Paysage archéologique des premières plantations de café du sud-est de Cuba
Brève description
Les vestiges des plantations de café du XIXe siècle, au pied de la Sierra Maestra, constituent un témoignage unique d'une forme novatrice d'agriculture en terrain difficile. Ils éclairent l'histoire économique, sociale et technologique de la région Caraïbes-Amérique latine.
Justification d'inscription
Critère iii Les vestiges des plantations de café du XIXe et du début du XXe siècle dans l’est de Cuba sont les témoignages uniques et éloquents d’une forme d’exploitation agricole de la forêt vierge, dont les traces ont disparu dans les autres parties du monde. Critère iv La production caféières dans l’est de Cuba au XIXe et au début du XXe siècle a créé un paysage culturel unique, illustrant un stade important du développement de cette agriculture.
Description longue
Les vestiges des plantations de café du XIXe et du début du XXe siècle à l'est de Cuba représentent un témoignage unique et éloquent d'une forme d'exploitation de la forêt vierge dont les traces ont disparu partout ailleurs dans le monde. La production de café dans cette région, au cours de cette période, a contribué à forger un paysage culturel unique qui illustre une phase significative du développement de cette forme d'agriculture.
La production de café a été introduite dans l'île de Saint-Domingue (Hispaniola) par des colons français au cours du XVIIIe siècle. Les insurrections qui éclatèrent à partir de 1790, aboutissant à la création d'un État indépendant à Haïti en 1804, poussèrent au départ de nombreux propriétaires de plantations français, accompagnés par des foules d'esclaves africains, qui s'installèrent dans l'île voisine de Cuba, alors sous domination espagnole. Ils furent bientôt rejoints par d'autres planteurs de café venus de France métropolitaine ou d'ailleurs, pendant tout le XIXe siècle. À la fin de ce même siècle, d'autres parties de l'Amérique latine, comme le Brésil, la Colombie et le Costa Rica, commencèrent à produire du café. De nouvelles techniques, fondées sur des principes d'agriculture plus avancés, furent alors introduites, si bien que les anciennes plantations de l'est de Cuba furent incapables d'affronter la concurrence à un niveau de plus en plus international et fermèrent leurs portes l'une après l'autre.
Le site renferme les restes de 171 plantations de café historiques disséminées sur les pentes abruptes et ravinées des vallées montagneuses de cette région de la sierra Maestra. La plantation traditionnelle comporte un certain nombre d'éléments fondamentaux : au centre, la résidence du propriétaire, entourée par des habitations beaucoup plus modestes pour les esclaves affectés au service de la maison ou à la terre. La maison du propriétaire domine toujours la principale installation industrielle, la terrasse de séchage (secadero ), sur laquelle les grains de café étaient éparpillés et plongés dans l'eau pour préparer les phases suivantes de la transformation. Les grandes plantations comportent des ateliers où l'on travaillait le bois et le métal et parfois, comme à San Luís de Jacas, des fours à chaux.
Les plantations sont reliées entre elles par des routes bien tracées, parfaitement empierrées à l'intérieur des limites des domaines. Des canaux complexes, empruntant souvent des aqueducs sur arcades (comme à San Luís de Jacas) et des écluses acheminent, depuis les torrents et les sources, l'eau nécessaire à l'irrigation et à la fabrication du café ; de nombreuses plantations sont dotées de grandes citernes construites en pierre.
Les caféiers ont besoin d'ombre, si bien qu'ils ont été plantés sous le couvert des arbres de la forêt ; parallèlement, des zones déboisées ont été plantées avec une alternance de caféiers et d'arbres fruitiers, citronniers, goyaves et autres fruits exotiques qui constituaient une source d'alimentation pour les propriétaires de la plantation et pour leurs esclaves.
Les maisons des propriétaires étaient des édifices importants, adaptés aux exigences du climat tropical. Construites pour l'essentiel en bois sur des fondations en pierre, et dotées de toits de bardeaux, elles possédaient des salles de séjour et des chambres à coucher, souvent décorées à la mode du jour. Les cuisines se trouvaient dans des édifices séparés, proches des maisons principales. On ne connaît pas grand-chose des cabanes des esclaves, qui ne sont attestées que par des trous de poteaux et des sols de terre battue : il s'agissait de fragiles structures de bois et de branchages dont le toit était probablement formé de branchages et de feuilles. Les rares objets trouvés au cours des fouilles indiquent que le niveau de vie de ces travailleurs était extrêmement bas.
Les secaderos sont tout à fait caractéristiques : ce sont de grandes aires semi-enterrées, entourées de murs bas et reliées à des citernes ou à des canalisations. Un parti ingénieux a été tiré de la topographie naturelle, de manière à réduire l'effort physique en cours de production et à faciliter l'alimentation en eau.
Hormis les édifices restaurés (La Isabelica, Ti Arriba) et le jardin de San Juan de Escocia, où tout a été fait pour utiliser les matériaux et les techniques d'origine, documentées grâce à une recherche méticuleuse faite sur le site et à des recherches d'archives, l'authenticité des vestiges des cafetales est totale.
Source : UNESCO/CLT/WHCDescription historique
Au XVIIIe siècle, des colons français établirent la culture du café dans l'île de Saint Domingue (Hispaniola). Les soulèvements de 1790 et des années suivantes, aboutissant à la création de l'État indépendant de Haïti en 1804, entraînèrent la fuite de ces planteurs, accompagnés de beaucoup de leurs esclaves africains, à destination de l'île voisine de Cuba, alors placée sous domination espagnole. Ils obtinrent des terres dans le sud-est de l'île, au pied de la Sierra Maestra, à l'époque peu peuplée et convenant parfaitement à la culture des caféiers en raison de son climat et de son couvert forestier naturel.
Ils fondèrent rapidement des plantations de café (cafetales) sur une très vaste zone, appliquant les principes et les techniques développées dans les plantations d'Haïti et d'ailleurs en les améliorant. Ils furent rejoints par d'autres planteurs venus de France métropolitaine et d'ailleurs - Catalans, Anglais, Allemands et Américains du Nord et créoles originaires de la région - tout au long du XIXe siècle. Les nombreux mariages et les échanges culturels intenses avec la population créole locale, d'origine espagnole, firent naître une vigoureuse culture multi-éthnique.
Les planteurs créèrent un réseau routier important et organisèrent la gestion de l'eau dans cet environnement difficile, afin de servir leurs activités. Une grande partie de cette infrastructure - ponts et routes de montagne - survit aujourd'hui.
À partir de la fin du XIXe siècle, la production de café fit son apparition dans d'autres pays de l'Amérique latine, comme le Brésil, la Colombie et le Costa Rica. De nouvelles techniques furent introduites, sur la base de systèmes agricoles modernes, et les premières plantations de l'est de Cuba furent incapables de résister à la concurrence sur le marché mondial en expansion. Elles cessèrent progressivement leur activité et seule une poignée d'entre elles survit, continuant d'utiliser les techniques traditionnelles de la région.
Source : évaluation des Organisations consultatives
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