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La Partie Camerounaise du Lac Tchad

Date of Submission: 02/02/2018
Criteria: (v)(x)
Category: Mixed
Submitted by:
Ministère des Arts et de la Culture
State, Province or Region:
Extrême-Nord, Département : Logone et Chari
Ref.: 6318
Transboundary
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Disclaimer

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Property names are listed in the language in which they have been submitted by the State Party

Description

Le Lac Tchad est une étendue d’eau douce peu profonde qui s'étend au milieu d'un massif dunaire et localisé entre 4 pays dont, le Cameroun, le Niger, le Nigeria et le Tchad.

Il est admis que sa superficie actuelle est le reste de celui du très grand lac de 350.000 km2 d’étendue pendant la période humide d’il y a près de 21.000 ans. Son étendue, s’est réduite à la suite de plusieurs régressions pour passer à 25.000 km2 en 1964 et à environ 3.000 km2 de nos jours, regroupant plusieurs tribus qui cohabitent et tirent leurs ressources principales de ces eaux. (Kotoko, descendants des Sao, Mouloui, Barma, Boulalan, babalia…).

La présence humaine aux abords du lac Tchad remonte au paléolithique comme un peu partout en Afrique. Le mot Civilisation renvoie à l’ensemble de caractères propres à la vie intellectuelle, artistique, morale et matérielle d’un pays, d’une société. Le terme Sao désigne sensiblement un ensemble de populations d’origines diverses qui ont peuplé les abords du Lac Tchad successivement entre la fin du Ve, du XVIe et du XVIIIe siècle avant J-C[1]. De par leur occupation géographique, on peut dire que les Sao et le Lac Tchad sont indissociables car ils sont installés dans les abords du Lac du côté du Cameroun, du Tchad et du Nigeria et du Niger. Plusieurs études ont été effectuées par des archéologues et historiens sur la civilisation Sao à l’instar de Jean-Paul LEBEUF[2], Jean-Marie ESSOMBA[3], Lange DIERK[4]. Ces études rapportent que les Sao sont un peuple légendaire qui a connu une brillante civilisation tout comme la civilisation égyptienne, la Grèce antique. Ce peuple encore appelé « civilisation de l’argile », vivait en cités closes dans la muraille de terre crue de la base large de 3,4 à 4 mètres et occupaient des buttes en bordure d’eau. Pour certains historiens, l’histoire des Sao remonte à la période antique. Autrefois, ils étaient appelés « Tehenou » ce qui signifie « noirs ». C’est à partir du XIe siècle que les Sao prirent peu à peu de l’ampleur et commencèrent à s’installer sur tout le bassin du lac Tchad. A ce moment, ils commencèrent à construire des cités multifonctionnelles sur des buttes de terres artificielles. A la suite des guerres et rivalités avec les Kanembus, peuple voisin au XV, les Sao Ngafata, Tatala (ethnies du groupement Sao) perdirent et allèrent se refugiés dans les îles méridionales du Tchad pour les Sao Tatala. Les Sao sont emmenés comme des esclaves par les Kanembus, leurs villes sont également détruites. Ces commentaires scientifiques démontrent la disparition des Sao en tant que peuple et civilisation. La civilisation Sao se décrit comme l’une des plus grandes civilisations d’Afrique dont les études scientifiques ont démontrées leur existence aux abords du lac Tchad. C’est un peuple dont l’histoire tourne autour de plusieurs légendes et mythes. Néanmoins, il a été prouvé que c’est un peuple aux hommes de grandes tailles et de peau noire, vivants principalement la pêche, la chasse, l’agriculture. Ils sont aussi connus comme de grands artistes.

Il est à relever que le climat de cette zone est de type sahélien avec une très courte saison de pluie et une longue saison sèche. La pluviométrie annuelle varie de 200 à 400 mm tandis que la température moyenne annuelle varie de 35° C à 40° C. L'humidité relative est faible durant une longue période de l'année.

Le lac actuel comporte deux bassins hydrographiques, l’un au nord et l’autre au sud. À l’est, il reçoit le Chari et le Logone et à l’ouest le Komadougou. Le Bahr el Gazal venu du nord ne lui apporte que très peu d’eau.

L’altitude est très douce, du nord au sud on trouve sur les regs à gravillons, les plateaux sableux, et les massifs dunaires. Une variation du niveau d’eau du lac de quelques centimètres entraîne une inondation de la végétation sur des surfaces considérables.

La végétation est dominée par les ligneux et les herbacées. Parmi les ligneux on cite : Acacia raddiana, Maerua crassifolia, Balanites aegyptiaca, Leptadenia pyrotechnica, Caparis decidua, Ziziphus mauritiana, Combretum glutinosum, scerocarpa birreaet Acacia spp.

Quant à la strate herbacées, elle est dominée par les espèces suivantes : Cymbopogon proximus, Aristida funiculata, Aristida palluda, Panicum laetum, Panicum turgidum, Eragrostis tremula et Shoenefeldia gracilis.

S’agissant de la faune sauvage, le bassin du lac et sa zone périphérique regorgent plusieurs espèces. Parmi les plus importantes on cite l’hippopotame, le caïman, la loutre qui vivent dans le lac et plusieurs espèces d’ongulés telles que gazella dama, Addax nomaculatus, gazella dorcas, Gazella leptocène et le mouflon à machette qui vivent dans les environs.

L’avifaune est estimée à plus de 350 espèces d’oiseaux avec des centaines de milliers d’oiseaux migrateurs qui séjournent dans la zone. Le lac est également très poissonneux.

La population de la région du Lac Tchad est estimée à près de 30.000.000 d’habitants avec pour principales activités économiques la pèche, l’élevage, l’agriculture et le commerce.

Les rives du lac sont devenues un véritable potager pour N’Djamena (fruits, légumes, riz, maïs, etc.). L'agriculture de décrue fait vivre environ 40.000 Tchadiens.


[1] LEBEUF (J-P), Carte archéologiques des abords du Lac Tchad (Cameroun, Nigeria, Tchad), 1969, Paris, 171P.

[2] LEBEUF (J-P),op.cit, Paris, p9.

[3] Essomba (J-M), Bibliographie critique de l’archéologie camerounaise, Yaounde, Librairie universitaire, 1986.

[4] Lange DIERK. A, sudanic chronicle : the Borno expedition of Idris Alauma ( 1564-1576), according to the account of Ahmad B. Furtû, Wlesbaden, Franz Stelner.

Justification of Outstanding Universal Value

  • Savoir-faire architectural unique, exploitation des matériaux locaux (argile et Gley) et atouts thermiques ;
  • Ancien site occupé par les Sao, bâtisseurs de la civilisation de terre cuite. Il s’agit d’un héritage culturel entretenu par les Kotoko, leurs descendants ;
  • Architecture militaire constituée par la tour, la grande muraille et le grand portail qui ont permis à ces peuples de résister aux conquêtes et invasions ;
  • Evolution biologique: Le Lac Tchad a subi l’effet de changements climatiques drastiques. Les sècheresses des années 1972-1973 et 1982-1984 ont fortement contribué à la diminution de sa superficie ;
  • Beauté naturelle exceptionnelle : Structure dunaire très caractéristique des zones sahéliennes avec parfois une végétation éparse ;
  • Habitat de nombreuses espèces rares et menacées de disparition (caïman, hippopotame, loutre, oiseaux…). C’est le 4ème plan d’eau en termes de superficie de l’Afrique ;
  • Vaste étendue d’eau continentale, zone de forte concentration et principale source d’activités humaines ;
  • Zone limitrophe de 4 pays africains : Cameroun, Niger, Nigeria et Tchad.

Le Lac Tchad satisfait aux critères V, et X en raison des valeurs culturelles, historiques, des phénomènes naturels exceptionnels et des espèces menacées et endémiques ainsi que de la population qui vit de ses ressources.

Critère (v) :
La région du lac est habitée depuis des milliers d’années. Elle a été le foyer de la civilisation Sao encore appelée « Civilisation de la terre cuite ». Ce peuple détient des techniques architecturales originales et exceptionnelles propres à ses pratiques culturelles. Les buttes de terres qui sont à proximité du lac sont utilisées dans la fabrication d’objets d’art. Les principales activités humaines sont : la pêche (70% de la population), l’agriculture, l’élevage et le commerce. Ces activités sont pratiquées grâce à l’existence du lac.

Critère (x) : En termes de superficie, le lac Tchad constitue le quatrième plan d’eau en Afrique que partage quatre pays à savoir, le Cameroun, le Tchad, Le Nigeria et le Niger. Le climat, la végétation éparse, les structures dunaires, le paysage naturel sont caractéristiques de cette zone sahélienne. Ce site subit des dégradations du au changement climatique, à la sécheresse accrue ce qui participent à la disparition des espèces animales et végétales et à la diminution de la superficie du lac.

Statements of authenticity and/or integrity

Malgré la diminution de sa superficie avec le temps, le Lac Tchad garde des limites qui lui permettent encore de procurer un habitat viable aux animaux et plantes qu’il abrite et aux nombreuses populations qui utilisent ses ressources. Toutefois, de nombreuses menaces subsistent et menacent son intégrité. Il s’agit en l’occurrence des changements climatiques qui se traduisent par une faible pluviométrie, l’évapotranspiration due aux fortes températures (qui entraîne la diminution du lac) et la succession des périodes de très fortes sécheresses. A ces phénomènes naturels il faut ajouter les forts vents émanant de la déforestation, la surexploitation des ressources halieutiques, le braconnage et la dégradation de l’environnement dérivant des activités humaines habitant les environs du lac. Afin de reverser la tendance, il est urgent que les pays membres et la communauté internationale appuient sans relâche les activités de la Commission du Bassin du Lac Tchad en vue de permettre une meilleure conservation des sites culturels autour de ce dernier.

Comparison with other similar properties

Le Lac Tchad est le deuxième lac africain le plus riche en termes de biodiversité. C’est le plus grand lac de l’Afrique francophone. Toutefois, sa superficie d’environ 3.000 km2 est de loin très inférieure à celle du Lac Victoria (68.000 km2) partagé par 3 pays : Tanzanie, Ouganda, et Kenya. Contrairement à ce dernier, la diversité en espèces de poissons du Lac Tchad n’a pas connu une véritable perturbation. En effet, il est reconnu que le poisson carnivore, Perche du Nil introduit dans le Lac Victoria a systématiquement réduit sa biodiversité. En dépit de sa superficie qui diminue avec le temps, le Lac Tchad reste le quatrième plan d’eau d’Afrique par sa superficie après les lacs Victoria, Tanganyika et Nyassa.