine, tandis qu'on dénombre maints peuplements, sites funéraires et petits sites de pétroglyphes à la périphérie de la montagne. D'après la disposition, on a supposé que la zone centrale était une zone de culte, séparée de la périphérie résidentielle par une zone neutre, sans aucun vestige. Au début de l'âge du fer, la zone résidentielle fut largement agrandie, sans toutefois toucher la zone de culte. Au Moyen Âge, elle fut cette fois réduite, mais occupa toujours les mêmes sites. Le XIXe siècle voit un changement complet : bien des habitations kazakh d'hiver apparaissent à de nouveaux endroits et dans les gorges voisines, tout en occupant d'anciens sites. Beaucoup de grands groupes patronymiques d'habitations entouraient la zone de culte - qui semblait avoir conservé son importance.

Avec la collectivisation des années 1930 et 1940, la population déserta Tamgaly. Ce n'est qu'en 1956 qu'elle fut à nouveau occupée, dans le cadre d'une ferme soviétique, par des habitants venus de Russie et d'Ukraine. Plus tard, des Kazakhs migrèrent depuis la Chine et, ensemble, ces nouveaux venus absorbèrent les quelques habitants autochtones qui étaient les dépositaires des anciennes traditions locales ; une piste a été construite au travers du site et, jusqu'en 2001, les poids lourds roulaient au beau milieu des rochers.

Le respect des zones de culte demeure parmi la population musulmane, qui tient des festivals traditionnels, rappelant les anciennes traditions, par exemple en accrochant des chiffons à des buissons près des sources. Leur relation directe avec les pétroglyphes a toutefois été brisée.

Le site d'art rupestre est connu depuis 1957. Les recherches archéologiques ont été exécutées sous la direction du Dr Alexey E. Rogozhinsky. Les méthodologies utilisées par l'équipe de recherche utilisent les normes les plus élevées. L'art rupestre de Tamgaly peut être considéré comme l'un des mieux étudiés en Asie centrale. La république du Kazakhstan a créé une base de données des pétroglyphes d'Asie Centrale et un atelier s'est tenu dans la zone en 2003 pour la développer.

Source : évaluation des Organisations consultatives