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Décisions du Comité

CONF 201 V.B.36

Parc national de Kakadu (Australie)

Le Secrétariat a rappelé qu’à sa vingt et unième session extraordinaire en novembre 1997, le Bureau avait invité les autorités australiennes à transmettre au Centre du patrimoine mondial toute nouvelle information qui lui parviendrait concernant le projet de la mine d’uranium à Jabiluka, dans le Parc national de Kakadu. Les autorités australiennes ont été priées de fournir des informations concernant leurs efforts pour s’assurer que les partisans de l’exploitation minière dans l’enclave qui ne fait pas partie du Parc, respectent les 77 conditions écologiques imposées par le gouvernement. Le Bureau a été informé que le gouvernement australien avait demandé aux partisans de la mine de lui soumettre tous les six mois un rapport sur l’état d’avancement de leurs activités dans le cadre de ces stipulations.

Les informations concernant l’état de conservation du Parc national de Kakadu récemment fournies par les autorités australiennes sont transmises au Bureau dans le document d’information WHC-98/CONF.201/INF.12. Il a mentionné une lettre de l’avocat du peuple aborigène des Mirrar, dans laquelle celui-ci, se référant aux réactions du Bureau et du Comité à leur vingt et unième session concernant l’état de conservation de Kakadu, les jugeaient "totalement insatisfaisantes". Le Secrétariat a également informé le Bureau qu'il avait reçu de quatre scientifiques australiens une lettre dans laquelle ceux-ci critiquaient la qualité de l'évaluation d'impact environnemental relative à la mine d'uranium envisagée à Jabiluka et la manière dont elle était conduite. Les scientifiques indiquent que la déclaration d'impact environnemental (EIS) ne prend guère en compte le patrimoine culturel et demandent une nouvelle EIS comportant une évaluation appropriée des impacts écologiques et culturels de la mine proposée. Le Secrétariat et le Président ont en outre évoqué les nombreuses lettres dont les auteurs se disaient préoccupés par l'état de conservation du Parc national de Kakadu et demandaient son inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

L'UICN a présenté un exposé détaillé concernant l'état de conservation de Kakadu. En résumé, dans ses avis au Comité, l'UICN se basera sur la résolution relative à Kakadu adoptée en 1996 par le Congrès mondial sur la conservation et sur le « principe de précaution ». Il a recommandé de suspendre l'exploitation minière en attendant que le Comité soit satisfait de l'application des 77 conditions écologiques et a demandé que lui soient fournies les informations et les ressources nécessaires pour participer à une mission multidisciplinaire sur le site et, si le Bureau en exprimait le souhait, faire rapport au Bureau et au Comité à leur vingt-deuxième session. Le texte de la déclaration de l'UICN a été distribuée aux membres du Bureau et est joint au présent rapport à l'Annexe VI.

Les observateurs australiens ont répondu par un exposé détaillé dont le texte complet est joint au présent rapport aux Annexes VII et VIII.

L'ICOMOS a exprimé la nécessité de mieux apprécier l'éventail complet des valeurs culturelles, y compris les valeurs spirituelles et les traditions culturelles vivantes, à Kakadu et dans la concession minière de Jabiluka. L'ICOMOS a également fait observer qu'au moment de l'inscription du site sur la Liste (en trois étapes : 1981, 1987 et 1992), il n'était pas encore possible d'en proposer l'inscription comme paysage culturel. L'ICOMOS a évoqué la possibilité de considérer à l'avenir Kakadu comme un paysage culturel pouvant présenter des valeurs du patrimoine mondial.

Le délégué du Bénin a rappelé que des préoccupations avaient été exprimées concernant l'état de conservation de Kakadu lors de la vingt et unième session du Bureau et du Comité à Naples (Italie) en décembre 1997. Il était nécessaire, a-t-il souligné, que le Bureau et le Comité prennent des mesures dès à présent et procèdent à un examen plus approfondi de la situation sur le site. Il s'est déclaré d'accord avec l'UICN sur la nécessité d'une mission conjointe de l'ICOMOS et de l'UICN en vue d'élaborer un rapport clair, d'obtenir de plus amples informations des autorités australiennes et des propriétaires traditionnels et de mener une analyse et rédiger des recommandations sur l'opportunité ou non d'inscrire le site sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Le délégué du Japon a fait des commentaires favorables sur la gestion par l'Australie de ses biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial. Il a convenu qu'il serait utile d'envoyer une mission en Australie afin de collecter de plus amples informations sur l'état de conservation de Kakadu et de rédiger un rapport qui serait soumis au Bureau et au Comité à Kyoto (Japon) en décembre. Le délégué des Etats-Unis d'Amérique a de même relevé le haut niveau de qualité des méthodes australiennes de gestion des zones protégées et convenu de l'utilité d'une étude confiée à des experts. Il a offert l'assistance de son pays à cet effet. Le délégué du Maroc a également reconnu la nécessité d'une mission et suggéré qu'un ou deux membres du Bureau en fasse également partie.

Résumant les débats, le Président a fait observer qu'un consensus s'était dégagé quant à la nécessité de poursuivre sur la base du « principe de précaution », même en l'absence de données complètes. Les observateurs australiens, a-t-il noté, avaient fourni au Bureau des informations détaillées, et l'avaient assuré de l'entière coopération du gouvernement australien et de sa pleine acceptation du « principe de précaution ». Le Président a indiqué que tout le monde s'accordait également pour reconnaître que les informations présentées au Comité et au Bureau concernant l'état de conservation de Kakadu devraient être clarifiées. Enfin, il a souligné que les multiples enjeux environnementaux, culturels et juridiques en relation avec la conservation du site rendent nécessaire l'envoi d'une mission d'enquête. L'Observatrice australienne a réaffirmé que les efforts passés pour assurer la conservation de Kakadu étaient excellents et que le gouvernement australien ne considéraient pas que les valeurs du patrimoine mondial étaient menacées. Pour ces raisons, a-t-elle déclaré, une telle mission sera la bienvenue.

Le Bureau a pris note de l'ampleur et du niveau des démarches faites auprès de lui concernant l'extraction d'uranium dans la zone du Parc national de Kakadu. L'exploitation de l'uranium dans une zone présentant un intérêt naturel et culturel élevé est un sujet sensible et une source potentielle de préoccupation. Les observateurs australiens avaient rendu compte de manière détaillée des progrès accomplis à ce jour dans les efforts pour imposer certaines conditions aux exploitants de la mine de telle façon que son exploitation n'affecte pas le patrimoine mondial ou d'autres valeurs naturelles ou culturelles dans cette zone. Les progrès étaient satisfaisants et les précautions prises pour protéger les valeurs du patrimoine mondial adaptées.

Compte tenu de l'importance, de la complexité et de la délicatesse de la question, le Bureau a proposé qu'une équipe dirigée par le Président du Comité du patrimoine mondial avec la participation du Directeur du Centre du patrimoine mondial et des représentants de l'UICN et l'ICOMOS soit envoyée en mission à Kakadu. Cette mission étudiera plus avant la situation, s'entretiendra avec les groupes d'aborigènes, les fonctionnaires et les organisations non gouvernementales compétents ainsi qu'avec la société minière et rendra compte aux sessions du Bureau et du Comité qui se tiendront en novembre/décembre 1998.

Documents
PDF Document original de la décision
Contexte de la décision
PDF WHC-98/CONF.201/9
Thèmes : Conservation
Etats Parties : Australie
Session : 22BUR