Le quartier juif et la basilique Saint-Procope de Třebíč
Brève description
L’ensemble du quartier juif, du vieux cimetière juif et de la basilique Saint-Procope de Trebíc rappelle la coexistence des cultures chrétienne et juive du Moyen Âge au XXe siècle. Le quartier juif est un témoignage exceptionnel des différents aspects de la vie de la communauté qui y résidait. La basilique Saint-Procope, construite à l’intérieur d’un monastère bénédictin au début du XIIIe siècle, est un témoignage exceptionnel de l’influence du patrimoine architectural de l’Europe de l’Ouest dans cette région.
Justification d'inscription
Critère ii Le quartier juif et la basilique Saint-Procope de Trebic témoignent de la coexistence et des échanges de valeurs entre deux cultures, juive et chrétienne, pendant de nombreux siècles. Critère iii Le quartier juif de Trebic est un témoignage exceptionnel des traditions culturelles liées à la diaspora juive en Europe centrale.
Description longue
Le quartier juif de Třebíč offre un témoignage exceptionnel des traditions culturelles relatives à la diaspora juive en Europe centrale et atteste la fécondité de la coexistence et des échanges de valeurs entre deux cultures différentes, juive et chrétienne, au cours de nombreux siècles.
Le site classé sur la Liste du patrimoine mondial se trouve dans la ville de Třebíč et se compose de trois éléments distincts : le quartier juif, le cimetière juif et la basilique Saint-Procope. Tous trois sont situés sur la rive nord de la Jihlava.
Le quartier juif couvre les pentes de la colline jusqu'à la rivière. Son plan s'organise autour de deux rues principales reliées à la rive par un grand nombre de venelles médiévales dont certaines traversent les maisons. L'architecture des édifices est vernaculaire : ils comportent généralement un rez-de-chaussée voûté et un ou deux étages aux plafonds de bois. Certaines des façades présentent des éléments remontant à la Renaissance ou à l'époque baroque, mais beaucoup d'entre elles sont plus tardives, pour certaines du XXe siècle. Pour des motifs politiques, l'espace concédé aux juifs était limité. Compte tenu de ses limites naturelles, cette zone ne fut jamais réellement isolée par un mur bien qu'il eût existé une séparation (eruf ) jusqu'en 1875, date après laquelle les juifs furent libres de déménager et d'acheter des maisons ailleurs. Les riches partirent alors et le quartier resta aux mains des pauvres. Il était organisé selon un système spécifique de copropriété. Au niveau de la rue se trouvait souvent une boutique ou un atelier, tandis que les étages supérieurs étaient réservés aux habitations. La maison juive ne présente pas de plan spécifique ; elle se caractérise plutôt en fonction de la manière dont elle a su tirer parti d'un espace limité et du système de la copropriété, qui portèrent à la fusion de différentes maisons par l'acquisition de lots voisins. Le quartier de Třebíč a conservé aujourd'hui tous ses principaux édifices - synagogues, écoles, ainsi qu'une fabrique de cuir.
La plus ancienne mention de la synagogue remonte à 1590 ; la vieille synagogue, de 1639-42, est un simple édifice baroque utilisé actuellement comme église hussite. La nouvelle synagogue remonte au XVIIIe siècle ; restaurée, elle sert aujourd'hui de musée et de salle de réunions. Au cours du XVIe siècle, l'ordre donné à plusieurs reprises d'expulser les juifs de leur quartier demeura sans effets. Dans l'ensemble, les autorités de la ville étaient plus tolérantes qu'ailleurs en Europe. Les juifs se consacrèrent très tôt au prêt d'argent, mais ils exerçaient également des activités artisanales (tannage, fabrication de perles, de gants ou de savon). À partir du XVIIe siècle, ils furent surtout actifs dans ce type d'activité, et dans le commerce. Dès l'origine, le quartier juif a eu son propre gouvernement avec ses magistrats élus et deux conseillers. En 1849, il avait sa propre administration dirigée par un maire, et était appelé Zamosti (« de l'autre côté du pont »). Dans les années vingt du XXe siècle, le quartier fut réuni à Třebíč et la population des deux sites se mélangea peu à peu. En 1890, quelque 1 500 juifs y demeuraient encore ; ils n'étaient plus que 300 dans les années trente du XXe siècle. Tous les résidents juifs furent déportés au cours de la Seconde Guerre mondiale, et il n'en demeure plus aucun aujourd'hui.
Le cimetière juif se trouve au-dessus du quartier juif, derrière la colline. Il était accessible aux véhicules par une route spéciale. Le cimetière actuel comporte deux parties, dont la première est du XVe siècle, la seconde du XIXe siècle. Il s'y trouve environ 4 000 stèles dont certaines comportent d'importants décors gravés. À l'entrée, la salle des cérémonies, construite en 1903, est demeurée intacte.
La basilique Saint-Procope occupe une position éminente de la colline qui domine toute la ville de Třebíč. C'était à l'origine (XIIIe siècle) une église monastique et une partie d'un monastère bénédictin (fondé en 1101). Mêlant des éléments romans et du début du gothique, elle est aujourd'hui reliée au château construit sur le site du monastère après sa destruction au XVIe siècle. C'est une église à trois nefs et triple chœur, dotée d'un presbytère allongé, d'un porche de plan carré ouvert au nord et de deux tours à l'ouest. Une crypte aux voûtes à nervures brisées se trouve sous l'extrémité orientale et sous le presbytère. La basilique est construite en granit et en grès, l'extérieur en blocs de granit de face carrée. La façade ouest, de style baroque, comporte des éléments gothicisants et des enduits en plâtre. Les murs internes sont aujourd'hui dépouillés, mais des traces de leur revêtement d'origine ont été découvertes dans le chœur. La nef présente des voûtes baroques d'inspiration gothique, avec des registres sculptés.
Source : UNESCO/CLT/WHCDescription historique
En 1101 fut fondé un monastère bénédictin en un lieu stratégique, au croisement avec la rivière Jihlava. Son existence favorisa bientôt l'établissement d'un marché qui attira les commerçants et, parmi eux, des Juifs. Ce fut le début du développement concommitant du monastère et d'un foyer urbain appelé « Podklasteri » (littéralement : sous le monastère) dans son voisinage immédiat, et de la ville de Trebic, sur l'autre rive de la Jihlava.
Le quartier juif s'est installé au coeur du foyer commercial en expansion, proche du monastère et du gué permettant la traversée de la rivière. Ne disposant d'aucune défense, il connut le même destin que le reste de la ville et eut à souffrir de nombreuses attaques et destructions, telles que celles des Hongrois au XVe siècle. Dans les années fastes, le site se développa et prospéra, favorisant la construction des équipements et des bâtiments nécessaires. Au XVIe siècle, on ordonna l'expulsion des Juifs mais cet ordre ne fut pas appliqué. Dans l'ensemble, les autorités de cette région étaient beaucoup plus tolérantes qu'ailleurs en Europe. Dans les premiers temps, les Juifs étaient impliqués dans le prêt d'argent mais aussi dans l'artisanat : tannage des cuirs, fabrication de perles pour la joaillerie, gantier et fabrication de savon. À partir du XVIIe siècle, ils sont essentiellement commerçants et artisans. Plusieurs événements destructeurs se produisirent dans les siècles suivants, en particulier des incendies et des innondations dans les zones proches de la rivière.
Dès l'origine, le quartier juif disposa de son propre gouvernement avec un magistrat et deux conseillers élus. En 1849, le quartier eut sa propre administration, avec un maire à sa tête, et s'appela Zamosti (littéralement : au-delà du pont). Dans les années 1920, la zone fut rattachée à la ville de Trebic et la population commença à se mélanger. En 1890, il y avait environ 1500 Juifs dans ce quartier mais dans les années 1930, il ne restait plus que 300 Juifs. Tous les habitants juifs furent déportés pendant la Seconde Guerre mondiale et il n'en reste aucun aujourd'hui. Les maisons appartiennent maintenant à des propriétaires dont aucun n'est juif.
Le monastère bénédictin, établi au début du XIIe siècle, fut richement doté et devint un centre important de la vie ecclésiastique et du développement économique. La première église monastique fut construite sous le règne du roi Wenceslas Ier (1230-1253) et fut achevée dans les années 1250. Après quelques dommages subis en 1468, l'église fut réparée à la fin du siècle. Au cours de la première moitié du XVIe siècle, le monastère fit place à un palais qui fut entièrement rénové dans le style baroque entre 1666 et 1684. Quelques modifications mineures furent exécutées dans la basilique, qui fut ensuite restaurée par un célèbre architecte tchèque : Frantisek Maxmilian Kanka. Les travaux débutèrent en 1726 et la restauration de la nef s'acheva en 1733. Plusieurs fenêtres furent agrandies et des arcs-boutants ajoutés, une tour fut reconstruite sur la façade sud-ouest et une nouvelle façade flanquée de deux tours fut construite dans le style baroque gothicisant. Tout en évitant des « restaurations » radicales, l'église fut à nouveau restaurée dans les années 1920 et 1930. La chapelle sud, qui avait été détruite, fut reconstruite dans les années 1950.
Source : évaluation des Organisations consultatives
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