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Paysage culturel du Lac Tchad (Cameroon)

Date of Submission: 07/12/2018
Criteria: (ii)(iii)(vii)(ix)
Category: Mixed
Submitted by:
Ministère des Arts et de la Culture
State, Province or Region:
Extrême-Nord, Département de Logone et Chari
Coordinates: N12 57 03.35 E14 30 05.60
Ref.: 6368
Transnational
Other States Parties participating
Chad
Niger
Nigeria
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Description

Le lac Tchad est un vaste étendu d’eau douce peu profonde au milieu d'un massif dunaire qui couvre 4 pays, à savoir : le Cameroun, le Niger, le Nigeria et le Tchad.

La paléogéographie nous renseigne que le lac Tchad a été en constante évolution en rapport avec les conditions climatiques. Sa superficie a connu des variations dont l’interprétation a fait l’objet de nombreuses controverses. Son étendue actuelle se situe autour de 17.000 km² en fin de saison des pluies. Il s’agit d’un lac endoréique alimenté principalement par les cours d’eau que sont le Logone, le Chari, et la Komadougou Yobé. Cet écosystème comporte une grande variété de zones humides : eaux libres, ilots-bancs, polders, mares temporaires ou permanentes dont certaines sont riches en natron. Aux abords du lac, les sables du désert et l’eau se rencontrent en un réseau complexe de méandres, parfois cultivés. La décrue en saison sèche découvre de vastes plaines inondables sur les rives du lac. Elles abritent des plantes aquatiques comme le papyrus ou la spiruline mais aussi de nombreuses espèces animales dont des oiseaux migrateurs, qui utilisent ces plaines comme aires de repos.

Le lac Tchad a pour particularité d’être couvert de centaines d’îles dont de nombreuses sont habitées par plusieurs communautés (Kotoko, Mouloui, Barma, Boulalan, Babalia, Kanembou, Haoussa, Massa…) qui vivent de ses ressources et perpétuent des modes de vie assurant leur résilience. Cette cohabitation entre l’Homme et la nature qui perdure depuis des siècles donne une véritable dimension de paysage culturel à cet immense lac.

La présence humaine aux abords du lac remonterait à l’ère Paléolithique. La Civilisation ancienne la plus connue est celle des Sao, qui regroupe un ensemble de populations qui seraient venues de la vallée du Nil pour peupler les abords du lac Tchad autour du 5ème siècle avant J-C[1]. L’histoire des Sao est indissociable du lac. Ceux-ci ont laissé de nombreux vestiges qui nous apprennent qu’ils vivaient principalement de la pêche, de la chasse, de l’agriculture. Leur riche poterie nous indique aussi qu’ils étaient de grands artistes. Les Sao ont laissé des vestiges archéologiques et objets usuels et des pratiques de pêche, d’agriculture et de chasse qui constituent aujourd’hui le patrimoine de leurs descendants.


[1] LEBEUF (J-P), Carte archéologiques des abords du lac Tchad (Cameroun, Nigeria, Tchad), 1969, Paris, 171P.

Description of the component part(s)

La composante camerounaise du Lac Tchad est composée de valeurs culturelles et naturelles. La pluviométrie annuelle varie de 200 à 400 mm tandis que la température moyenne annuelle varie de 35° C à 40° C. L'humidité relative est faible durant une longue période de l'année. Malgré le type de climat sahélien avec une très courte saison de pluie et une longue saison sèche dans cette zone, les populations riveraines ont su dompter les aléas de la nature pour leur survie.

S’agissant de la valeur culturelle, l’histoire du Lac Tchad est connue, grâce aux écrits des voyageurs arabes, aux travaux archéologiques, ainsi qu’aux traditions orales qui résistent encore à l’épreuve du temps. La partie Camerounaise du Lac Tchad renvoie à l’espace occupé par l’ensemble des personnes appartenant au groupe ethnique connu sous le patronyme Kotoko. Il s’agit des Sao, ancêtres des Kotoko, qui seraient venus du Nord pour fonder des cités protégées par de grandes murailles[1] telles qu’Afadé, Bodo, Goulfey, Kousseri, Makari, Logone-Birni et Woulky.[2] Ces derniers ont bâti une civilisation de terre cuite dans la plaine tchadienne. De nombreux vestiges constitués de jarres, de masques, d’objets usuels et de statues ont été découverts lors des fouilles archéologiques. C’est ainsi que cette civilisation est qualifiée, de «civilisation de la terre cuite»[3]. Quelques-uns de ces objets archéologiques sont conservés dans les hautes institutions culturelles nationales (le Musée National du Cameroun) et internationales (le Musée National du Tchad, le Musée du quai Branly et le Muséum d’Histoire Naturelle de la Rochelle). La transmission se perpétue à travers des festivals et l’intronisation des sultans et leurs notables. Par ailleurs, la proximité avec les cours d’eau, notamment les fleuves Logone, le Chari, l’Elbeid, le Serbewel et le Taf-taf, a permis à cette communauté de développer des techniques de pêche et de conservation de poisson, soutenues par des rituels et croyances toujours vivantes.

S’agissant de la valeur naturelle, le Lac Tchad est une zone humide qui abrite une diversité halieutique très représentative de l’interaction humaine avec son environnement et fait partie du système hydrographique des ‘’Goulbi’’ (rivières temporaires), représentant les grands stades de l’histoire de cette région. Le lac attire également de nombreuses espèces d'oiseaux aquatiques.

La végétation est dominée par les ligneux et les herbacées. Parmi les ligneux on cite : Acacia raddiana, Maerua crassifolia, Balanites aegyptiaca, Leptadenia pyrotechnica, Caparis decidua, Ziziphus mauritiana, Combretum glutinosum, scerocarpa birrea et Acacia spp. Quant à la strate herbacée, elle est dominée par les espèces suivantes : Cymbopogon proximus, Aristida funiculata, Aristida palluda, Panicum laetum, Panicum turgidum, Eragrostis tremula et Shoenefeldia gracilis.

S’agissant de la faune sauvage, le bassin du lac et sa zone périphérique de la composante camerounaise regorgent plusieurs espèces. Parmi les plus importantes on cite l’hippopotame, le crocodile du Nil (Suchus niloticus), le varan du Nil (Varanus niloticus), des tortues (terrestres et aquatiques) et la loutre qui vivent dans le lac.

Le 10 février 2010, la partie camerounaise du Lac Tchad a été classée Site Ramsar sous le N° 1072 avec une superficie de 340 423 ha.


[1] S.J. Triminghan, 1982, (1ère éd. 1962), A History of Islam in West Africa, Oxford / New York, Oxford University Press.

[2] E. Mveng, 1979, « les Sao » manuel d’histoire du Cameroun, Yaoundé, CEPER, p.49

[3] Catalogue de l’Exposition Archéologique « Sao, peuple d’argile » du 15 mai au 15 septembre 2007 à Ndjamena, sous le patronage de l’UNESCO au Musée National du Tchad 

Justification of Outstanding Universal Value

Critère (ii) : De par sa position géographique stratégique aux portes du Sahara, le lac Tchad a toujours été un carrefour de routes commerciales et le lieu d’échanges culturels incessants. C’est aussi un lieu où cohabitent nomades et sédentaires. Aujourd’hui encore, les produits de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche parviennent jusque sur la côte atlantique, au Cameroun et au Nigéria notamment. Cette cuvette oasienne a été aménagée pour fournir de la nourriture à tout son bassin grâce à des formes adaptées d’agriculture, de pêche et d’élevage. Les plaines saisonnièrement inondées ont été aménagées de digues et polders pour le développement de l’agriculture et la production d’algues qui n’auraient pas été possibles dans des zones aussi arides. Les rôniers, palmiers doums et palmiers dattiers fournissent des ressources essentielles à la vie sur le lac. Ces divers échanges ont ainsi façonné le paysage culturel lacustre au fil des siècles, en promouvant des vocations spécifiques complémentaires entre les peuples. Ceux-ci ont développé des pratiques, des modes de production et d’aménagement de l’espace adaptés aux milieux dont leur survie dépend. Le lac a constitué un élément de liaison entre les différentes communautés dont la complémentarité est assurée par la spécialité fonctionnelle de chacune (éleveurs, agriculteurs et pêcheurs notamment).

Critère (iii) : Le lac Tchad est lié à la civilisation Sao qui remonte au 5ème siècle avant notre ère. Cette civilisation, également connue sous le nom de « civilisation de la terre cuite » aujourd’hui disparue, a légué un patrimoine important ancré dans les pratiques culturelles des communautés, notamment chez les Kotoko qui se revendiquent leurs descendants. Les objets, issus des fouilles archéologiques sur des sites Sao, révèlent une continuité avec les pratiques actuelles de pêche et de traitement du poisson notamment. Des poteries, des outils en métal, des accessoires de pêche ou même des embarcations traditionnelles similaires à celles des Sao sont toujours fabriqués de nos jours sur le lac. Les maisons des pêcheurs sur les îles du lac sont directement le fruit de plusieurs siècles d’évolution d’une architecture très élaborée et parfois même richement décorée comme on en trouve encore chez les Kotoko de l’Extrême-Nord-Cameroun.

Critère (vii) : Le site est un lac dans un écosystème désertique, partagé par quatre pays. Il est caractérisé par une succession de dunes de dimensions variables lui conférant une beauté exceptionnelle. De plus, le lac Tchad a pour particularité d’être couvert par une centaine d’îles et d’ilots très spectaculaires au milieu d'un environnement désertique. Caractérisé par une alternance de zones désertiques et végétalisées, le lac Tchad présente une beauté paysagère unique.

Critère (ix) : La zone du lac Tchad présente une grande diversité d’écosystèmes inhabituellement rencontrées dans les régions arides. Cette mosaïque de formations végétales qui alternent les savanes arbustives, les steppes et les zones humides fait du lac Tchad un oasis d’importance pour la biodiversité notamment pour de milliers d’oiseaux sédentaires et migrateurs. L’ichtyofaune y est également riche et variée avec environ 120 espèces de poissons inventoriées. Les processus écologiques et biologiques du lac Tchad suivent un fonctionnement naturel dont l’équilibre reste stable. L’important système hydrographique permet de maintenir de l’eau en toute saison de l’année dans certaines parties du lac Tchad.

Statements of authenticity and/or integrity

Intégrité

Le lac Tchad et ses îles, avec une superficie de 17.000 km², conservent leur morphologie naturelle qui forge ce paysage culturel sur lequel des communautés humaines ont développé des formes de vie ayant assuré leur résilience face à des climats très arides ayant parfois engendré de fortes baisses du niveau de l’eau. En effet, face à ce lieu stérile que représente le Sahara, le lac est la source d’une vie fragile nécessitant une gestion raisonnée des ressources, ce que les populations ont réussi à faire depuis des siècles.

L’usage multiséculaire des îles pour pêcher ou élever du bétail et l’aménagement des méandres de la rive pour cultiver n’affectent pas le paysage dans son intégrité. Ce sont au contraire des activités respectueuses de leur environnement qui répondent à des formes traditionnelles de gestion toujours respectées. Le lac est jusqu’à présent à l’abri d’activités industrielles qui engendreraient des pollutions ou des destructions de son écosystème. Les réalités physiques du terrain limitent son exploitation à des formes artisanales. La pêche industrielle par exemple n’est pas envisageable, les méandres et le peu de fond limitant l’accès aux pirogues seulement, qu’elles soient à pagaie ou à moteur. L’eau, les îles, les maisons, les abris de pêcheurs, leurs pirogues, les digues, les polders cultivés, sont autant d’éléments illustrant l’utilisation traditionnelle du paysage, faisant du lac Tchad un exemple éminent de communauté humaine vivant en harmonie avec la nature.

A l’heure ou l’humanité remodèle la surface du globe par des aménagements démesurés, le lac Tchad est un exemple de respect de l’intégrité. Les ressources prélevées sont infimes car les maisons sont très humbles par leur taille et par les ressources que leur construction demande. Les prélèvements de terre et de matériaux végétaux n’entrainent pas de transformations morphologiques du paysage ni de déforestation généralisée de l’aire géographique. Les formes traditionnelles de gestion des relations sociales et de gestion du lien entre l’humain et la nature existent toujours. Les collectivités locales mises en place par l’administration centrale des quatre pays du lac Tchad s’appuient sur ces mécanismes traditionnels de gestion sans les concurrencer.

Authenticité

Le paysage du lac Tchad dans son ensemble, ses composantes physiques et l’architecture rurale de ses villages témoignent d’un usage sans interruption, ni transformation majeure dans le mode de vie depuis le 5ème siècle. La fragmentation du paysage en îles et îlots sans connectivité garantit le maintien du paysage culturel tel quel, aucun développement urbain majeur n’y est possible. La structure complexe de canaux entre les îles et la mauvaise qualité des pistes reliant le lac aux grands centres urbains du bassin (Maiduguri, N’Djaména par exemple) ont toujours enclavé le lac géographiquement, et par conséquent freiné l’intrusion de matériaux industriels tels que le ciment ou la tôle. La perte des cultures constructives vernaculaires que l’on observe généralement dans le reste de l’Afrique n’affecte pas encore le lac et ses environs, qui continue d’utiliser les techniques et matériaux locaux de construction (terre, bois, fibres diverses). Les maisons frappent par leur humilité et leur uniformité. Les rares matériaux disponibles et la nécessité de se protéger de la chaleur, des vents et des pluies ont imposé des choix logiques de forme et d’orientation que tout le monde répète naturellement. De nombreuses îles présentent des micro-villages de quelques maisons, toutes construites sur le même modèle, dont se dégagent une réelle harmonie entre aménagements de l’homme et éléments de la nature.

Les difficultés auxquelles les populations du lac font face en termes de développement économique ont été un frein à l’importation massive de matériaux de construction et de produits de consommation industriels. Seules les formes traditionnelles durables de construction, d’agriculture de transport et de nourriture leur sont accessibles, ce qui assure la persistance des paysages et l’authenticité des modes de vie qui s’y déroulent depuis des siècles. Cette continuité confère une impression de sérénité et de gestion réfléchie des ressources qui s’oppose à l’anarchie visuelle et sonore des grandes villes du bassin. Certaines activités ayant disparu des villes du fait de leur remplacement par des équipements électriques sont encore en usage autour du lac comme la broderie, le repassage au maillet, l’usage d’instruments de musiques traditionnels ou le broyage de céréales au mortier.

Les formes les plus remarquables d’écarts à l’authenticité sont le transport, avec l’introduction par endroits de bateaux à moteur, plus gros et plus rapides que les pirogues traditionnelles et le port de maillots de footballeurs célèbres chez les jeunes, qui n’ont rien d’authentique. Mais ces éléments sont mineurs au regard du maintien de l’architecture et de l’aménagement du paysage qui restent profondément authentiques.

Les problèmes récurrents de sécurité ont également préservé les rives du lac des développements touristiques anarchiques que l’on a pu observer sur les littoraux de la planète entière. Si l’absence quasi-totale de tourisme est regrettable sur le plan économique, elle a garanti une persistance d’activités plus saines assurant la résilience des populations. Il faut toutefois relever que les tensions liées à la présence actuelle de terroristes entraînent parfois le déplacement de groupes de personnes qui fuient leurs exactions. Mais les habitants reviennent ensuite sur leurs terres.

Il est également important de relever la faible pollution par des déchets plastiques du lac et de ses rives, l’usage de produits industriels emballés étant très limité.

Justification of the selection of the component part(s) in relation to the future nomination as a whole

En plus de partager un écosystème commun, des traditions et pratiques culturelles communes avec les quatre pays transfrontaliers, la composante Camerounaise du Lac Tchad dispose de quelques éléments de différenciation avec les autres pays. Des efforts relatifs à la mise en valeur du patrimoine culturel dans cette zone du pays sont observables sur le terrain, à travers la préservation, la pérennisation, la protection, la gestion et la promotion des richesses culturelles qui s’y trouvent.

A cet effet, l’architecture, les techniques de construction, les savoir-faire de l’art et des danses traditionnelles en sont des témoignages vivants. Les communautés riveraines ont réussi à sauvegarder jusqu’à nos jours les pratiques cultuelles, les cultes de varan et de serpent, les techniques de pêche ; et à protéger les sites et les vestiges archéologiques hérités des Sao, découverts pendant les campagnes de fouilles archéologiques.

L’inscription du lac Tchad sur la Liste du patrimoine mondial permettrait de préserver, de renforcer la protection et de mettre en valeur ces richesses culturelles exceptionnelles.

Comparison with other similar properties

Le paysage culturel du lac Tchad est comparable à d’autres biens tels que : les lacs d’Ounianga, le massif de l’Ennedi, le lac Tanganyika, le réseau des lacs du Kenya dans la vallée du Grand Rift, le Delta de l’Okavango, le paysage culturel du lac de l’ouest de Hangzhou et les Ahwar du sud de l’Irak. Le lac Tchad est caractérisé d’une part, par une beauté exceptionnelle se traduisant par la présence du désert de Tall et une association de dunes de tailles variables et d’autre part, par des processus écologique et biologique dynamiques de ses nombreuses zones humides. Ces valeurs naturelles sont presque identiques à celles du Delta de l’Okavango, des lacs d’Ounianga et du réseau des lacs du Kenya dans la vallée du Grand Rift en Afrique ; mais également comparables à celles du paysage culturel du lac de l’ouest de Hangzhou en Chine et des Ahwar du sud de l’Irak.

En effet, le paysage culturel du lac Tchad partage des caractéristiques communes avec de nombreux autres sites de la planète, en tant que source de vie aux portes d’un vaste désert, ce qui le rend si précieux pour l’homme et pour la biosphère dans son ensemble. Ce qui caractérise ce lac, à part sa taille imposante de 17000 km², ce sont les centaines d’îles et d’îlôts qui constellent sa surface, sur lesquelles s’abritent des villages de pêcheurs et des colonies d’animaux sauvages. Aucun des grands lacs de la planète n’est ainsi couvert d’un si grand nombre d’îles. Aucun lac ne peut présenter un si vaste réseau d’îles sur lesquelles l’homme et la nature cohabitent. Ce labyrinthe de parcelles de terre et de bras d’eau entrelacés rappelle d’autres "paysages refuges", comme ceux des Ahwars d’Irak où l’homme et de nombreuses espèces animales trouvent un abri précieux. Cette morphologie complexe du paysage et les tensions géopolitiques qui malheureusement minent la région ont préservé le lac de changements majeurs qui auraient pu bouleverser l’équilibre social, environnemental et culturel. Les nuisances dont de nombreux lacs de la planète souffrent comme le tourisme ou les activités industrielles polluantes n’existent pas au lac Tchad. Le tourisme y est complètement absent pour des raisons de sécurité et de manque d’infrastructures, et il n’y a pas d’exploitation pétrolière ou autre industrie polluante sur les rives du lac.

De plus, du point de vue de ses valeurs culturelles, le paysage du lac Tchad est une aire de développement de la civilisation Sao dite ‘civilisation de terre cuite’ plus ancienne (13ème siècle avant JC) que celle des Ahwar. De ce fait, il est une aire ancienne d’une civilisation basée sur la terre cuite et l’architecture traditionnelle.

Enfin, la Liste du patrimoine mondial ne comporte actuellement aucun paysage culturel lacustre habité. Le seul lac inscrit comme paysage culturel est le "Paysage culturel du lac de l’ouest de Hangzhou" en Chine. Son inscription, porte sur la beauté picturale d’un lac dont l’esthétique a été améliorée par l’homme pour créer des tableaux qui inspireront de nombreux écrivains, peintres et poètes. Ce paysage culturel chinois est visité comme une œuvre d’art mais pas habité. Cette dimension d’un paysage lacustre décoré avec raffinement par des éléments rapportés n’a rien à voir avec cette proposition d’inscription du "Paysage culturel du lac Tchad", qui souhaite mettre en avant la capacité de l’être humain à développer un mode de vie assurant sa sécurité physique, sa résilience et son harmonie avec l’environnement.