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Ville de Graz – Centre historique et château d’Eggenberg

Brève description

La Ville de Graz – Centre historique et le château d’Eggenberg témoignent (ou : La Ville de Graz – Centre historique, château d’Eggenberg témoigne) d’un modèle exemplaire de patrimoine vivant au sein d’un ensemble urbain historique d’Europe centrale, marqué par la présence séculaire des Habsbourg et le rôle culturel et artistique joué par les grandes familles aristocratiques. Ils intègrent harmonieusement les styles architecturaux et les courants artistiques qui s’y sont succédés, depuis le Moyen-Âge jusqu’au XVIIIe siècle, en provenance des nombreuses régions voisines de l’Europe centrale et méditerranéenne. Ils offrent un ensemble diversifié et très complet d’exemples architecturaux, décoratifs et paysagers de ces rencontres d’influences.

Ville de Graz – Centre historique et château d’Eggenberg © Ko Hon Chiu Vincent

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

La Ville de Graz – Centre historique et château d’Eggenberg témoignent d’un modèle exemplaire de patrimoine vivant au sein d’un ensemble urbain historique d’Europe centrale, marqué par la présence séculaire des Habsbourg et le rôle culturel et artistique joué par les grandes familles aristocratiques. Ils intègrent harmonieusement les styles architecturaux et les courants artistiques qui s’y sont succédés, depuis le Moyen-âge jusqu’au XVIIIe siècle, en provenance des nombreuses régions voisines de l’Europe centrale et méditerranéenne. Ils offrent un ensemble diversifié et très complet d’exemples architecturaux, décoratifs et paysagers de ces rencontres d’influences.

Critère (ii) : Le Centre historique de Graz et le château d’Eggenberg témoignent des courants artistiques et architecturaux dont ils ont été le carrefour durant des siècles, provenant de l’aire germanique, des Balkans et de l’Europe méditerranéenne. Les plus grands architectes et artistes de ces diverses régions s’y sont exprimés avec force et y ont réalisé des synthèses brillantes.

Critère (iv) : L’ensemble urbain que constituent le centre historique de la ville de Graz et le château d’Eggenberg offre un exemple exceptionnel d’intégration harmonieuse des styles architecturaux d’époques successives. Chaque période est représentée par des édifices caractéristiques souvent remarquables. La physionomie de la ville et du château reflète fidèlement l’histoire de leur développement historique et culturel commun.

Intégrité et authenticité

L’extension constituée par le château d’Eggenberg à la Ville de Graz – Centre historique renforce significativement l’intégrité de l’ensemble. Celle-ci est notamment signifiée par la nouvelle zone tampon élargie et continue qui comprend l’ancienne route historique. Par ailleurs, le château et ses jardins ont conservé une intégrité architecturale et structurelle satisfaisantes.

L’authenticité extérieure du château est bonne, celle de l’intérieur baroque du premier étage est excellente. L’authenticité du rez-de-chaussée transformé en musée et celle du jardin en partie recomposé et restauré sont d’un niveau moindre mais acceptable.

Mesures de protection et de gestion requises

Le château d’Eggenberg est protégé par la Loi autrichienne sur la protection des monuments historiques (533/1923) et ses amendements ultérieurs. Le plan de gestion est en place depuis 2007, regroupant, avec le plan d’urbanisme de 2009, toutes les décisions de protection et de conservation concernant le bien étendu et sa zone tampon élargie à la route de jonction allant du centre historique de la ville de Graz au château d’Eggenberg. Le Bureau de coordination pour le bien élargi est en place depuis 2009, disposant de pouvoirs transversaux renforcés et effectifs. Toutefois, la pression du développement urbain au sein du bien et dans sa zone tampon demande une attention particulière, afin de maintenir la valeur universelle exceptionnelle du bien et permettre sa pleine expression.

Description longue

Le centre historique de la ville de Graz témoigne des mouvements artistiques et architecturaux de l'Allemagne, des Balkans et de la Méditerranée, qu'elle a mis en relation pendant des siècles. Les plus grands architectes et artistes de ces différentes régions s'y sont exprimés avec vigueur, en créant de brillantes synthèses. Le tissu urbain formant le centre de la ville historique offre un exemple exceptionnel d'intégration harmonieuse entre des styles architecturaux de différentes périodes. Chaque époque est représentée par des édifices caractéristiques, qui sont souvent des chefs-d'œuvre. La physionomie de la ville reflète fidèlement les phases de son développement historique.

Les premières traces d'un habitat humain permanent sur le site remontent à la période néolithique. Bien que traversé par différentes routes, il ne fut pas urbanisé à l'époque romaine ; après la chute de l'Empire romain, on le trouve envahi tour à tour par des colons avars, hongrois, et enfin allemands. Intégré à la marche de Carinthie, Graz est mentionné pour la première fois dans un acte officiel de 1128-1129. Vers cette date, un marché ouvert commença à s'y développer, suscitant ainsi le développement d'une ville auquel contribua également l'installation de colons bavarois. Après le traité de Neuberg (1379) et la première partition de l'héritage des Habsbourg, Graz passa sous l'autorité de la ligue créée par Léopold III.

Le XVIe  siècle a été marqué par la menace constante des incursions turques, ainsi que par des troubles religieux. Les fortifications médiévales furent alors modernisées en fonction des nouveaux principes de la Renaissance. En 1564, Graz devint la capitale de l'Autriche de l'intérieur, en dépit du danger représenté par les invasions turques et par les progrès de la Réforme. Élu empereur en 1618, Ferdinand, fils de l'archiduc Charles II, transféra sa cour à Vienne, et Graz connut alors une forme de récession économique. Lorsque le péril turc fut finalement écarté, l'économie reprit avec vigueur. Aristocrates et bourgeois rivalisèrent dans leurs aspirations aux honneurs et à la culture, en construisant notamment différentes demeures en style renaissant ou baroque.

Parmi des centaines d'édifices présentant un grand intérêt historique et architectural, certains méritent d'être plus particulièrement mentionnés. Du château où demeura l'empereur Frédéric III ne susbsistent plus aujourd'hui que le salon gothique, une chapelle de la fin de l'époque gothique et un double escalier en spirale? un escalier à double révolution qui remonte à 1499. L'aile construite par l'archiduc Charles en 1570 est demeurée pour une bonne part intacte. Frédéric III construisit la cathédrale actuelle dans le style de la fin du gothique (1438-64), ainsi qu'une église de style roman consacrée à saint Aegidius. Elle contient d'admirables fresques, comme les Fléaux de Dieu attribués à Thomas von Villach (1480). À la suite du transfert de l'évêché de Seckau à Graz, l'église Saint-Aegidius, qui avait été pendant deux siècles l'un des foyers de la Contre-Réforme, devint la cathédrale du nouveau diocèse, en 1786.

Le mausolée de l'empereur Ferdinand II, commencé en 1614 par Giovanni de Ponis, ne fut consacré qu'en 1714, après l'achèvement de son décor intérieur, confié à Johann Bernhard Fischer von Ehrlach. Sa façade, en particulier, reflète la transition du style de la Renaissance au style baroque, et représente une synthèse originale entre une architecture puissante et les coupoles légères qui la surmontent. Le Séminaire (autrefois collège jésuite), à la différence des autres collèges, est un complexe impressionnant commencé en 1572, et qui n'a pas été remodelé en fonction des canons du style baroque ; il offre ainsi une importante illustration de l'architecture sévère de la Renaissance adoptée par cet Ordre lorsqu'il s'établit pour la première fois en terre allemande.

Après la dissolution de l'Ordre en 1773, l'université jésuite passa sous tutelle publique. Pour préserver sa collection, la bibliothèque fut installée dans l'ancienne magna aula et dans le théâtre, sur l'ordre de l'impératrice Marie-Thérèse. Son décor et son mobilier sont extrêmement révélateurs de la transition du rococo au style classique, et il abrite aujourd'hui les archives de Styrie.

Source : UNESCO/CLT/WHC

Description historique

Les premières traces d'une occupation humaine continue du site datent du Néolithique. Le site ne fut pas retenu pour un établissement romain, quoique des chaussées s'y croisent. A la chute de l'Empire romain, se produisirent des invasions : d'abord des Slaves alpins, les Avars, peuple de chevaliers nomades qui fut soumis par Charlemagne ; ensuite les Hongrois, qui seront défaits à la bataille de Lechfeld, en 955 ; enfin des colons germains qui permettront d'intégrer Graz dans la Marche de Carinthie. La colline du Scholssberg voit s'ériger une petite forteresse ("gradec" en slave, qui donnera l'appellation Graz), tandis que s'élèvent quelques constructions domestiques et une église et qu'un acte officiel mentionne pour la première fois le nom de Graz, en 1128-1129.

Un marché ouvert va dès lors se développer, qui entraînera un premier développement urbain, avec l'immigration de colons bavarois. A côté de la noblesse locale, il s'agit d'une population de commerçants et d'artisans, avec une communauté juive qui se maintiendra jusqu'au XVe siècle. Graz est alors dirigée par les maisons Traungau et Babenberg et reçoit le statut de ville.

Après le Traité de Neuberg, en 1379, et la première partition de l'héritage des Habsbourg, la ville échoit à la lignée établie par Léopold III. Graz devient la capitale de l'Autriche Intérieure, comprenant la Styrie, la Carinthie, la Carniole, l'Istrie et Trieste. Graz devient surtout un lieu de résidence de prédilection, notamment de Frédéric III (1453-93) qui lui octroie de nombreux privilèges, y fait élever de nombreux édifices et fait reconstruire l'église Saint-Gilles, l'actuelle cathédrale.

La ville et la région sont alors impliquées dans de sérieux conflits armés avec des envahisseurs hongrois et turcs. En 1480, les Turcs menacent même les portes de la ville : cet épisode a été représenté dans la fresque "Les fléaux de Dieu" dans la cathédrale, chef d'oeuvre gothique, par le Maître Thomas von Villach. Le XVIe siècle sera ainsi marqué par la constante menace turque, de même que par des troubles religieux. Pour y faire face, le système de fortification médiévale est complètement remanié et modernisé selon les règles en vigueur à la Renaissance. En 1559, la Tour de l'Horloge reçoit sa configuration caractéristique, préservée jusqu'à nos jours, qui en a fait le monument emblématique de Graz.

Un nouveau partage des biens des Habsbourg, en 1564, rend à Graz le rôle de capitale de l'Autriche Intérieure, malgré la menace turque et les avancées de la Réforme. Les trois quarts des habitants sont protestants et animent une rayonnante Fondation protestante où vient enseigner Kepler, le célèbre astronome et mathématicien. Mais bientôt la ville va connaître la phase la plus importante de son développement, avec l'arrivée des Jésuites en 1572. L'Archiduc Charles II appuie la Contre-Réforme, installe une Université jésuite, et s'emploie à miner la Fondation protestante, qui disparaîtra en 1600. Son fils Ferdinand se fait construire un mausolée monumental par l'artiste Pietro de Pomis. Mais il est ensuite élu empereur en 1618 et transporte sa cour à Vienne, ce qui va entraîner une relative récession économique pour Graz.

Durant le XVIIe siècle, plusieurs hôtels particuliers furent construits dans le style Renaissance ou baroque initial : palais Kollonitsch, palais des Effans d'Avernas, palais Stubenberg qui passera à la famille Welsersheim. Des façades furent remaniées dans ces styles et des cours fermées à arcades furent ajoutées aux édifices existants. Dans la partie occidentale de la ville, le gouverneur de l'Autriche Intérieure, Hans Ulrich von Eggenberg, fit construire une résidence ducale de grand intérêt artistique, qui est le plus important palais baroque de Styrie. En 1656 naquit à Graz le grand architecte Johann Bernhard Fisher von Erlach. Après l'éloignement définitif du péril turc grâce à deux victoires décisives, saint Gothard en 1664 et Vienne en 1683, l'économie redevient florissante. Aristocrates et bourgeois rivalisent dans leur aspiration aux honneurs et à la culture.

Graz connaît ensuite une expansion vers le sud et le sud-ouest. Des manufactures et des banques se développent. Mais le mouvement de centralisation du pouvoir autrichien, qui aboutira à la suppression de l'Autriche Intérieure, a pour conséquence un affaiblissement des institutions de Graz. Parallèlement, des lieux de pèlerinage comme Maria Hilf et Maria Trost, deviennent des sanctuaires monumentaux. La suppression des couvents entreprise par Joseph II conduit à la fermeture de 9 monastères sur 16, tandis que la Bibliothèque universitaire s'enrichit des ouvrages provenant de 40 monastères de Styrie et de Carinthie. En 1786, l'évêque de Seckau transporte sa résidence à Graz et fait une cathédrale de l'église Saint-Gilles. L'ordre des Jésuites est dissous en 1773 et leur université transformée en université d'Etat.

L'expansion économique de la ville fut gravement affectée par les guerres entre la Coalition et la France. Les troupes françaises occupèrent Graz à trois reprises, en 1797, 1805 et 1809, lui imposant de lourdes contributions de guerre. Elles mirent le siège devant le Schlossberg, qui résista avec vaillance. Mais les dispositions du Traité de Schönbrunn imposèrent le démantèlement des fortifications. A partir de 1839, un parc public fut aménagé sur le Schlossberg, qui lui donnera son aspect actuel.

La Révolution de 1848 s'exprima avec modération. La classe moyenne pro-allemande gouverna la ville jusqu'en 1918. Ce fut une période d'ouverture à l'urbanisme moderne. La ville acquis les domaines militaires pour créer des espaces publics verts et les décréter zones non aedificandi. L'extension urbaine fut canalisée hors de cette ceinture verte, dans une expression marquée par le style Biedermeier puis par le Jugendstil, tandis que le centre historique restait le centre social et commercial de l'agglomération.

L'assassinat de l'héritier du trône, l'archiduc François- Ferdinand, qui était né à Graz dans le palais Khuenburg, déclencha les hostilités de la Première Guerre mondiale. Avec le tracé de nouvelles frontières en 1818/19, Graz perdit son hinterland et fut quelque peu marginalisée au plan géographique et économique. Les 17 municipalités alentour formèrent en 1938 l'agglomération intégrée du Greater Graz. La Deuxième Guerre mondiale fut suivie d'une période de lente normalisation, avant que Graz redevienne une cité moderne, centre culturel et industriel, ville universitaire et de jardins.

Source : évaluation des Organisations consultatives