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Le Port d'esclaves de Bimbia et ses sites associés

Date of Submission: 02/02/2018
Criteria: (vi)
Category: Cultural
Submitted by:
Ministère des Arts et de la Culture
State, Province or Region:
Sud-Ouest, Ouest, Nord-Ouest et Littoral, Départements : Fako, Menoua, Mifi, Bamenda, Wouri
Ref.: 6319
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Disclaimer

The Tentative Lists of States Parties are published by the World Heritage Centre at its website and/or in working documents in order to ensure transparency, access to information and to facilitate harmonization of Tentative Lists at regional and thematic levels.

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Property names are listed in the language in which they have been submitted by the State Party

Description

Le bien culturel en série proposé à l’inscription est constitué de l’ancien port d’esclaves de Bimbia et de ses sites associés. Bimbia est un ancien port ayant joué un rôle primordial dans la traite transatlantique au niveau du Golfe de Guinée. Le site est situé au bord de l’Océan Atlantique, à une vingtaine de kilomètres de la ville de Limbé, dans la localité de Bimbia ; village de Dikolo-Bimbia, Arrondissement de Limbé III, dans la localité du Fako, Région du Sud-ouest Cameroun. Le site de l’ancien port des esclaves est lié à une petite ile juste en face et dénommée Nichols Island. Le site regorge de vestige encore matériels de la présence de la traite négrière à Bimbia. Par la visite du site, il se dessine un tracé de l’itinéraire du processus d’embarquement des esclaves.

En effet on retrouve en passant par l’entrée principale actuelle du site, les différents vestiges du lieu où étaient regroupés les esclaves tous sexes confondues, dès leur arrivée sur le site. Et un itinéraire précis, conduira le visiteur vers les vestiges dont les usages anciens et les différentes époques n’ont pas encore identifiés avec précisions par des recherches archéologiques.

La région des Grassfields a aussi alimenté la traite transsaharienne et transatlantique à travers deux principaux itinéraires: L’itinéraire Grassfields – Nord-Cameroun – Maghreb et l’itinéraire Grassfields – Amériques en direct ou via Calabar, Bimbia, Sao Tomé, Fernando po ou Sénégal. Du XVe au XIXe siècle ses localités côtières telles que Campo, Batanga, Kribi, Douala sur les berges du Wouri, l’île de Manoka, la région de Bimbia (avec Bimbia Bonadikombo, Camp Saker, Bota, Nicholls Island…), le Rio Del Rey et un peu plus à l’écart, Calabar, ont constitué des zones d’embarquement de captifs dont les chiffres ont varié de 500 à 7000 par an par endroit, en fonction des périodes et des aléas de la demande, pour un total d’environ 2,5 millions d’esclaves vendus selon J. D. Fage. Les sites associes sont des chefferies des Grassfields, qui correspondent approximativement aux régions actuelles de l'Ouest, du Nord-ouest et du Sud-ouest du Cameroun, ont connu une intense activité de traite. La chefferie Bafut comprend un musée ; actuellement logé dans l’ancienne case royale, dont l’exposition permanente aborde la thématique de l’esclavage. Cette chefferie est localisée dans une zone qui a surtout alimenté les réseaux négriers de Calabar au Nigeria.

 1. Les Tranchées et fortifications de la chefferie Bawock (Nord-Ouest, N5°53’00’’E10°01’00’’)

La région des Grassfields a aussi alimenté la traite transsaharienne et transatlantique à travers deux principaux itinéraires : L’itinéraire Grassfields – Nord Cameroun – Maghreb et l’itinéraire Grassfields – Amériques en direct ou via Calabar, Sao Tomé, Fernando po ou Sénégal.

 2. Les Cases patrimoniales « Arts, traditions et esclavage » et le Marché d’esclaves de Bamendjinda (Ouest, N5°37’00’’E10°18’00.0’')

Le musée se trouve dans la chefferie du village Bamendjida. Le village fait partie des 16 groupements du département des Bamboutos. Lequel se trouve dans la région de l’Ouest Cameroun. Le musée qui fonctionne depuis plusieurs années a été réaménagé en 2010. Il est important de préciser que ce musée présente l’esclavage coutumier dans la région des grassfields. En outre, il appelle l’héritage et la réconciliation. Les objets exposés renseignent que la plupart des esclaves s’achetaient au marché et d’autres s’obtenaient à la suite d’un rite.  Par exemple, « en cas de litige foncier, on possédait au rite de percer la langue. Celui qui ressentait la douleur était considéré comme fautif. D’office, il devenait esclave » raconte Raoul Nzegnou Tanedzeu dans ouvrage « Entraves pour esclaves et pièces de monnaie »

 3. Les Berges du Wouri à Douala (Ouest)

Les négriers qui ont débarqué sur les côtes camerounaises rencontraient en premier les chefs côtiers avec qui ils négociaient. La côte avait surtout servi de lieu d’embarquement des esclaves vers les Amériques soit directement ou via les escales de Fernando po, Sao Tomé ou vers les côtes sénégalaises.

 4. Le Marché d’esclaves de Laapu à Bangou (Littoral, N5°14′ 57″ E10° 23′ 57″)

Il convient de noter qu’il existait également d’autres marchés d'esclaves qui avaient acquis une certaine notoriété. C'est le cas du marché de Sim Tse à Bandjoun, de Kam ‘na à Bayangam ou de Sim Hiala'a à Baham ainsi que. Or, A Bangou, le marché des esclaves portait le nom de Wingpou et se trouvait dans une clairière très retirée du fait de la nécessité de cacher cette activité de plus en plus illicite. Actuellement un monument a été édifié sur le site de cet ancien marché des esclaves, avec l'aide des membres du Peace Corps américain, en mémoire des victimes.

5. Le Marché d’esclaves de Foumban (Ouest)

Il n'existait pas de marché d'esclaves à Foumban, il y avait plutôt des habitations qui tenaient lieu de places de ventes, Shukreu en langue Bamoum, c'est-à-dire « lieu où l'on vend des personnes ». Les esclaves vivaient dans ces lieux de vente et étaient entretenus par les marchands d'esclaves. L’acheteur potentiel d'esclaves pouvait s'y rendre et opérer son choix et repartir en toute discrétion. Les chefs côtiers jouèrent pleinement le rôle d’intermédiaires avec les traitants de différentes nationalités (Portugais, Espagnols, Hollandais, Français, Anglais etc.) et organisèrent des réseaux efficaces d’approvisionnement à travers l’emploi de rabatteurs spécialisés.

 6. Le Port d’embarquement de Bimbia et Nicholls Island (Sud-ouest, N3°57'16.0" E9°14'42.0")

La côte camerounaise présentait une importance stratégique majeure par sa situation géographique à mi-chemin entre deux grands pôles de traite, la côte sénégalaise et la côte angolaise ; elle jouait un rôle de transit et de ravitaillement pour des voyageurs de longues distances ; elle apportait sécurité et discrétion, sur tout l’estuaire du Wouri, pour ces trafics fortement concurrentiels et par la suite attentatoires à la dignité et à la liberté des êtres humains dès lors que l’abolition fut proclamée. Les circuits du trafic et les modalités d'échanges héritées de la période antérieure sont demeurés longtemps en vigueur. Les opérations commerciales étaient menées à partir des principaux points de traite autour desquels se constituèrent des villages vivant des activités annexes de la traite. Malgré le ravalement progressif des pratiques esclavagistes à la clandestinité, les pistes de traite étaient presque les mêmes que celles empruntées habituellement pour le commerce et les réseaux de marchés qui reliaient les différentes chefferies.

Cependant il est urgent que pour les raisons de clarifications des sources, il est important que des études archéologiques soient faites afin de fixer les différentes périodes de la traite négrière qui se sont déroulées sur Bimbia et ses différents sites associés.

Justification of Outstanding Universal Value

De nombreux témoignages renseignent sur la provenance des esclaves achetés dans le port d’embarquement de Bimbia. Une proportion importante de ces esclaves venait des grassfields. Il est important de préciser que chaque village ou chaque chefferie avait ses propres marchés, permanents par leurs sites, périodiques par leur fréquentation hebdomadaire ou bihebdomadaire. Il existait également des marchés occasionnels. Tenus au départ secret et fréquentés uniquement de nuit, parce que cette activité était proscrite, tous ces marchés devinrent peu à peu publics avec la transformation du système et l’implication progressive des chefs et des notables dans ces trafics dont certains s’arrogèrent le monopole. Contrairement aux places de marchés classiques, les marchés des esclaves étaient surtout situés sur les frontières ou les limites des chefferies. Cette situation avait l’avantage d’éloigner le captif autant que possible de son terroir et favorisait les échanges entre trafiquants de différents horizons. Ces marchés régionaux étaient en réseau avec les centres locaux et dans la logique de déportation, ils avaient pour vocation de faire converger les captifs vers les exutoires côtiers. Fontem est le prototype du marché régional, aussi bien dans le ravitaillement des centres négriers sur la côte camerounaise tel que Rio Del Rey ou Calabar en territoire nigérian, que pour alimenter le marché de To Mbou en pays Banounga, sur le rebord méridional du plateau Bamiléké. Ces trafics donnaient lieu à une intense collaboration entre les différents souverains, se partageant ainsi des intérêts communs considérables. Ils pouvaient conduire aussi à de violents conflits, tout autant producteurs de prisonniers et d’esclaves.

Critère (vi) : Le port de Bimbia et les sites associés se révèlent des lieux de déportation importants des esclaves vers les Amériques, et favorisé d’un côté par l’enclavement de Bimbia qui a permis aux embarcations négrières d’accoster et de repartir en toute discrétion, mais aussi du fait de la situation géographique du Cameroun sur les itinéraires de la traite transatlantique. Très peu connu par la communauté internationale, Bimbia et les sites associés se révèlent désormais au monde grâce à l’histoire qui restaure la vérité en faisant de ce sites l’un des sites les plus importants en Afrique parmi les plus connus à avoir été le lieu de départ d’un nombre important de déportés vers des terres inconnues . Ces biens proposés à l’inscription sont ainsi associés directement et matériellement à l’histoire d’une phase significative de la traite négrière transatlantique, dont les vestiges matériels et la tradition orale en sont des témoins indéfectibles.

Statements of authenticity and/or integrity

Bimbia et les sites associés ont su préserver une intégrité et une authenticité certaine qui permettent ainsi de présenter une visibilité de leur état de conservation aux travers des vestiges matériels encore intacts pour la plupart.

Intégrité: Les Populations riveraines autour de Bimbia, en mémoire à l’histoire du site, ont choisi de ne pas s’installer ou de faire des constructions architecturales sur le site, mis à part des aménagements pratiques proposés par la Mairie tels des escaliers et un petit pont qui facilitent l’accès à l’intérieur du site. Les vestiges sont restés intacts et n’ont subi aucun processus de restauration ou de reconstruction. On peut encore apercevoir les restes de chaines et mieux encore le lieu de marquage des esclaves qui est resté parfaitement intact.

Authenticité: Les sites associés quant à eux ont sur préserver une authenticité relatives aux objets liés à la mémoire de la traite négrière. En effet dans les différents Musées qui sont pour la plupart des bâtiments contemporains, l’essentiel des collections et des expositions sont des objets qui permettent de revivre la période douloureuse de l’histoire africaine grâce aux objets usuels de cette époque.

Comparison with other similar properties

L’ancien port d’esclaves de Bimbia est comparable à l’ile Gorée au Sénégal qui est un site chargé d'histoire. Une histoire tragique, celle des esclaves africains qui ont été envoyés dans les colonies américaines pour travailler dans les plantations. Pendant des années, cette île a été l'un des plus grand marché d'esclaves dans le monde. Cependant à la différence de Gorée et de l’ile de Saint Louis qui ont été classés séparément comme des sites ayant eu un lien avec la traite négrière, l’Ancien port d’esclaves de Bimbia aurait une histoire incomplète sans l’existence des sites associés qui permettent une retransmission plus rationnelle de la traite négrière transatlantique dans cette partie du Cameroun. Néanmoins, des chercheurs sénégalais ont établi un itinéraire des sites liés à l’esclavage en Sénégambie[1] ; cet itinéraire fait à partir de recherches prouvant l’existence des sites liés à l’esclavage au Sénégal et en Gambie démontre du fait qu’il n’existe pas de site isolé concerné par l’esclavage, mais un ensemble de lieux ayant de fortes charges historiques liés par un espace central qui se trouvent généralement être le port d’embarquement. C’est la force de cette proposition qui bien que mettant en exergue le rôle phare de l’ancien port des esclaves de Bimbia, fait également ressortir à la lumière de l’histoire, les différents sites associés ; eux aussi ; meurtris par cette sombre période de l’histoire de l’humanité et qui méritent une reconnaissance certaine, un devoir de mémoire.


[1] Pr. Mbaye Gueye ; « Sites liés à l’esclavage en Sénégambie : Pour un tourisme de mémoire » UNESCO, 2005.