Faites une recherche à travers les informations du Centre du patrimoine mondial.

L'inscription de « L’Œuvre architecturale de Le Corbusier » sur la Liste du patrimoine mondial est une invitation à la coopération transnationale

Remise des certificats d'inscription sur la Liste du patrimoine mondial | UNESCO
mercredi 21 septembre 2016
access_time Lecture 1 min.

Le 19 septembre 2016 à la Cité de l’architecture et du patrimoine, à Paris, les représentants de sept Etats parties, l’Allemagne, l’Argentine, la Belgique, la France, l’Inde, le Japon et la Suisse ont reçu les certificats d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial du bien en série « L’Œuvre architecturale de Le Corbusier, une contribution exceptionnelle au Mouvement Moderne » .

A l’occasion de la rencontre organisée par le Ministère français de la Culture et de la Communication, la Cité de l’architecture et du patrimoine, la Fondation Le Corbusier et l’Association des Sites Le Corbusier, le chef de la Section du patrimoine mobilier et des musées, Division du Patrimoine, Secteur de la Culture de l’UNESCO, Monsieur Ieng Srong a remis les certificats, au nom du Sous-Directeur général pour la Culture, Monsieur Francesco Bandarin et de la directrice de la Division du patrimoine et du Centre du patrimoine mondial, Madame Mechtild Rössler, et a valorisé l’importance de la solidarité et de la coopération transnationale pour la protection, la conservation et la mise en valeur du patrimoine mondial par le biais du développement de partenariats transnationaux de sites à sites. Il a également invité à poursuivre la réflexion sur le rôle du patrimoine en tant que partie intégrante de la vie contemporaine des populations et comme ressource d’une nouvelle culture du développement moderne et durable.

mercredi 21 septembre 2016
access_time Lecture 1 min.
Décisions (1)
Code : 40COM 8B.31

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné les documents WHC/16/40.COM/8B et WHC/16/40.COM/INF.8B1,
  2. Inscrit L’Œuvre architecturale de Le Corbusier, une contribution exceptionnelle au Mouvement Moderne, Allemagne, Argentine, Belgique, France, Inde, Japon et Suisse, sur la Liste du patrimoine mondial sur la base des critères (i), (ii) et (vi) ;
  3. Prend note de la déclaration provisoire de valeur universelle exceptionnelle suivante :

    Brève synthèse

    Choisis dans l’œuvre de Le Corbusier subsistant dans onze pays sur quatre continents, les sites de sept pays sur trois continents, réalisés sur une période d’un demi-siècle, attestent, pour la première fois dans l’histoire de l’architecture, de l’internationalisation de la pratique architecturale à l’échelle de la planète toute entière.

    Les dix-sept sites apportent ensemble une réponse exceptionnelle à certains enjeux fondamentaux de l’architecture et de la société au XXe siècle. Tous ces sites furent novateurs dans leur manière de refléter de nouveaux concepts, tous eurent une grande influence dans de vastes aires géographiques, et conjointement ils propagèrent les idées du mouvement moderne dans le monde entier. Malgré sa diversité, le mouvement moderne fut une entité socio-culturelle et historique majeure du XXe siècle, qui est restée dans une large mesure la base de la culture architecturale du XXIe siècle. Entre les années 1910 et 1960, en relevant les défis de la société moderne, le mouvement moderne visait à susciter un exceptionnel débat d’idées à l’échelle mondiale, inventer un nouveau langage architectural, moderniser les techniques architecturales et répondre aux besoins sociaux et humains de l’homme moderne. La série apporte une réponse exceptionnelle à tous ces défis.

    Certains sites constitutifs de la série acquirent immédiatement un statut d’icône et exercèrent une influence à l’échelle de la planète. Parmi ceux-ci, la villa Savoye, comme icône du mouvement moderne ; l’unité d’habitation de Marseille comme prototype majeur d’un nouveau modèle de logement basé sur l’équilibre entre l’individuel et le collectif ; la chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp, pour son approche révolutionnaire de l’architecture religieuse ; le cabanon de Le Corbusier comme archétype de la cellule minimum, fondée sur une approche ergonomique et fonctionnaliste ; et les maisons de la Weissenhof-Siedlung devenues célèbres dans le monde entier, faisant partie de l’exposition du Werkbund.

    D’autre sites ont joué le rôle de catalyseurs pour la diffusion d’idées autour de leurs propres régions, comme la maison Guiette, Belgique, qui stimula le développement du mouvement moderne en Belgique et aux Pays-Bas ; la maison du docteur Curutchet qui exerça une influence fondamentale en Amérique du Sud ; le Musée national des Beaux-Arts de l’Occident, comme prototype du musée à croissance illimitée transposable mondialement, qui consolida les idées du mouvement moderne au Japon ; et le complexe du Capitole qui eut une influence considérable dans tout le sous-continent indien, où il symbolisa l’accession du pays à la modernité.

    De nombreux sites illustrent de nouveaux concepts, principes et caractéristiques techniques architecturaux. La petite villa au bord du Léman est une expression précoce des besoins minimalistes, telle qu’elle est aussi cristallisée dans le cabanon de Le Corbusier. Les Cinq points d’une architecture nouvelle de Le Corbusier sont transcrits de manière iconique dans la villa Savoye. L’immeuble Molitor est un exemple de l’application de ces points à un immeuble de logements, tandis qu’ils furent également appliqués à des maisons, comme à la cité Frugès, et réinterprétés dans la maison Curutchet, dans le couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette et au Musée national des Beaux-Arts de l’Occident. L’immeuble d’habitation avec des murs en verre a son prototype dans l’immeuble Molitor.

    Quelques sites créèrent des courants majeurs dans le mouvement moderne, le purisme, le brutalisme, et un mouvement vers une forme sculpturale d’architecture. La première expression du purisme peut être observée dans les maisons La Roche et Jeanneret, la cité Frugès et la maison Guiette, l’unité d’habitation a joué un rôle pionnier dans la promotion du courant du brutalisme, alors que la chapelle de Ronchamp et le complexe du Capitole promurent des formes sculpturales.

    L’innovation et l’expérimentation avec des matériaux d’éléments architecturaux sont attestées dans l’ossature indépendante de poutres en béton des maisons de la Weissenhof-Siedlung, tandis que le béton armé précontraint fut utilisé au couvent de La Tourette. Dans le complexe du Capitole, les préoccupations de climatisation naturelle et d’économies d’énergie conduisirent à utiliser des brise-soleil, des toits à double peau et des miroirs d’eau pour la récupération des eaux pluviales et le rafraîchissement de l’air.

    La standardisation – faisant partie de la recherche de la perfection – se perçoit dans l’unité d’habitation de Marseille, un prototype conçu pour la production de masse, tandis que la petite villa au bord du lac Léman représente un standard de maison minimum à travée unique, et le cabanon de Le Corbusier la cellule standard minimum de vie. Le Modulor, un système harmonique à l’échelle humaine, fut utilisé pour les espaces extérieurs du complexe du Capitole, qui reflète la silhouette d’un homme au bras levé.

    L’idée de bâtiments conçus autour des nouveaux besoins de l’« homme moderne à l’âge de la machine », est illustrée dans les nouveaux lieux de travail lumineux de la manufacture à Saint-Dié, tandis que l’habitat d’avant-garde de la cité Frugès, et les maisons abordables de la Weissenhof-Siedlung montrent en quoi ces nouvelles approches n’étaient pas destinées à une fraction de la société, mais à l’ensemble de la population. En revanche, l’immeuble Clarté fut conçu pour révolutionner le logement de la classe moyenne. La Charte d’Athènes, telle que révisée par Le Corbusier, promut le concept de l’équilibre entre le collectif et l’individuel, et a son prototype dans l’unité d’habitation, tandis que le complexe du Capitole, à la tête du plan de la ville de Chandigarh, est considéré comme l’expression la plus aboutie de ses principes et de l’idée de la Ville radieuse.

    Critère (i) : L’œuvre architecturale de le Corbusier représente une création majeure du génie humain qui apporte une réponse exceptionnelle à certains enjeux fondamentaux de l’architecture et de la société au XXe siècle. 

    Critère (ii) : L’œuvre architecturale de Le Corbusier témoigne d’un échange d’influences sans précédent, qui s'est étendu à l’échelle de la planète pendant un demi-siècle, en relation avec la naissance et le développement du Mouvement Moderne.

    L’œuvre architecturale de Le Corbusier révolutionna l’architecture, en témoignant de manière exceptionnelle et pionnière de l’invention d’un nouveau langage architectural en rupture avec le passé.

    L’œuvre architecturale de Le Corbusier marque la naissance de trois courants majeurs dans l’architecture moderne : le purisme, le brutalisme et l’architecture-sculpture.

    La dimension planétaire qu’atteint l’œuvre architecturale de Le Corbusier sur quatre continents est un phénomène nouveau dans l’histoire de l’architecture et témoigne de son impact sans précédent.

    Critère (vi) : L’œuvre architecturale de Le Corbusier est directement et matériellement associée aux idées du Mouvement Moderne, dont les théories et les réalisations ont une signification universelle exceptionnelle au XXe siècle. La série représente un « esprit nouveau » qui reflète une synthèse de l’architecture, de la peinture et de la sculpture.

    L’œuvre architecturale de Le Corbusier matérialise les idées de Le Corbusier, qui furent relayées avec force par les Congrès internationaux d’architecture moderne (CIAM) à partir de 1928.

    L’œuvre architecturale de Le Corbusier est un reflet exceptionnel des tentatives du Mouvement Moderne d’inventer un nouveau langage architectural ; pour moderniser les techniques architecturales ; et pour répondre aux besoins sociaux et humains de l’homme moderne.

    La contribution apportée par l’œuvre architecturale de Le Corbusier n’est pas simplement le fruit d’une réalisation exemplaire à un moment donné, mais la somme exceptionnelle de propositions construites et écrites, diffusées avec constance dans le monde entier sur une durée d’un demi-siècle.

    Intégrité

    L’intégrité de la série dans son ensemble est appropriée pour montrer comment les édifices de Le Corbusier reflètent non seulement l’évolution et l’influence du Mouvement Moderne, mais aussi la façon dont ils participèrent à sa transmission autour du monde. 

    L’intégrité de la majorité des sites constitutifs est bonne. À la cité Frugès, Pessac, au sein du bien, de nouveaux bâtiments sur trois parcelles du site - dont l’une comportait une maison standardisée de Le Corbusier qui fut détruite pendant la guerre - ne sont pas compatibles avec les conceptions de l’architecte. À la villa Savoye et à la loge attenante du jardinier, l’intégrité est en partie compromise par le lycée et les terrains de sport construits sur trois côtés de la prairie qui entourait à l’origine la villa dans les années 1950. L’environnement de ce site est fragile. Aux maisons de la Weissenhof-Siedlung, Stuttgart, les destructions pendant la guerre et la reconstruction de l’après-guerre ont affecté l’intégrité d’ensemble de l’établissement modèle par la perte de dix maisons sur vingt et une.

    Des pertes d’intégrité se sont produites récemment à Ronchamp et à la Porte Molitor. À Ronchamp, où la structure de Le Corbusier a remplacé un site de pèlerinage vieux de plusieurs siècles, l’intégrité du site a été en partie compromise par un nouveau centre des visiteurs et un couvent près de la chapelle, qui coupent la structure de Le Corbusier de son environnement contemplatif du côté de la colline.

    À l’immeuble locatif à la Porte Molitor, un stade de rugby a été construit exactement devant la façade en verre de l’immeuble d’habitation.

    Authenticité

    La série montre clairement comment dans sa globalité elle apporte une plus-value par rapport à la somme de ses éléments constitutifs.

    Pour la plus grande partie des sites constitutifs individuels, l’authenticité est bonne par rapport à la manière dont ces sites parviennent à refléter la valeur universelle exceptionnelle générale de la série. À la cité Frugès, sur trois parcelles ont été construites des maisons traditionnelles à la place de structures corbuséennes, tandis qu’ailleurs, dans le paysage urbain, une perte partielle d’authenticité est due au délaissement et à des modifications intérieures. À l’unité d’habitation, l’incendie de 2012 détruisit une petite partie du bâtiment. Elle a maintenant été totalement reconstruite suivant la conception d’origine, mais avec une authenticité réduite dans une certaine mesure. L’authenticité du complexe du Capitole à Chandigarh pourrait être affectée si le palais du Gouverneur et le musée de la Connaissance devaient, l’un ou l’autre ou tous les deux, être construits à l’heure actuelle, une éventualité qui a été apparemment discutée. 

    Au Musée national des Beaux-Arts de l’Occident de Japon, le concept originel du parvis du musée semble correspondre à un vaste espace ouvert. Les plantations de 1999 sur ce parvis détournent l’attention du bâtiment, de ses principales perspectives et de son environnement.

    En termes de matériaux, certains sites ont été restaurés et partiellement reconstruits ces dernières années, après des phases précédentes de délaissement ou de défiguration. D’une manière générale, les modifications peuvent être considérées comme raisonnables et appropriées. La comparaison des sites avec d’autres maisons du XXe siècle inscrites révèle que celles-ci ont en commun avec les premières des niveaux d’authenticité légèrement amoindris.

    Éléments requis en matière de protection et de gestion

    De nombreux éléments ont bénéficié très tôt d’une protection, le plus souvent dans les deux décennies suivant la mort de Le Corbusier. Certains, comme les maisons de la Weissenhof-Siedlung à Stuttgart et l’unité d’habitation à Marseille, se virent accorder une protection du vivant de Le Corbusier. Le dossier de proposition d’inscription fournit un tableau utile indiquant pour chaque élément les formes de protection législative qui lui sont applicables. Tous les sites constitutifs sont protégés au niveau national/fédéral et leurs zones tampons sont protégées de manière appropriée soit par la législation, soit par des mécanismes de planification. Compte tenu de l’importance des détails et de l’environnement de ces bâtiments du XXe siècle, il est crucial que leur protection soit suffisamment complète et attentive pour permettre la protection des intérieurs, des extérieurs, du contexte et du cadre.

    Dans la majorité des sites, les mesures de conservation sont appropriées et s’appuient sur une expérience et une méthodologie appliquées de longue date dans ce domaine. Les travaux de conservation sont programmés et confiés à des spécialistes ayant un haut niveau de compétence et d’expertise. Le traitement de conservation est allié à un entretien régulier, y compris avec l’implication d’habitants, de communautés locales et d’associations publiques. Des problèmes de conservation se posent à la chapelle de Ronchamp. Il est désormais urgent de mettre en œuvre le programme de conservation concerté. Il est également urgent de préparer un plan de conservation pour Chandigarh.

    Une Conférence permanente a été créée pour la série dans son ensemble. Elle doit coordonner la gestion du bien, conseiller les États parties et mettre en œuvre des actions de promotion et de valorisation du bien. Une Association des sites de Le Corbusier a été constituée pour réunir toutes les autorités locales dont les territoires abritent des sites qui ont été proposés pour inscription. Ses principaux objectifs sont la coordination, la sensibilisation du public, le partage de l’expérience en matière de conservation, la coordination et la gestion globales de la série, et la mise en œuvre des plans de gestion pour chaque élément du site. L’apport de l’expertise de la Fondation Le Corbusier – qui détient des droits moraux sur l’œuvre de Le Corbusier – est également crucial pour la gestion et la conservation appropriées de la série, en particulier dans les cas où les biens appartiennent à des propriétaires privés autres que la Fondation. En France et en Suisse, des comités de coordination ont été établis pour superviser la gestion des sites dans ces mêmes pays.

    Il n’a pas encore été défini clairement comment amorcer le dialogue entre pays au sujet de projets d’aménagement sensibles. Il serait souhaitable que les États parties participants aient connaissance de l’aménagement proposé, et l’opportunité de le commenter, quand il concerne un site constitutif susceptible de compromettre la valeur de la série dans son ensemble. 

    Des plans de gestion locaux ont été établis pour chaque site constitutif. Ces plans ont été mis en œuvre sur une base de partenariat entre les propriétaires et les services culturels, du patrimoine et de planification des autorités locales dont relèvent les territoires où les sites s’inscrivent. À Ronchamp, il est nécessaire de renforcer le système de gestion pour assurer la sécurité du site. À la maison du docteur Curutchet, une supervision accrue des aménagements dans l’environnement est nécessaire.

    Compte tenu des problèmes spéciaux associés à la conservation de l’architecture du XXe siècle, une implication continue de spécialistes (inter)nationaux dans le domaine de la conservation du patrimoine architectural moderne est également essentielle. En Suisse, l’administration fédérale peut faire appel aux conseils de de tels experts spécialisés pour soutenir les conservateurs locaux (et l’a déjà fait). Une approche similaire est fortement recommandée pour d’autres pays.

    Les niveaux actuels d’effectifs et les niveaux d’expertise et de formation sont élevés dans tous les sites et des mécanismes permettant des liaisons entre les sites ont été mis en place. Néanmoins, il semble nécessaire de renforcer les capacités en matière de processus d’évaluation d’impact et de formaliser et définir clairement des approches et procédures de conservation pour l’ensemble de la série.

    Des indicateurs de suivi modèles qui ont été élaborés pour deux biens en Suisse le seront également pour le reste de la série d’ici la fin 2016.

  4. Recommande que les États parties, avec le soutien de l'ICOMOS si demandé, prennent en considération les points suivants :
    1. introduire des procédures d’évaluation d’impact sur le patrimoine pour les aménagements proposés sur tous les éléments constitutifs,
    2. élaborer des indicateurs de suivi pour tous les éléments constitutifs,
    3. mettre au point des approches et procédures de conservation globales concertées pour la série,
    4. examiner la manière dont le pouvoir de la Conférence permanente pourrait être précisé afin de permettre à tous les États parties de comprendre pleinement les propositions d’aménagements majeurs dans tous les éléments constitutifs, par rapport à leur impact potentiel sur la série dans son ensemble,
    5. soumettre le plan de gestion pour Chandigarh,
    6. faire progresser le plan de conservation pour Chandigarh,
    7. clarifier la protection de la zone tampon pour la maison Guiette,
    8. clarifier les implications de la nouvelle loi sur le patrimoine en France,
    9. soumettre les propositions de la Conférence permanente concernant l’approche pour toute autre extension de la série et sa portée finale ;
  5. Demande aux États parties de soumettre au Centre du patrimoine mondial d’ici le 1er décembre 2017 un rapport sur la mise en œuvre des recommandations susmentionnées pour examen par le Comité du patrimoine mondial lors de sa 42e session en 2018.

En savoir plus sur la décision
top