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Sites marquants de la Route de l’Esclave au Bénin

Date of Submission: 24/02/2021
Criteria: (iv)(vi)
Category: Cultural
Submitted by:
Ministère du tourisme, de la culture et des arts
State, Province or Region:
Les départements du Zou, des Collines, du Plateau, de l’Atlantique
Ref.: 6512
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Disclaimer

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Property names are listed in the language in which they have been submitted by the State Party

Description

Département

Communes

Site

Latitude

Longitude

Zou

Abomey

Place Singbodji

7°11'09.5" N

1°59'39.1"E

 

Collines

Savè

Oké Shabè (mamelle de Savè) Coordonnées de Fiditi

08°02’09"N

 

02°30’19"E

 

Dassa-zounmè

Yaka (collines sacrées de Dassa), Coordonnées du parlement  

07°46’37"N

 

02°11’19"E

 

Plateau

Kétou

Akaba idénan (porte de Kétou)

07°21’48"N

 

02°36’06"E

 

 

Atlantique

 

Ouidah

Place aux enchères (place Chacha)

06°21'23"N

 

02°05'06"E

Fort portugais

06°21'24"N

02°05'28"E

Sites du village  de Zoungbodji

06°20'14"N

02°05'20"E

Embarcadère de djègbadji (porte de non retour)

06°19'17"N

 

02°05'30"E

Le bien en série « Sites marquants de la Route de l’Esclave au Bénin » est réparti dans quatre communes situées dans les Départements du Zou (Abomey), des Collines (Savè, Dassa-Zoumè), du Plateau (Kétou), et de l’Atlantique (Ouidah). Il constitue un itinéraire culturel historique fort significatif pour la République du Bénin, pour les pays environnants et pour la Diaspora historique des Afro-descendants.

Historiquement, le site s’inscrit dans la période couvrant le règne du Roi Agadja à celui du roi Guézo, soit environ deux cent (200) ans de pratique esclavagiste. Géographiquement, il s’insère au cœur de cette portion du Golfe de Guinée, jadis appelée la Côte des esclaves, reconnue pour être l’une des sources les plus importantes de la traite. Cet ensemble unique témoigne des divers modes d’aménagement du territoire associés à la traite négrière. A ce titre, elle inclut non seulement des sites défensifs, mais aussi des lieux associés au triage, au « commerce », aux rituels et un embarcadère. Cette histoire se lit à travers de nombreux vestiges tant physiques qu’intangibles.

Justification of Outstanding Universal Value

La traite négrière transatlantique a été sans aucun doute, un facteur essentiel dans l’histoire du Danxomè. Elle a fortement influencé la partie méridionale de l’actuelle République du Bénin à laquelle son histoire est généralement associée. La Route de l’Esclave au Bénin, itinéraire de mémoire représenté par un ensemble composite et exceptionnel de sites mais aussi d’entités architecturales et paysagères, permet d’évaluer le degré d’impact de ce commerce sur le Bénin d’aujourd’hui, héritier du Danxomè et du Dahomey colonial. Les différents sites et monuments retenus constituent des vestiges matériels avec une charge immatérielle considérable et indéniable. La Route de l’Esclave est un témoignage vivant et intègre de la traite négrière transatlantique dont les effets relativement tragiques, demeurent gravés dans la mémoire collective béninoise, africaine et, par-delà le continent, de l’humanité.

Les « Sites marquants de la Route de l’Esclave au Bénin » sont une série de lieux culturels qui sont situés dans la partie centrale et la partie méridionale du pays. Ils se retrouvent précisément dans les départements du Zou, des Collines, du Plateau et de l’Atlantique. C’est essentiellement un parcours, aujourd’hui, historique, mais que jadis les caravanes d’esclaves empruntaient pour atteindre la côte où ils sont embarqués sur des navires négriers. L’ensemble de ces sites forme un tout cohérent qui dessine un trajet le long duquel chaque site représente un endroit qui, à l’époque, donnait lieu à des rituels et à des faits dont la spécificité forge le statut, la particularité et le caractère exceptionnel du site proposé.

Critère (iv) : Les « Sites marquants de la Route de l’Esclave au Bénin » sont une série de biens constituant dans leur ensemble un exemple éminent illustrant les interactions entre les peuples associés à l’apogée de la traite transatlantique (18ème siècle), au niveau de la Côte des esclaves dans le Golfe du Bénin vers les Caraïbe. Le bien inclut non seulement des sites défensifs, mais aussi des lieux associés au « commerce » et illustrant l’ensemble du processus (capture, entreposage, triage, marchandisation, rituels et embarquement des esclaves, etc..).

Les sites marquants de la Route de l’Esclave au Bénin constituent un exemple éminent de type de construction et d’ensemble architectural illustrant une période significative de l’histoire humaine à savoir l’apogée de la traite transatlantique au niveau du Golfe du Bénin.

L’aménagement réalisé par la résistance sur Oké Shabe en témoigne par le Fiditi, les lieux de cachette, les murailles et le guet construits avec des pierres recensées sur la colline par les autochtones pour fuir les razzias. Il en est de même pour le site de Yaka à Dassa-Zoumè qui a été également aménagé par les populations locales entre le XVIIe et le XIXe siècles comme lieu de refuge et de résistance. Le site de Yaka est situé sur les collines de Dassa-Zoumè et, en raison de ses lieux de cachette (la grotte du roi et de la reine), de ses remparts végétaux et de son temple érigé pour le dieu Ogu Lagba, il témoigne d’un type de construction éminent. Le site de Kétou, Akaba Idenan, est tout aussi illustratif de la Route de l’Esclave à travers la place de rachat par le Roi, la porte d’entrée, véritable symbole de résistance, les fossés et la place Kouhoudou. La place Singbodji à Abomey a constitué, dans l’itinéraire de la Route de l’Esclave, un lieu de tri d’esclaves par le roi avant leur acheminement vers Ouidah. Le site de l’actuelle Ouidah a constitué de par sa position géographique, le principal centre de commerce et d’embarquement d’esclaves. Les lieux, tels que la place aux enchères, les sites du village de Zoungbodji et les constructions comme le Fort portugais avec en son sein les entrepôts d’esclaves construit en 1721 par Joseph Torres et restauré de 1988 à 1990 par la Fondation Calouste Gulbenkian, sont autant de constructions qui illustrent cette période de notre histoire.

Critère (vi) : Les « Sites marquants de la Route de l’Esclave du Bénin » sont associés à des idées prônant l’asservissement de l’homme par l’homme. Cette pratique se retrouve dans des civilisations anciennes, mais aussi de nos jours. Elle trouve une expression remarquable dans le site proposé pour inscription du fait que sur ces lieux, la traite a été particulièrement sophistiquée durant le royaume du Dahomey entre Agadja et Guezo et que les peuplements qui l’ont vécue (acteurs ou victimes), avaient des traditions culturelles particulièrement fortes résultant en de nombreux témoins physiques et immatériels très spécifiques de cette traite. Le royaume du Danxomè, actuelle République du Bénin, est directement et matériellement associé à la traite négrière, phénomène tragique qui a marqué l’histoire de l’humanité entre le XVIIe et le XIXe siècles. Elle a impacté tant socialement que culturellement et politiquement le continent africain, mais aussi celui européen et américain. L’abolition de cette traite en 1794 par Victor Schoelcher et l’avènement de la colonisation ont conduit à l’adoption de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en 1890. Toutes ces périodes hautement significatives de l’histoire de l’humanité ont en outre constitué une introduction incontournable à l’histoire du Bénin contemporain dont les populations ont été, à des degrés divers, affectées par ces siècles de trafic humain. On comprend dans ces conditions l’importance du patrimoine culturel lié à un tel passé.

Statements of authenticity and/or integrity

La notion d’intégrité renvoie à l’idée de totalité d’un bien et ne peut s’apprécier que de façon qualitative ou quantitative et ce, à partir d’un état originel. Or, dans le cas d’une série de sites comme les « Sites marquants de la Route de l’Esclave du Bénin », il est clair que ceux-ci sont de nature différente et ont connu des fortunes diverses au cours du temps. Néanmoins, l’ensemble du bien constitue un tout cohérent et complet permettant à celui-ci d’exprimer pleinement son caractère exceptionnel.

Hormis cela, les « Sites marquants de la route de l’esclave au Bénin » possèdent toujours tous leurs éléments structurants, ce qui leur permet de toujours bien exprimer éventuellement une valeur universelle exceptionnelle. Même la zone historique de la ville de Ouidah (Zoungbodji, Fort portugais…) possède toujours son tissu tout particulier et ce, sur près de 95% de son aire (périmètre classé). Les éléments bâtis spécifiques de la place Singbodji des palais royaux d’Abomey, la porte Akaba Idéna de Kétou sont toujours bien présents et vivants et gardent leur entière signification pour les populations locales.

De plus, les différents sites bénéficient à la fois d’une protection juridique et réglementaire ; les éléments qui composent les « Sites marquants de la Route de l’Esclave du Bénin » figurent à l’inventaire national du patrimoine culturel ; mais il existe aussi une protection traditionnelle assurée par l’action des communautés locales ou de personnes en charge de fonctions spirituelles ou cultuelles encore vivaces sur la majorité des sites. Pour la plupart des sites, la pression de la population sur le foncier n’ont pas conduit à une érosion significative des domaines d’implantation. Les textes juridiques attendus du parlement achèveront d’assurer ces biens.

Comparison with other similar properties

Les routes de déportation d’esclaves ont existé globalement sur tout le continent, y compris à travers le Sahara avec les caravanes entre l’Afrique et le monde arabe, et à l’est avec les nombreuses routes entre le continent et les îles de l’océan indien (Zanzibar, Réunion, Comores, Seychelles et Madagascar) qui ont plus ou moins affecté tous les pays d’Afrique. Le site « Sites marquants de la Route de l’Esclave au Bénin » est un itinéraire emprunté par les esclaves, notamment celui tracé par le Royaume du Danxomè qui a fait du commerce d’esclaves, sa principale activité génératrice de revenus, source essentielle d’accroissement de son autorité sur le territoire actuel du Bénin, du règne d’Agadja (1708-1732) à Ghézo (1818-1898), soit près de 200 ans. Mais la particularité des « Sites marquants de la Route de l’Esclave au Bénin » est non seulement qu’elle est une route de déportation des esclaves, mais qu’elle comporte aussi une série de sites historiques, archéologiques et culturels dépendants les uns des autres. Ces sites sont dispersés sur tout le territoire, dans les Départements du Zou, des Collines, de l’Atlantique et du Plateau. Ce sont des sites hiérarchisés en fonction du rôle joué par chacun d’eux qui en fait un ensemble cohérent, un itinéraire qui va du lieu de refuge, au port d’embarquement en passant par des zones de collectes, des zones d’entreposage, des marchés ou lieux de vente et des lieux cultuels. Notons qu’à cette spécificité des sites marquants de la Route de l’Esclave au Bénin, s’ajoute une dimension intangible liée à l’aspect religieux dont les manifestations socioculturelles sont encore vivantes aujourd’hui au Bénin, au Brésil et dans les Caraïbes à travers la pratique des cultes vodoun.

Le continent tout entier est constellé de sites liés aux différentes formes de trafic d’esclaves dont la plupart portent encore des traces tangibles. L’île de Gorée inscrite sur la Liste du patrimoine mondial a été un entrepôt constitué de plus d’une dizaine d’esclaveries. Parmi les éléments tangibles qui témoignent de sa valeur universelle, on retrouve notamment le Castel, plateau rocheux recouvert de fortifications qui domine l’île ; le Relais de l’Espadon, ancienne résidence du gouverneur français. Quant à Cidade Vehla, elle a été fondée en 1587 pour servir d'escale maritime et s’est développée jusqu'au XVIIe siècle comme carrefour de la traite négrière. Ses entrepôts d'esclaves fermèrent en 1645. Des vestiges qui étaient utilisés par les esclavagistes sont encore visibles dans la ville de Praia au Cap Vert. Bimbia et sites associés au Cameroun était un lieu de transit important pour l’embarquement des esclaves ; il faisait partie d’un réseau d’échanges avec les ports de la côte (Douala, Rio del Rey) et les marchés à l’intérieur du continent.

A ce titre, les « Sites marquants de la Route de l’Esclave du Bénin » est difficilement comparable à d’autres biens illustrant la traite. Il est une route, un itinéraire plus complet que d’autres biens similaires.