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Cueva de las Manos, Río Pinturas

Brève description

La Cueva de las Manos, Río Pinturas, renferme un ensemble exceptionnel d’art rupestre exécuté il y a de cela 13 000 à 9 500 ans. Elle doit son nom (grotte aux mains) aux impressions de mains – comme au pochoir – réalisées sur ses parois, mais comprend aussi de nombreuses représentations d’animaux, notamment de guanacos (Lama guanicœ ) qui sont toujours présents dans cette région, ainsi que des scènes de chasse. Les auteurs de ces peintures pourraient avoir été les ancêtres des communautés historiques de chasseurs-cueilleurs de Patagonie rencontrées par les colons européens au XIXe siècle.

Cueva de las Manos, Río Pinturas

Justification d'inscription

Critère(iii): La Cueva de las Manos renferme un ensemble exceptionnel d’art rupestre préhistorique qui témoigne de la culture des premières sociétés humaines en Amérique du Sud.

Description longue

La Cueva de las Manos (grotte des Mains) contient un ensemble exceptionnel d'œuvres d'art rupestre, réalisées voici 13 000 à 9 500 ans, qui témoignent de la culture des plus anciennes sociétés du sud de l'Amérique. Elle tire son nom des contours au pochoir de mains humaines figurant dans la grotte, mais on y voit aussi de nombreuses représentations d'animaux, tels que les guanacos, qui encore présents aujourd'hui dans cette région, ainsi que des scènes de chasse. Les auteurs de ces peintures étaient peut-être les ancêtres des communautés de chasseurs-cueilleurs de Patagonie qui s'y trouvaient à l'arrivée des colons européens au XIXe  siècle. L'évolution artistique de cet ensemble, qui comporte trois principaux groupes stylistiques, a débuté il y a 10 000 ans, et s'est poursuivie longtemps : l'enquête archéologique a montré que le site a été habité en dernier lieu vers 700 apr. J.-C. par ceux qui étaient peut-être les ancêtres des premiers peuples Tehuelche de Patagonie. La Cueva est considérée par la communauté scientifique internationale comme l'un des plus importants habitats des premiers groupes de chasseurs-cueilleurs d'Amérique du Sud.

Les peintures dans les abris sous roche et les grottes se trouvent dans le paysage magnifique d'un profond canyon dont le fond est occupé par une rivière. Les scènes de chasse représentent des animaux et des hommes confrontés d'une manière dynamique et naturaliste. Différentes stratégies de chasse y sont illustrées : les animaux sont encerclés, pris au piège dans des embuscades, ou encore attaqués par des chasseurs qui utilisent leurs armes de jet, des pierres rondes connues sous le nom de bolas . Certaines scènes représentent des chasseurs isolés, d'autres des groupes de dix hommes, voire plus.

L'entrée de la Cueva est masquée par un pan de roche couvert de nombreuses images de mains dessinées au pochoir. Dans l'abri sous roche lui-même, on distingue cinq concentrations distinctes d'art pariétal, avec des figures et des motifs plus récents fréquemment superposés à ceux de périodes plus anciennes. Les peintures ont été réalisées à base de pigments minéraux naturels - oxydes de fer (rouge et violet), kaolin (blanc), natrojarosite (jaune), oxyde de manganèse (noir) - mélangés avec une sorte de liant.

Les voyageurs qui ont visité la Cueva de los Manos à partir du milieu du XIXe  siècle ont raconté les impressions qu'ils ont éprouvées devant ces peintures. Leurs premières mentions dans la littérature scientique remontent au XXe  siècle, mais ce n'est que dans les années soixante de ce siècle qu'elles ont été l'objet d'une étude sérieuse. L'ouvrage de Carlos J. Gradin et de ses collaborateurs a permis d'établir l'importance de la Cueva de los Manos comme site d'art rupestre préhistorique d'intérêt scientifique international. Les conditions favorables de l'abri sous roche (degré d'humidité très faible, absence d'infiltrations d'eau, stabilité de la roche) ont permis d'assurer un état de conservation excellent de toutes les peintures, à l'exception des plus exposées d'entre elles.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

L’avancée des incursions humaines en Amérique du Sud fait actuellement l’objet de débats passionnés au sein de la communauté scientifique. Certaines datations au carbone 14 effectuées au Brésil, dans le Nordeste, remettent en effet en question l’opinion généralement répandue jusqu’à présent, selon laquelle ces incursions auraient commencé aux alentours de 12000 ans. Toutefois, cela n’affecte pas la datation de l’occupation de l’abri-sous-roche Río Pinturas, qui, d’après les fouilles et l’analyse au carbone 14, remonte à 9300 ans, environ. Le premier groupe humain (dont les peintures constituent le groupe stylistique A) chassait sur de longues distances et principalement le guanaco.  

On peut identifier aux environs de 7000 ans un second niveau culturel, baptisé groupe stylistique B. Les scènes de chasse disparaissent, l’art rupestre est dominé par des représentations en négatif de mains, parfois même d’empreintes d’autruche américaine (le nandou, ñandú). Cette culture a duré jusqu’en 3300 ans, environ, époque à laquelle l’art devient plus schématique, intégrant des figures zoomorphiques et anthropomorphiques très stylisées.  

C’est aux alentours de 1300 ans que fut entamée la dernière phase culturelle de Río Pinturas. Les peintures de cette période (groupe stylistique C), réalisées avec des pigments rouges vifs, se concentraient sur des figures géométriques abstraites et des représentations très schématiques d’animaux et d’humains. On pense qu’il s’agit là de l’œuvre des anciens chasseurs-cueilleurs Tehuelche, qui habitaient cette vaste région qu’est la Patagonie avant l’arrivée des premiers marchands et colons espagnols. La création de grands élevages de bétail (estancias ) a mis fin à leur mode de vie.  

L’Area Arqueológica y Natural Río Pinturas - Santa Cruz est située dans la pampa de la région du fleuve Pinturas. Ses plateaux peu élevés, culminant à 800-1000 m, sont entrecoupés de profonds canyons bordés de falaises abruptes, dont le principal est celui du Pinturas lui-même. Ces falaises comptent nombre d’abris-sous-roche naturels. Le sol est rocheux et pauvre, mais la région abrite une faune naturelle variée, au sein de laquelle le guanaco (Lama guanicoe ) tient une place prépondérante.  

Le climat des canyons, abrités des vents qui balaient la pampa , est tempéré. Ainsi, grâce aux températures hivernales relativement douces et à l’humidité élevée par rapport à la pampa , le bétail des estancias peut y paître de façon saisonnière. Des études paléoclimatologiques basées sur les sédiments de la Cueva de los Manos suggèrent que les conditions actuelles étaient déjà présentes dès 11000 ans.  

L’entrée de la Cueva de los Manos est masquée par un mur de roche couvert de nombreuses mains négatives. Dans l’abri lui-même, on compte cinq concentrations d’art rupestre, les figures et les motifs les plus récents se superposant fréquemment aux plus anciens.  

Ces peintures ont été exécutées à l’aide de pigments minéraux naturels, moulus et mélangés à un quelconque liant, dont la nature est inconnue. Des traces de pigments ont été découvertes lors de fouilles archéologiques conduites à l’entrée de la grotte, établissant ainsi un lien contextuel entre les peintures et les matériaux culturels stratifiés. L’analyse par diffraction des rayons X montre que les minéraux les plus communément utilisés étaient les oxydes de fer (hématite et maghémite) pour le rouge et le violet, le kaolin pour le blanc, le natrojarosite pour le jaune, et l’oxyde de manganèse pour le noir ; du gypse était parfois ajouté au mélange.

Source : évaluation des Organisations consultatives