1.         Parc national du Simien (Éthiopie) (N 9)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1978

Critères  (vii)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril    1996-présent

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril

Adopté, voir page https://whc.unesco.org/fr/decisions/4085

Mesures correctives identifiées

Adoptées, voir pages https://whc.unesco.org/fr/decisions/1057 et https://whc.unesco.org/fr/decisions/4085

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/9/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1978-2008)
Montant total approuvé : 293 171 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/9/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

2001, 2006 et 2010 : missions de suivi réactif conjointes Centre du patrimoine mondial / UICN

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) populations déclinantes de loups et bouquetins d'Abyssinie (Walia ibex) ainsi que d'autres espèces de grands mammifères ;

b) accroissement de la population humaine et des têtes de bétail dans le parc ;

c) empiètement des terres agricoles ;

d) construction d’une route.

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/9/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2012

En janvier 2012 l’État partie a soumis un rapport complet sur l’état de conservation du bien, abordant les mesures correctives adoptées par le Comité à sa 30e session (Vilnius, 2006). Il se concentre essentiellement sur les trois mesures qui n’avaient pas été réalisées au moment de la mission conjointe de suivi réactif UNESCO/UICN d’octobre 2009, et réexamine les progrès réalisés dans d’autres domaines.

Concernant les trois mesures correctives en suspens, l’État partie rapporte les développements suivants :

a) Améliorer la démarcation sur le terrain de l’extension envisagée du bien et finaliser sa publication officielle dans la législation nationale

L’État partie note que la publication officielle des nouvelles limites du bien a été retardée et ce, malgré la réussite de leur redéfinition avec la participation des populations locales. L’État partie signale que la publication officielle a pris du retard par crainte que celle-ci n’entraîne l’obligation de soumettre une nouvelle proposition d’inscription. Il déclare que la publication officielle des nouvelles limites sera bientôt achevée, à condition qu’il ne soit pas demandé de nouvelle proposition d’inscription.

Ainsi qu’il est indiqué dans des rapports précédents, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN saluent les progrès réalisés dans la définition des nouvelles limites mais observent que leur publication officielle a été bloquée en raison d’un malentendu sur le processus de redéfinition des limites du bien du patrimoine mondial. Ils notent que le rapport de l’État partie ne fournit pas d’information sur les améliorations recommandées concernant la démarcation sur le terrain et le géo-référencement de l’extension proposée. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN soulignent que la publication officielle de l’extension dans la législation nationale est nécessaire pour offrir une protection légale adéquate au parc national et devrait être réalisée sans tenir compte des processus du patrimoine mondial. Ils précisent qu’une fois la publication officielle achevée dans la loi nationale, l’État partie devrait envisager de soumettre une proposition de modification de limites du bien du patrimoine mondial. Étant donné la superficie concernée, la modification de limites doit être considérée comme une modification importante, conformément au paragraphe 165 des Orientations. Même si cela signifie que la documentation qui doit être soumise est basée sur les exigences d’un dossier de proposition, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN souhaiteraient préciser que cela ne remet pas en question le statut de patrimoine mondial de la zone. Ils notent aussi qu’à moins que les nouvelles délimitations du parc coïncident avec le bien du patrimoine mondial, des parties importantes de l’aire de répartition du loup d’Abyssinie et de Walia ibex seraient exclues de l’inscription du bien sous le critère (x). Ils encouragent l’État partie à clarifier les exigences concernant les modifications des délimitations avec le Centre du patrimoine mondial. L’UICN note qu’il est prêt à fournir des conseils techniques et à aider l’État partie à identifier un conseiller compétent.

b) Revoir la stratégie de la réduction de la pression du pacage, identifier des éléments pour sa mise en œuvre immédiate dans le cadre de projets et de programmes existants et chercher des soutiens supplémentaires pour la mise en œuvre d’autres actions prioritaires.

Le rapport de l’État partie note que la stratégie de pacage qui a été développée prévoit l’établissement d’un programme de zonage, avec différents niveaux d’accès restreint pour le pacage (zone principale, zone d’utilisation limitée, zone d’utilisation multiple). Toutefois, il note que pour mettre en œuvre les objectifs de la stratégie, une approche coordonnée entre les différents acteurs locaux et la mobilisation de ressources de la communauté internationale seront nécessaires. Il note de plus que l’État partie n’a pas pu achever le plan d’action stratégique pour réduire la pression du pacage en raison de contraintes financières. Le rapport mentionne de plus que l’Autorité éthiopienne de conservation de la faune (EWCA) travaille en collaboration avec le programme de gestion durable des ressources du Nord Gondar financé par l’Autriche et le ministère de l’Agriculture afin de réduire la pression du pacage dans le bien grâce à la production de fourrage dans les fermes, l’introduction de méthodes de gestion de bétail basées sur la stabulation permanente (système de fourrage prêt à couper et à emporter) et l’introduction de races de bétail améliorées. De plus, il note que la surveillance du parc a été intensifiée afin de restreindre le pacage du bétail dans les aires principales de répartition de la faune telles que Chenek, Sankaber et Geech.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN saluent les efforts entrepris pour traiter les problèmes de pacage par l’introduction de techniques d’élevage améliorées. Toutefois, ils insistent sur l’importance d’introduire le zonage prévu dans la stratégie de pacage et rappellent l’état souhaité de conservation en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril (DSOC) adopté dans la Décision 34 COM 7A.9 qui demande l’établissement de zones interdites au pacage couvrant 30% de la superficie du parc, et de zones de production de fourrage prêt à couper et à emporter couvrant une superficie supplémentaire de 20% du parc. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN reconnaissent que des ressources supplémentaires seront nécessaires pour soutenir la mise en œuvre de la stratégie de réduction de la pression du pacage et que cela dépendra du succès de la conférence des bailleurs de fonds qui est retardée depuis 2010 mais dont la tenue est aujourd’hui prévue après la 36e session (voir point e) ci-après).

c) Développer des moyens de subsistance alternatifs pour les habitants actuels du parc afin de permettre une réduction systématique des superficies de cultures illégales et du nombre de résidents dans le parc.

L’État partie signale des progrès continus de la formation professionnelle des jeunes qui a permis à quelques résidents du parc de créer une activité viable dans les villes voisines et de s’installer sur place. Toutefois, un manque de financement a limité la mise en œuvre du programme d’amélioration des moyens de subsistance alternatifs. Selon des rapports reçus par l’UICN, le nombre de bénéficiaires d’un programme de formation de jeunes et autres activités visant à fournir une alternative aux moyens de subsistance a été fortement limité par le faible niveau des financements disponibles. De plus, la relocalisation volontaire réussie des résidents du village de Akwasiye (qui était situé dans un passage sensible pour la faune) en 2008 – 2009 ne s’est pas reproduit ailleurs, là encore essentiellement par manque de financement.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que la réduction de 40% du nombre de foyers vivant dans le bien, qui serait nécessaire pour restaurer l’intégrité écologique à un niveau acceptable pour envisager le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, selon les normes établies par le DSOC, n’a pas été atteinte. Ils considèrent que la réalisation de cette mesure corrective dépendra du succès de la conférence des bailleurs de fonds d’octobre 2012.

d) Progrès réalisés dans la mise en œuvre d’autres recommandations identifiées par les missions de suivi antérieures.

L’État partie rapporte que la construction de la route Debark – Sawerea – Beless – Inchet kab – Mekane Berhan est en cours, offrant ainsi une alternative à la route actuelle qui longe le sommet de l’escarpement et traverse une zone sensible pour la faune au milieu du parc. La nouvelle route contournera le parc et éliminera la circulation intense qui le traverse actuellement. L’État partie note aussi qu’un nouveau tracé de la route principale au nord de Debark qui passe par Limalimo pour éviter la nouvelle extension ouest du parc est en discussion.

L’État partie note que dans un effort pour protéger les espèces menacées de Walia ibex et du loup d’Abyssinie d’une possible transmission de la clavelée, de l’acarien de la gale et de la rage, un total de près de 50.000 animaux domestiques ont été vaccinés dans 4 districts en novembre 2011 et une formation a été offerte aux fermiers et aux techniciens vétérinaires sur l’importance et les techniques utilisées en matière de vaccination.

Le rapport de l’État partie indique que le nombre de touristes à augmenté de 50% depuis la mission de 2009, avec une augmentation du revenu correspondante et de l’emploi local dans le secteur des services au tourisme, et que les recettes reversées au gouvernement provenant du prix de l’entrée des visiteurs et des véhicule ont augmenté de 300% sur cette même période.

L’État partie rapporte que la responsabilité de la gestion du parc a été transférée de l’administration régionale à l’EWCA fédéral en 2009 et qu’elle a subi une réorganisation des processus. Il en est résulté une augmentation du nombre des employés du parc ; le recrutement de techniciens ; la formation du personnel ; une augmentation des budgets du parc ; l’introduction de nouvelles structures et pratiques de gestion. La nouvelle autorité du parc est aujourd’hui bien établie et l’augmentation importante des populations des deux espèces emblématiques indique son succès : Walia ibex compte aujourd’hui895 têtes (contre 740 en 2008), le loup d’Abyssinie compte 102 individus (contre 84 en 2009).

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN saluent les progrès rapportés et la mise en œuvre continue des recommandations des missions de suivi précédentes et reconnaît les progrès importants signalés concernant l’amélioration de l’efficacité de la gestion du bien.

e) Conférence des bailleurs de fonds

L’État partie informe qu’il a réuni un groupe de travail constitués de représentants du gouvernement et d’autres organisations non gouvernementales en août 2011 afin de planifier, d’organiser et de convoquer la conférence des bailleurs de fonds. Selon les derniers échanges avec l’État partie, la conférence est en principe prévue pour octobre 2012 et, à la suite d’une demande d’assistance internationale, le Centre du patrimoine mondial a décidé d’attribuer un montant de 20.000 dollars EU au titre de la ligne budgétaire 2012 du Fonds du patrimoine mondial pour les sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent qu’une issue positive de la conférence est essentielle pour résoudre les problèmes en suspens des moyens de subsistance alternatifs et de la réduction de la pression du pacage. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que le Comité du patrimoine mondial devrait demander à l’État partie d’attribuer des ressources financières et humaines supplémentaires au bien, pour ses actions de conservation et la croissance qui en résulte des populations des deux espèces emblématiques très menacées (Walia ibex et le loup d’Abyssinie) ainsi que pour la récente augmentation du tourisme.

Toutefois, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN souhaitent mettre en lumière les progrès limités concernant les problèmes principaux qui affectent l’intégrité écologique à long terme du bien, à savoir les niveaux non viables du pacage du bétail, de la pression agricole et de l’utilisation des ressources en raison du grand nombre de villages installés à l’intérieur du bien. Ils notent aussi que la publication officielle des nouvelles limites du parc dans la législation nationale n’a pas été achevée.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que si elle n’est pas déjà organisée par la 36e session, le Comité devrait demander à l’État partie de convoquer la conférence des bailleurs de fonds retardée aussitôt que possible afin d’assurer le soutien de partenaires supplémentaires de développement et de conservation pour la mise en œuvre de la réduction de la pression du pacage et les stratégies de moyens de subsistance alternatifs. Ils recommandent aussi que le Comité réitère son appel à la communauté internationale afin d’apporter un soutien financier à la mise en œuvre de ces stratégies. Ils notent de plus qu’une fois achevée la publication officielle dans la législation nationale, l’État partie devrait soumettre une proposition de modification des limites du bien du patrimoine mondial. Ils recommandent que le Comité du patrimoine mondial encourage l’État partie à clarifier avec le Centre du patrimoine mondial les exigences requises pour la modification des limites du bien, notant la volonté de l’UICN à offrir un conseil technique. Au vu des problèmes en suspens concernant les trois mesures correctives et du manque d’information sur la réalisation de l’état souhaité de conservation en vue du retrait de la Liste du patrimoine mondial en péril, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommande que le Comité maintienne le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril. 

Décision adoptée: 36 COM 7A.9

Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-12/36.COM/7A,

2. Rappelant la décision 35 COM 7A.9, adoptée lors de sa 35e session (UNESCO, 2011)

3. Félicite l’État partie pour les efforts déployés pour renforcer l’efficacité de la gestion du bien ainsi que pour les progrès réalisés dans la mise en œuvre de plusieurs recommandations formulées lors de précédentes missions de suivi ainsi que pour l’augmentation importante des populations menacées de loups et bouquetins d'Abyssinie (Walia ibex), mais note qu’il faudrait poursuivre les efforts pour résoudre les problèmes principaux qui affectent l’intégrité écologique à long terme du bien, à savoir les niveaux insoutenables du pacage de bétail et la pression de l’agriculture et de l’utilisation des ressources résultant du grand nombre de villages installés dans le bien ;

4. Réitère sa demande auprès de l'État partie pour qu’il organise la conférence de bailleurs de fonds aussitôt que possible afin de mobiliser les fonds supplémentaires nécessaires à la mise en œuvre d’importantes mesures correctives, en particulier la stratégie de réduction de la pression du pacage et les stratégies de moyens de subsistance alternatifs ;

5. Réitère son appel à la communauté internationale afin de soutenir financièrement la mise en œuvre de ces stratégies ;

6. Prie instamment l'État partie de poursuivre ses efforts de mise en œuvre des trois mesures correctives en suspens, en particulier :

a)  finaliser la publication officielle de l’extension des limites du parc dans la législation nationale,

b)  mettre en œuvre une stratégie efficace de réduction de la pression du pacage,

c)  procurer des moyens de subsistance alternatifs à ceux qui dépendent actuellement de l’agriculture et d’autres formes d’utilisation de ressources à l’intérieur des limites du bien, comme le demandait le Comité de patrimoine mondial dans ses précédentes décisions ;

7. Réitère aussi sa demande à l’État partie de soumettre une proposition de modification des limites du bien du patrimoine mondial, après leur publication officielle, afin de refléter les nouvelles limites du parc national et encourage l’État partie à clarifier avec le Centre du patrimoine mondial les exigences requises pour la modification des limites du bien ;

8. Recommande que l’État partie établisse un programme pour le suivi et le rapport des six indicateurs décrivant l’état souhaité de conservation en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, afin d’évaluer les progrès accomplis dans la restauration de l’intégrité écologique et la valeur universelle exceptionnelle du bien ;

9. Demande à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2013, un rapport sur l’état de conservation du bien, en particulier les progrès accomplis dans la mise en œuvre des mesures correctives en suspens et les recommandations de la mission de 2009, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 37e session en 2013;

10. Décide de maintenir le Parc national de Simien (Éthiopie) sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Décision adoptée: 36 COM 8C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

1.    Faisant suite à l’examen des rapports sur l’état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC-12/36.COM/7A et WHC-12/36.COM/7A.Add),

2.    Décide de maintenir les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :