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Le noyau historique médiéval ou la 'Cuve' de Gand, et les deux abbayes qui sont à son origine

Date of Submission: 02/04/2002
Criteria: (ii)(iv)
Category: Cultural
Submitted by:
Ministere de la Communauté Flamande Division des Monuments et Sites
Coordinates: Gand . Lat.51°03' N Long.3°43' E
Ref.: 856
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Description

Contexte historique:
La dite "Cuv" de forme irrégulière est dûe à sa topographie particulière. La Lys traverse la "Cuve" du Sud vers le Nord, lui sert de frontière naturelle du Nord vers l'Eest, où elle se jette dans l'Escaut qui borde à son tour la "Cuve" au Sud-Est. Des fossés dérivés assurent la protection au Sud., Sud-Ouest et Nord-Ouest, le tout étant assorti d'au moins quatre portes. Les origines complexes et l'évolution de ce noyau médiéval apparaissent encore de nos jours dans son tracé urbain et dans son patrimoine architectural fort varié et bien conservé.

1. Le rôle des abbayes

L'abbaye Saint-Bavon , dont la fondation vers 629-639 est attribuée à Saint-Amand d' Aquitaine, occupe un site au confluent de la Lys et de l'Escaut, - i.e. à l'Est en dehors de la "Cuve", où était implanté selon les fouilles un centre commercial à l'époque Gallo-Romaine ( Ier au IVe siècles PCN).

Vers la même époque, le même Saint fonde l'abbaye Saint-Pierre située sur les hauteurs du Blandijnberg - un amoncellement sablonneux de près de 29 m. et point culminant de la ville - et le long de l'Escaut au Sud et en dehors de la "Cuve", à l'endroit d'un premier habitat connu comme "Ganda" .
Autour de l'abbaye Saint-Pierre, se développera un faubourg du même nom qui, quoique intégré à la ville partir du milieu du XIIIe siècle, sera gouverné par l'abbaye jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. L'abbaye même subira la destruction de l'une de ses églises en 1799 et d'une partie de ses bâtiments, ce qui mènera à la création d'une grande place publique nivelée au milieu du XIXe siècle et bordée de maisons néo-classiques; le faubourg même sera de réaménagé à la même époque.

Le faubourg Saint-Bavon est enserré au XIVe siècle dans sa propre enceinte. L'abbaye même sera en partie démolie sous Charles Quint en 1540 et remplacée par une citadelle destinée à contrôler la ville de Gand à tendances rebelles. Les constructions restantes seront utilisées comme caserne et arsenal; après la destruction de l'arsenal, fin XIXe siècle, elles seront utilisées comme Musée Lapidaire de la Ville intégrées dans le nouveau quartier.
Ces deux abbayes, de valeur hautement historique, sont situées en dehors de la "Cuve" et n'y sont pas reliées de manière suffisamment homogène et représentative.
Il conviendra d'examiner si elles peuvent être jointes à l'éventuelle inscription de la "Cuve" comme deux identités délimitées dans l'extension urbaine de l'Ancien Régime.

2. Le portus I ou centre commercial à l'Ouest de l'Escaut.
Etabli sur un banc de sable, ce centre, probablement établi avant le Xe siècle, s'entoure d'une enceinte semi-circulaire dont le tracé se retrouve encore dans la ville. Son église Saint-Jean, - précédant l'actuelle cathédrale - est mentionnée en 947. A cette époque, après les invasions des normands, ce centre se développera de plus en plus et y réunira par la suite les premiers édifices importants tels que la résidence d'origine romane dite Duivelsteen ou " maison de pierre"de Gérard le Diable, remontant au XIIIe siècle.

3. Le portus II s'implante au Nord-Ouest, dans le dit Oudburg, - ou Vieux Bourg - un îlot. sur la rive gauche de la Lys entouré de fossés dérivés de celle-ci. Sa mention durant le Xe siècle, comme "castellum novum" se rapporte à la première forteresse de bois à laquelle succède, au même endroit, le château des comtes, qui remonte dans sa forme actuelle à la fin du XIe et surtout à 1180; à cette époque où le comte de Flandre, Philippe d'Alsace, y apporte des agrandissements notoires, entre autres au donjon, et fait entourer l'ensemble de murailles à échauguette et grande porte d'entrée.
La petite église Sainte-Veerle, érigée en 1212 en face au Sud. de la placette du même nom, sert de chapelle castrale jusqu'à sa démolition en 1581, qui donna lieu à une certaine extension de la place et la construction Sud et Ouest de maisons traditionnelles à pignons ou lucarnes.

4. La constitution de la "Cuve" est due :
- à l'importance accrue du portus II, durant les Xe - XIe siècles. La Lys deviendra le port intérieur de la ville, avec son Quai au Blé, qui permettra d'importer comme l'indique son nom, les grains du comté de Flandre et d'exporter les produits de l'industrie drapière locale.
- au rapprochement du portus I en II et la création de l'artère principale du Nederpolder - Hoogpoort, allant grosso modo du Sud-Est. vers le Nord-Ouest., qui se bordera de maisons importantes.
- à l'incorporation de la paroisse Saint-Michel, sur rive gauche de la Lys.

La Lys, au tracé curviligne devient ainsi l'artère principale, bordée de quais qui longent, en dehors du port central, alternativement la rive gauche et la rive droite et présentent ainsi une succession remarquable de constructions diverses dans le parcours de la rivière.
La « Cuve » bien protégée, s'étendra ainsi au XIIe siècle sur 80 ha. et sera entourée d'eau, portes et ponts parfois bordés de murs, dont il reste à l'Ouest un fragment au Oude Houtlei, Malgré le voûtement de quelques fossés au cours du XIX e, le tracé de la « Cuve » reste perceptible dans la ville qui s'est développée plus tard en incluant et urbanisant progressivement les terres et faubourgs environnants. Au début du XIVe siècle la ville englobe déjà 644 ha pour 64000 habitants; à ce moment, Paris, la plus grande ville au Nord des Alpes, en compte 200000.
La "Cuve" présente dans de son tracé allongé et irrégulier une majorité de rues comprise entre l'Escaut et la Lys, reliées entre elles par endroit par des rues secondaires et formant ainsi des pâtés de maisons parfois irréguliers qui connaîtront une haute densité de construction. La Veldstraat, suit à quelque distance le tracé de la Lys, jusqu'à l'actuel Marché aux Grains, implanté derrière le Quai aux Herbes et relié vers le Nord au Marché aux Légumes. Au départ de celui-ci, une rue longeant toujours la Lys mène vers le Nord et mène à l'immense Marché du Vendredi. A partir du même marché, une rue se dirige vers l'Ouest, enjambe la Lys et mène au Château des Comtes pour délimiter ensuite le quartier - ou Patershol - qui y est accolé au N. O.

5. Organisation de la "commune"
S'émancipant du pouvoir féodal durant les XIe - XIIe siècles, la "Cuve" obtiendra la franchise communale et sera amenée à s'organiser de manière autonome aux niveaux administratif et commercial et religieux. Les édifices appropriés sont regroupés au Sud de l'artère Est- Ouest., qui relie encore toujours l'Escaut à la Lys, à la hauteur du Château des Comtes.

Au centre de la "Cuve", et sur les parties les plus hautes, s'élèvent les bâtiments officiels tels que complexe du Beffroi, Halle aux Draps et la prison municipale dont l'époque de construction mène de vers 1300 au XVIIIe siècle. Au Nord , le complexe de l'Hôtel de Ville, en bordure de la Place et Hoogpoort, regroupe des diverses chambres et dépendances allant du XVe au XVIIIe siècles.
Les bâtiments commerciaux se regroupent aux abords du port et remontent à la fin du XIIe et XIIIe siècle et suivants. Les entrepôts à blé, dont le mieux connu comme Maison de L'étape, du Quai aux Herbes, construits en calcaire de Tournai, sont d'origine romane. La Grande Halle aux Viandes gothique, sur la rive droite de la Lys, au Nord du Port intérieur et en bordure du Marché aux Légumes date de 1407-1419.

Les maisons de corporations qui s'établissent en général dans les environs des marchés et des quais, apparaissent en premier dès le milieu du XVe siècle.
Les édifices religieux évoluent et se multiplient rapidement. La première église de portus I, l'église Saint-Jean Baptiste, devenue église paroissiale de la "Cuve" en 1030, sera agrandie à cette époque; les restes tangibles - rencontrés dans la crypte romane - remontent cependant à la seconde moitié du XIIe siècle, la construction de la cathédrale Saint-Bavon qui la remplace s'étale par ailleurs de la fin du XIIIe au XVIe siècle.

Dès le XIe siècle, des paroisses autonomes s'établiront dans différents quartiers de la ville. Au Nord , celle de Saint-Jacques à proximité de l'immense Vrijdagmarkt - ou Marché du Vendredi - dont l'église actuelle d'origine romane remonte à la seconde moitié du XIIe.
Au centre, celle Saint-Nicolas, patron des marchands, occupe le quartier du Marché au Blé sur la rive droite de la Lys; l'église conservée remonte au début du XIIIe siècle avec extensions ultérieures.

A l'Ouest, sur la rive gauche le la Lys, la paroisse Saint-Michel occupe actuellement une église de style gothique tardif de 1440-1672, qui remplace l'édifice roman de 1147 disparu à la suite de différents incendies au cours du XIIIe siècle.

La "Cuve" médiévale était également dotée d'institutions socio-religieuses. De l'Hospice Saint-Jean, destiné en premier lieu aux malades mentaux, est fondé en 1191, à proximité de l'église Saint-Jacques. L'Hôpital Utenhove, fondé en 1202 et situé sur la rive gauche de la Lys, à proximité de l'Eglise Saint Michel s'établira dès 1228 en dehors de la "Cuve". L'Hôpital des Enfants d'Alijn, situé sur la rive gauche de la Lys, a pour origine l'Hospice Sainte Catherine, mentionné au XIVe siècle, dotée d'une chapelle au XVIe siècle et utilisé comme Musée du Folklore à partir de 1962.

Un nombre de chapelles et couvents s'y ajouteront dès le XIIIe siècle. Des Dominicains s'y établissent sur la rive gauche de la Lys, au Sud de l'église Saint-Michel à partir de 1228 et construisent et agrandissent leur couvent jusqu'au XVIIIe siècle. Les récollets s'installeront plus tard, au Sud sur la rive droite, à l'endroit occupé depuis le début du XIXe siècle par le Palais de Justice.
Au Nord-Ouest, à la limite du quartier près du Château des Comtes, l'église et le couvent des Carmélites, établissent à l'endroit actuel à la fin du XIIIe siècle et y développent, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle un complexe important avec entre autres deux cloîtres.

Quoique la "Cuve" ait connu, comme ailleurs, une première architecture vernaculaire urbaine de pans de bois, dont il ne reste qu'une seule façade arrière, elle compte encore un nombre de maisons patriciennes d'origine romane "ou Steen", construites, probablement XIIIe siècle, comme l'indique leur nom en pierre, in casu le calcaire de Tournai. De récentes recherches archéologiques ont permis d'en identifier quelque deux cents remontant à la période comprise entre 1150 - 1350 qui confirment ainsi l'importance du patriciat. Le passage généralisé à la construction en dur se fera principalement au XVIIe siècle.

La "Cuve" reste le centre administratif, commercial et religieux de la ville qui s'étendra au cours des siècles suivants. Malgré quelques changements dans le parcellaire durant la nouvelle période de prospérité du XVIIIe, son tissu urbain et sa configuration générale se maintiendront durant tout l'Ancien Régime.

6.La révolution et le régime français ( 1789 - 1815) entraînent la séquestration des biens religieux et "féodaux" et leur destruction ou remploi éventuel. Cette période coïncide avec la révolution industrielle introduite à Gand par L. Bauwens qui propage la mécanisation et la centralisation de la production textile. Dans un premier temps les fabriques occupent des bâtiments séquestrés, dont le Château des Comtes, qui abritera une filature de 1806 à 1885. A cette époque apparaissent dans la "Cuve" les premières cheminées des chaudières à vapeur et de vrais bâtiments industriels, tels qu'il en reste quelques uns dans le Nord de la "Cuve", sur la rive droite de la Lys.

L'essor industriel de Gand - qui devient le "Manchester du Continent" - provoque un accroissement notoire de la population et la création d'un habitat ouvrier fort compacte et quasi insalubre, relégué dans des bâtiments séquestrés ou des "courées", constituées d'habitations minimales qui encombrent les espaces libres dans les pâtés de maisons.

7. Gand, capitale du département de l'Escaut et ensuite de la Province de Flandre orientale. .
Cette nouvelle fonction nécessite la présence d'édifices publics ad hoc. Dans certains cas ceux-ci occuperont, dans la "Cuve", les terrains d'un couvent venant d'être démoli. Ainsi l'Amphithéâtre à propylée de temple romain (1819-1826) de l'Université d'Etat, créée en 1816, est implanté en lieu et place de l'église de l'ancien couvent des Jésuites, fondé fin XVIe siècle. L'imposant Palais de Justice (1836-1846) occupe l'emplacement de l'ancien couvent des Récollets. A proximité, l'Opéra Royal (1837 - 1840) occupe la face S. d'une nouvelle rue reliant le nouveau Palais à la Place d'Armes, et ce à l'endroit d'une propriété de la Guilde de Saint-Sébastien, d'une chapelle et d'un ancien théâtre.

8. Les grands travaux de la seconde moitié du XIXe siècle.
La 'Cuve' subit à cette époque des travaux d'assainissements tels que la suppression, pour des raisons d'hygiène, de fossés et certaines "courées", suite à la législation de 1867. L'habitat ouvrier- de même que l'industrie - sera refoulé dans les faubourgs en pleine expansion.
Le plan Zollikofer- De Vigne, exécuté à partir de 1883, a pour but de faciliter l'accès à la "Cuve" et de la relier entre autres à la nouvelle Gare du Midi. Les nouvelles rues de Sud-Est en Sud-Ouest Ouest., percées en dehors de la "Cuve", sont prolongées à cet effet; celle qui borde le Sud-Ouest de la cathédrale, le Sud de la Halle et du beffroi et le côté Sud de l'Eglise Saint-Nicolas et du Marché au Grains franchira la Lys grâce au nouveau pont Saint Michel (1905-1909) qui mène à l'église du même nom.

La liaison du centre vers le Nord se réalise en 1899 par le percement d'une nouvelle rue dans la face Nord de la place précédant l'Hôtel de Ville; celle-ci se prolongera jusqu'au chœur de l'église Saint-Jacques et se continuera sous autre nom à l'Est de l'ancienne abbaye Baudeloo, au milieu d'un quartier réaménagé, pour atteindre le quai le long de Lys.

9. La "présentation" et "idéalisation" de la "Cuve" lors de l'Exposition Universelle de Gand en 1913.
Les années précédant cette exposition ont entraîné certains changements au centre du noyau, et ce conformément aux principes d'urbanisation "à la Hausmann" et des conceptions en matière de conservation et restauration de l'époque. Monuments civils et religieux seront restaurés "à l'ancienne" et dégagés de leurs constructions attenantes jugées "parasitaires". L'intervention la plus frappante est celle de la création de grands espaces publics entre l'Eglise Saint-Nicolas et le Beffroi et entre celui -ci et la Cathédrale. Dans leur environnement rectifié ces monuments se présentent désormais comme sur un plateau dont se détache leurs volumes distincts. La vue sur les trois tours, à partir du pont Saint-Michel, est devenue, avec celle qui se présente du même endroit sur le port et le Château des Comtes, l'image stéréotype de la "Cuve".

10. L'entièreté de la ville de Gand a été épargnée durant la première et la seconde guerre mondiale.

Les modernisations des années 1960 n'affecteront somme toute pas foncièrement la 'Cuve'. Depuis l'année Européenne du patrimoine architectural de 1975, la création d'un propre Service des Monuments, la Ville, soutenue par la politique du gouvernement en la matière, s'est de plus souciée de son patrimoine tant majeur que mineur. Les travaux de conservation et restauration cadrent désormais dans une mise en valeur du milieu urbain en général, n'excluant pas les apports contemporains de qualité.

La 'Cuve' de Gand présente donc un exemple remarquable de caractère évolutif, ayant conservé "une organisation de l'espace et des structures des phases successives de son histoire " ( cf. Révision des Orientations, Annexe 3,4 (ii) cités historiques vivantes. 12. (ii).