1.         Villes anciennes de Djenné (Mali) (C 116rev)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1988

Critères  (iii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/116/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1981-2007)
Montant total approuvé : 37 977 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/116/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

2002 ; 2005: Missions du Centre du patrimoine mondial; 2006: Mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / ICOMOS / ICCROM 

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Absence de plan de gestion et de conservation ;

b) Pression du développement urbain ;

c) Délabrement des maisons d’habitations ;

d) Problème de gestion des déchets ;

e) Empiètement sur les sites archéologiques.

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/116/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2008

Le 27 février 2008, l’Etat partie a soumis son rapport sur l’état de conservation du bien du patrimoine mondial. Ce rapport fait le point sur les mutations observées au niveau du bâti et du non-bâti, les problèmes d’assainissement, l’état des sites archéologiques, et l’état d’avancement de l’élaboration du plan de gestion.

a) Mutations au niveau du bâti

Des mutations importantes continuent d’être opérées sur le bâti de la ville de Djenné. Plusieurs maisons ne sont plus entretenues et tombent en ruine, créant des espaces abandonnés qui deviennent des dépotoirs. Ces ruines pourraient à terme poser des problèmes structurels aux maisons avoisinantes du fait de la stagnation des eaux qui cause le plus souvent le putréfaction des murs mitoyens. L’abandon des maisons est dû à la paupérisation de la population locale, au manque d’activités génératrices de revenus - ce qui entraîne l’exode – aux problèmes d’indivision provoquant des tensions voire des conflits réguliers. On note une intensification de nouvelles constructions le long des berges ainsi que la réalisation de bâtiments publiques dans le centre de la ville. Les outils permettant l’attribution des autorisations de construire ne sont toujours pas mis en place, et la mission culturelle de Djenné n’a pas les moyens de contrôle alternatifs pour limiter la densification actuellement observée. La ville est aussi sujette à de mauvaises réhabilitations. En effet, les propriétaires, afin d’adapter leurs maisons à de nouveaux besoins, modifient le plan original au point que les alignements sur rue disparaissent, les façades se simplifient et perdent leurs caractéristiques architecturales. D’après un recensement effectué par l’association Djenné patrimoine en février 2008, 154 façades sont aujourd’hui revêtues, en partie ou en totalité, de ciment ou de briques cuites, et ce phénomène pourrait s’intensifier si des dispositions ne sont pas prises. L’Etat partie est conscient que l’ensemble de ces modifications non maîtrisées pourrait compromettre la cohérence de la ville bâtie en terre. Il envisage de revoir la législation en vigueur et de définir le cadre d’une collaboration étroite entre la Mission Culturelle et la Mairie, pour la délivrance des permis de construire et le contrôle des travaux. Il envisage également de poursuivre la sensibilisation des populations sur le statut de patrimoine mondial de la ville.

Le rapport signale en outre qu’un Schéma Directeur d’Urbanisme (SDU) pour la période 2006-2025, proposant une réponse au développement urbain est en cours d’élaboration. Mais il a déjà été identifié dans la version actuelle du SDU, un certain nombre d’orientations, qui pourraient être préjudiciables pour le bien s’ils étaient appliqués. Il s’agit entre autres de :

- la densification intense de la vieille ville qui pourrait intensifier les transformations morphologiques des habitats et complexifier les questions d’assainissement, et aller à l’encontre des règlements en vigueur ;

- la construction de bâtiments administratifs sur le site archéologique de Tonomba qui pourrait affecter sa valeur universelle exceptionnelle ;

- la construction d’une rocade qui traverserait le site archéologique d’Hambarketelo, et modifierait la morphologie actuelle des zones inondables et créerait une usure importante des berges.

 

b) Problèmes d’assainissement

Les 750 bornes fontaines qui ont été placées dans la vieille ville ont entraîné la stagnation des eaux autour de celles-ci. Cette accumulation d’eau, accentuée par une mauvaise gestion des déchets, a provoqué une situation d’insalubrité préjudiciable à la santé de la population, à l’architecture de terre et au tourisme culturel. Il n’existe toujours pas de réponse satisfaisante à ce problème. Le rapport reconnaît également que la multiplicité de différentes solutions d’évacuation des eaux complique singulièrement la gestion de l’assainissement dans la ville. Néanmoins, de tous les systèmes d’évacuation, celui qui semble à ce jour être le plus adapté et le mieux accepté par la population est celui testé en 2000 avec l’appui du gouvernement néerlandais. En ce qui concerne les eaux usées, le système d’égouts à ciel ouverts proposé par la Banque mondiale en 2005, n’a pas été retenu du fait de l’étroitesse et l’irrégularité des ruelles. Enfin, le rapport signale que de considérables efforts ont été consentis par les autorités municipales. Même s’il n’existe pas encore de poubelles publiques et que les espaces libérés par l’effondrement des maisons servent de dépotoirs, la mise en place de structures associatives chargées de la collecte des déchets laisse augurer une amélioration de l’état de salubrité de la ville. Quant aux excrétas, un groupement d’intérêt économique a été chargé par la Mairie de vider hebdomadairement les contenants de toutes maisons. Celles-ci sont enterrées soit dans une fosse à côté des maisons, soit déversées sur les berges. L’Etat partie reconnaît que cette pratique traditionnelle, devrait être reconsidérée, tant celle-ci pourrait affecter la santé des populations, les cultures et la pisciculture. Le rapport signale tout de même que les solutions proposées dans le plan stratégique d’assainissement de Djenné en 2003, pourraient être la clé du problème. Ce plan propose :

- des réseaux de collecteurs des aux pluviales à ciel ouvert en maçonnerie pour les grandes rues, en pavées pour les ruelles étroites ;

- la création de latrines pour les habitations et de bassins d’épuration des eaux usées sur les berges du fleuve le Bani ;

- la collecte des déchets solides domestiques et leur évacuation vers des sites temporaires aux abords de la ville, puis vers une décharge finale.

 

c) Etat de conservation des sites archéologiques

Le rapport signale la construction d’un bâtiment public sur le site archéologique de Tonomba. Il est également fait mention des problèmes d’érosion naturelle qui créent de profonds ravins en saison de pluie et qui de ce fait menacent l’intégrité des sites archéologiques, et plus particulièrement le site de Djene-Djéno. Afin de limiter les effets néfastes observés par la mission conjointe Centre du patrimoine mondial / ICOMOS de 2006, des cordons pierreux et une ceinture verte ont commencé à être constitués à Djene-Djéno. La Mission Culturelle essaie également de stopper l’utilisation du site archéologique de Kaniana comme dépotoir par les populations, et d’empêcher, par des opérations radio de sensibilisation, les actes de pillages qui avaient été également observés par la mission conjointe.

 

d) Elaboration du plan de gestion et de conservation

Avec l’appui financier du Fonds du patrimoine mondial, les activités d’élaboration du plan de gestion et de conservation sont en cours. Plusieurs réunions sectorielles ont été organisées avec le Comité du patrimoine mondial. Une réunion publique avec l’ensemble de la population a été organisée le 29 novembre 2007. Ces rencontres ont permis d’identifier les préoccupations prioritaires des parties prenantes et d’esquisser des premières activités pour un plan d’action. L’assainissement, la rareté du bois et des sons de riz, le délabrement des maisons, le manque de connaissances techniques pour l’incorporation des sanitaires dans les maisons, l’absence d’activités économiques et touristiques sont parmi les problèmes évoqués. Dans le cadre de l’élaboration, un travail de cartographie géo-référencée du bien du patrimoine mondial est en cours. Cette cartographie permettra de préciser les limites du bien, déterminer la zone tampon, et proposer à la Mairie un règlement d’urbanisme et de construction.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives estiment que le rapport détaillé fourni par l'Etat partie permet une appréciation juste des difficultés socio-économiques du site, de l'absence de progrès réels dans la résorption des graves problèmes de gestion des déchets, de l'absence de restauration des maisons, et de l’apparition de nouveaux bâtiments dans les zones archéologiques du bien du patrimoine mondial.

L’élaboration du plan de conservation et de gestion, notamment la réalisation d’une cartographie précise, en vue d’un règlement d’urbanisme et de construction applicable au bien, permettront de faire des avancées significatives en vue de la résorption des difficultés actuelles.

Néanmoins, il est également urgent de modifier les orientations du SDU qui ont un impact sur la valeur universelle du bien. Dans sa décision 30 COM 7B.38, le Comité du patrimoine mondial avait encouragé l’Etat partie à définir un projet visant à identifier et promouvoir les bonnes pratiques de réhabilitation des maisons afin d’adapter l’architecture de terre locale au nouveau besoin d’utilisation des espaces de vie. Ce projet pilote devrait être mené dans le cadre des activités de la phase II du programme du patrimoine mondial pour l’architecture de terre prévues en Afrique, afin de favoriser des utilisations durables pour des bâtiments traditionnels. Ce programme pourrait également de réfléchir sur les possibilités d'utiliser des bâtiments traditionnels comme logements pour des touristes dont le nombre est en augmentation.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 32 COM 7B.50

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-08/32.COM/7B,

2. Rappelant la décision 31 COM 7B.51, adoptée à sa 31e session (Christchurch, 2007),

3. Note avec satisfaction que la préparation du plan de gestion et de conservation a débuté avec l'implication d'une large composante de parties prenantes, et encourage l'État partie à finaliser ce travail le plus rapidement possible ;

4. Réitère sa préoccupation que peu de solutions satisfaisantes face aux mutations opérées sur le bâti, aux problèmes d'assainissement, et aux problèmes rencontrés par les sites archéologiques, aient été trouvées ;

5. Demande au Centre du patrimoine mondial, dans le cadre du programme du patrimoine mondial pour l'architecture de terre, d'initier un projet pilote de conservation dans les Vieilles villes de Djenné ;

6. Fait appel à la communauté internationale des bailleurs de fonds et des spécialistes en conservation à fournir une assistance technique et/ou financière en vue de la mise en oeuvre d'un projet pilote de conservation de l'architecture de terre à Djenné, dans le cadre de la phase II du programme du patrimoine mondial pour l'architecture de terre ;

7. Demande également à l'État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2010, un rapport sur l'état de conservation du bien et sur les progrès accomplis en matière d'atténuation des mutations opérées sur le bâti, des problèmes d'assainissement, et des problèmes rencontrés par les sites archéologiques, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 34e session en 2010.