jump to the content
  •  

Le précipice à bisons Head-Smashed-In

Brève description

Dans le sud-ouest de l'Alberta, les vestiges de pistes balisées, les restes d'un campement autochtone et un tumulus où l'on a trouvé d'énormes quantités de squelettes de bisons illustrent un usage pratiqué pendant près de six millénaires par les peuples autochtones des grandes plaines de l'Amérique du Nord. Ceux-ci, grâce à leur connaissance très précise de la topographie du terrain et du comportement des bisons, pourchassaient les troupeaux vers le précipice et dépeçaient ensuite les carcasses dans un campement en contrebas.

Le précipice à bisons Head-Smashed-In © Public Domain Plus d'images ...

Valeur exceptionnelle

La valeur du paysage du précipice à bisons Head-Smashed-In réside dans son intérêt scientifique, archéologique et culturel. Les quantités de carcasses de bisons enfouies sous la falaise illustrent un usage pratiqué pendant près de six millénaires par les peuples autochtones des Plaines d’Amérique du Nord. Ce paysage illustre remarquablement les pratiques de chasse de subsistance qui ont perduré jusqu’à la fin du XIXe siècle et font encore partie de la 'base de savoirs traditionnels' des nations des Plaines d’Amérique du Nord. Il donne de précieuses informations sur le mode de vie et les pratiques des cultures de chasse traditionnelles ailleurs dans le monde.

Critère (vi) Le précipice à bisons Head-Smashed-In est l’un des sites les mieux préservés, les plus étendus et les plus anciens qui illustrent les pratiques de chasse communales et le mode de vie des peuples des Plaines d’Amérique du Nord qui, pendant plus de cinq millénaires, ont subsisté grâce aux énormes troupeaux de bisons qui existaient en Amérique du Nord.

Description longue

Dans le sud-ouest de la province d'Alberta, le précipice à bisons de Head-Smashed-In est l'un des plus importants sites de chasse identifiés à ce jour. À la limite d'un paysage de collines et de grands plateaux traversés par des passes naturelles, c'est une haute falaise de grès orientée vers l'est, qui se prêtait à merveille aux méthodes de chasse primitives.

Pendant des milliers d'années, les habitants des Plaines ont chassé le bison du nord de l'Amérique. Le style de vie des Indiens des Plaines étant dépendant de la chasse aux bisons, ceux-là mirent au point de nombreuses techniques de chasse pour assurer leur subsistance. La plus sophistiquée d'entre elles, pour tuer ces animaux, était celle du précipice à bisons. Head-Smashed est l'un des sites les plus anciens et les mieux préservés de ce type, avec son réseau complexe de sentiers et ses riches stratigraphies archéologiques encore intactes.

Le site a été utilisé pour chasser le bison de 3600 à 2600 av. J.-C., puis sporadiquement vers 900 av. J.-C., enfin, de manière continue, de 200 à 1850 apr. J.-C. Exploré pour la première fois en 1938, il fait l'objet, depuis 1960, de fouilles systématiques qui ont considérablement enrichi notre connaissance des armes et des outils préhistoriques et, surtout, ont remis en question nos idées sur l'utilisation du gibier pour se nourrir, se vêtir et se loger.

Un vaste bassin de drainage, de 40 km2, se trouve à l'est de la colline. C'est un pâturage naturel riche en eau et en fourrages variés, frais pendant tout l'automne, et qui attirait donc naturellement les troupeaux de bisons.

Au début de la chasse, les « coureurs de bisons », des jeunes gens entraînés à connaître les animaux, incitaient le troupeau à les suivre en imitant les gémissements d'un veau perdu. Lorsque les bisons se rapprochaient des sentiers de rabattage (de longues lignes de monticules de pierre créées pour diriger les animaux vers le précipice), les chasseurs les entouraient de toutes parts et les effrayaient en criant et en agitant leurs vêtements. Lorsque les animaux parvenaient au bord de la falaise, les premiers d'entre eux tentaient de s'arrêter, mais la pression exercée par ceux qui les suivaient les précipitait au bas de la falaise.

Sous le site du précipice, d'épais dépôts stratifiés témoignent d'une utilisation remontant à plus de 5 700 ans. Ces dépôts consistent en couches de déchets accumulées, de pierres taillées et d'ossements, auxquelles on donne le nom de lœss. Au cours des milliers d'années de fréquentation du site, le lœss s'est accumulé sur une hauteur de près de 11 m. Les objets découverts sur place comportent des os, des outils en pierre usagés ou cassés et des instruments d'affûtage, des milliers de pointes en pierre, de javelots ou de flèches, ainsi que quelques couteaux et haches en pierre.

Les chasseurs établissaient leur camp, après avoir fini de dépecer les bisons, dans la plaine située juste sous le précipice. Quelques cercles de tipis, avec les pierres utilisées pour les bloquer contre le vent, sont encore visibles au niveau de la prairie. C'est là que la viande était découpée en fines lanières et placée sur des supports pour sécher au soleil. Les os longs des pattes étaient écrasés pour extraire leur moelle ; de nombreux puits de cuisson mis au jour dans cette zone par les archéologues montrent que ces os étaient aussi bouillis pour produire de la graisse, en jetant des cailloux chauffés à blanc dans des puits souterrains alignés, remplis d'eau.

Le précipice à bisons de Head-Smashed-In est associé à la survie de la race humaine au cours de la préhistoire, et témoigne d'une coutume à laquelle les premiers habitants du nord de l'Amérique sont restés fidèles au cours de près de 6 000 ans. Sa taille est bien plus considérable que celle des sites analogues découverts au XIXe siècle en Europe, comme Solutré en France (chasse de chevaux sauvages) ou Vestonice en Tchécoslovaquie (chasse de jeunes mammouths).

Source : UNESCO/CLT/WHC