1.         Œuvres d’Antoni Gaudí (Espagne) (C 320bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1984

Critères  (i)(ii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/320/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/320/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Janvier 2010: Mission technique (ICOMOS)

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Tunnel de train à grande vitesse 

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/320/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2010

Le projet de ligne de train à grande vitesse (AVE) Madrid-Saragosse-Barcelone-Frontière française a entraîné le choix, par l’État partie, de l’aménagement d'un tunnel sous la ville de Barcelone. Le projet de tunnel passe devant la Sagrada Familia, sous la rue Mallorca et en limite immédiate des fondations de la façade Gloria de la cathédrale, son porche sud-est actuellement inachevé. Il passe également devant la Casa Milà, sous la rue de Provença. D’un diamètre de 12 m, l’axe du tunnel, au niveau de la Sagrada Familia, serait à environ 30 m sous terre. De leur côté, les pilots de fondation de la cathédrale atteignent des profondeurs de 11 à 13 m.

La décision 32 COM 7B.108 a pris en compte cette menace, au vu des documents et des informations réunis et qui mettaient principalement en avant :

a. La présence de fissures dans divers bâtiments limitrophes, là où le tunnel avait déjà été entrepris ;

b. Le Centre du patrimoine mondial et ICOMOS s’étaient montrés préoccupés par la possible construction d’un tunnel menaçant l'intégrité de la structure de la cathédrale, notamment par des déplacements différentiels possibles des sols, plus amples que ceux prévus lors du projet de construction de la cathédrale. Par ailleurs des tassements de quelques centimètres avaient déjà été observés, par le seul poids de l’édifice, entraînant ponctuellement des fissurations dans ses superstructures. Il s’agit donc au départ d’une construction haute, lourde et d’une certaine fragilité. La cathédrale est actuellement inachevée ;

c. En outre, les vibrations associées au passage du tunnelier, puis le passage répété de trains dans le sous-sol seraient susceptibles d’entraîner des vibrations préjudiciables à la stabilité des structures de la cathédrale ;

d. En conclusion, la décision 32 COM 7B.108 demandait « à l'État partie de faire cesser la construction de la partie du tunnel aux alentours de la cathédrale de la Sagrada Familia et d'envisager la modification du tracé du projet du tunnel pour un train à grande vitesse afin d'éviter tout impact potentiel sur la stabilité de la structure de la cathédrale » et de fournir « un rapport détaillé sur les mesures prises afin d'assurer la protection du bien du patrimoine mondial ».

La décision 33 COM 7B.121 a pris en compte le rapport de l’État partie décrivant dans le détail les mesures techniques prises pour la construction du tunnel et destinées à sauvegarder l'intégrité de la cathédrale. Les principales décisions et mesures techniques prises sont les suivantes :

a. L’État partie n’envisage pas le déplacement du tracé du tunnel au voisinage de la Sagrada Familia ni dans celui de la Casa Milà, en raison des impossibilités angulaires présentées par le réseau viaire du quartier. En effet, la loi interdit de creuser un tunnel sous les bâtiments existants, pour des raisons de sécurité, et tout déplacement du tracé aurait entraîné des angles trop aigus impropres à un trafic ferroviaire ;

b. Afin de complètement minimiser le risque de tassement au niveau des fondations de la porte sud-est de la cathédrale, l’État partie programme l’implantation d’une volée de pilots de béton armé, de 44 m de profondeur et de 1,5 m de diamètre, entre la bordure de la rue Mallorca et la Sagrada Familia. Cette ligne est prévue entre les fondations de la cathédrale et le tunnel, à 1,90 m de la première et à 0,8 m du bord du second.La rangée de pilots a 233 m de long, débordant assez largement de la cathédrale, des deux côtés. Elle est couronnée d’un frettage de béton armé à proximité de la surface, afin d’en assure la cohésion. L’espace entre les pilots est de 50 cm ;

c. Un ensemble de forages et d’études géologiques a été conduit, montrant la présence en profondeur d’un sol a priori apte a bien se comporter lors du percement. Par ailleurs, un tunnelier de type ‘Earth Pressure Balance’ (EPB) a été retenu. Il est doté d’une faible vitesse de rotation et d’une technologie de percement qui doivent rendre négligeables les effets de transmission de vibrations lors du percement ;

d. Une étude hydrogéologique a été réalisée afin de vérifier qu’il n’y a pas d’effet de rétention d’eau, au niveau de la nappe phréatique, causée par la volée de pilots ;

e. Un plan de surveillance du sol a été proposé, afin de contrôler les paramètres de vibrations et de mouvements au cours du percement, afin de vérifier leur conformité aux prévisions, pleinement compatibles avec la conservation de la Sagrada Familia ;

f. Les systèmes ferroviaires seront montés sur des blocs atténuateurs de vibrations. La vitesse des trains sera automatiquement limitée par la présence voisine de courbes imposées par le suivi du réseau viaire de surface ;

g. En conclusion, le rapport s'attache à prouver techniquement que le projet de tunnel, ses dispositifs spéciaux, la technologie de creusement prévue et finalement le passage des trains ne provoqueront aucun dommage à la structure de la Sagrada Familia. Il indique que tous les experts consultés ont confirmé la faisabilité technique de la solution proposée.

Suite à la réception d’une importante documentation technique complémentaire fournie par l’État partie pendant l’hiver 2009-2010, à la mission de suivi réactif des 6-11 février 2010 et à une réunion de concertation au Centre du patrimoine mondial le 16 avril 2010, l’État partie confirme pour l’essentiel les options techniques décrites au point précédent. Elles sont en cours de réalisation.

a. Depuis le mois de mars, le tunnelier est en fonctionnement depuis le nord-est de l’embranchement concernant la Sagrada Familia et la Casa Milà. Il devrait atteindre les parages de la Sagrada Familia au début de l’automne, et plus tardivement la Casa Milà. Il s’agit d’un dispositif tunnelier à compensation de pression permanente dont les résultats ont été expérimentés avec succès. Un ensemble de mesures et de suivi accompagne son utilisation tout au long de son trajet ;

b. Trois études mathématiques indépendantes, dites « aux éléments finis », permettent de prévoir le comportement dynamique des sols et d’envisager par avance les effets de tassement ou le comportement hydrologique de la volée de pilots. Pour les promoteurs du projet, les études montrent de manière catégorique, d’une part les effets de tassement propre au bâtiment lui-même, en raison de son poids, d’autre part un effet positif de la volée de pilots sur la stabilité du bâtiment, par le contrebutement de son flanc sud-est. Sur cette situation de base, le tassement résultant de l’action de percement du tunnel serait négligeable ;

Toutefois, des conclusions moins optimistes sont également apportées à ces études, par des experts indépendants du projet. Ils considèrent de manière comparée les résultats de ces études entre elles et ils relativisent leur portée en regard de la spécificité et de la fragilité structurelle de la Sagrada Familia, dans une moindre mesure de la Casa Milà, un immeuble d’habitation aux proportions moindres ;

c. Les pilots de béton sont pratiquement tous en place (avril 2010). Toutefois, diverses sources dignes de foi ont évoqué des effets secondaires inattendus. Début mars, durant le chantier, un enfoncement du pavage devant la cathédrale a été constaté, de 80 cm de profondeur, à proximité immédiate de la volée de pilot. Par ailleurs et suite à un orage, les eaux de pluie n’auraient pas réussi à s’évacuer, rendant le terrain anormalement meuble devant le porche sud-est de la cathédrale. Ces anomalies sont présentées comme de surface et purement ponctuelles, sans rapport avec l’implantation des pilots ;

d. Les effets hydrogéologiques ont été comparés avec soin aux mouvements naturels de la nappe phréatique et à ses variations saisonnières d’écoulement. Les effets de la barrière de pilot restent très en-deçà des variations naturelles et n’affectent pas les écoulements ni les changements de niveau saisonniers de la nappe ;

e. Un réseau technique de suivi des comportements statiques et dynamiques des sols au voisinage de la Sagrada Familia et de la Casa Milà est en place. Quatre stations de contrôle automatique des déformations structurelles de la cathédrale assurent également sa surveillance. Il apparaît que les effets de tassement propre à l’édifice et à la poursuite de sa construction doivent être suivis avec soin, ainsi que l’enregistrement des fissures ou encore sous l’effet des vents ;

f. Un Comité d’expertise de la qualité des travaux et de leur suivi, avec la présence d’experts indépendants, est proposé par l’État partie ;

g. Les normes européennes de précaution et de suivi des travaux en zone urbaine ont été respectées, et au-delà.

En conclusion, le Centre du patrimoine mondial et ICOMOS regrettent vivement que la solution d’un détournement du tracé souterrain au voisinage de la Sagrada Familia et de la Casa Milà n’ait jamais été sérieusement examiné. Les arguments techniques du réseau viaire et de ses angles trop aigus en cas d’un autre tracé semblent en effet démentis par un simple examen du plan de la ville. Les deux rues parallèles à la rue Mallorca, au sud-est, les rues de Valencia et d’Arago, offrent exactement le même profil angulaire, au prix d’un léger prolongement de la ligne dans l’axe de la gare ferroviaire Sagrera. Le prolongement nécessaire à un tel évitement, certes plus onéreux, ne semblait pas une tâche insurmontable.

L’ICOMOS considère que les travaux effectués et les études prévisionnelles fournies, dans l’optique du maintien de la ligne souterraine dans son tracé à proximité de la Sagrada Familia et de la Casa Milà, apportent des éléments a priori tous en faveur du maintien de ce projet : effets de tassement négligeables devant ceux dus au poids propre de la structure de la cathédrale, renforcement des fondations de la cathédrale par la volée de pilots, effets hydrologiques négligeables devant les variations naturelles, sol plutôt favorable à un percement de relative profondeur sans dommages de surface, usage d’un matériel tunnelier et de techniques d’accompagnement à faible conséquences vibratoires, vitesse fortement limitée des convois ferroviaires, etc. En outre, l’ICOMOS considère comme un élément de garantie la mise en place d’un Comité de suivi des travaux comprenant des experts indépendants et devant fournir un rapport mensuel sur tous les événements enregistrés à propos des effets du percement en rapport possible avec la conservation de l’intégrité structurelle de la cathédrale. Toutefois, l’ICOMOS souligne les points suivants :

La proposition de mise en place d’un Comité de suivi des travaux doit être réalisée et sa composition étendue par rapport à la proposition faite à ce jour. Le point de vue d’experts critiques envers le projet doit impérativement être pris en compte. Ceux-ci rappellent notamment la fragilité structurelle de la Sagrada Familia qui ne peut tolérer la moindre prise de risque. Pour cela, il serait nécessaire d’intégrer dans le Comité de suivi des travaux par exemple et au minimum un représentant du Ministère de la culture et un représentant de l’Autorité de gestion du bien. Ce Comité doit plus particulièrement prendre en charge :

• De manière permanente, rassembler et interpréter les résultats du suivi du processus d’avancement du tunnel et des bâtiments existants, en prenant en compte les différentes couches de sol le long du trajet ;

• Créer un modèle indépendant pour l’examen des bâtiments à proximité de Sagrada Familia sur la base des résultats du suivi ;

• Créer un modèle indépendant pour l’examen des bâtiments à proximité de Casa Milà, en l’ajustant aux conclusions du rapport des études de sol supplémentaires et en se basant sur les résultats du suivi ;

• De manière permanente, ajuster le modèle de calcul en fonction des mesures prises et des prévisions des mouvements de sol au fur et à mesure de l’avancement des travaux, et définir des mesures supplémentaires, si nécessaire ;

• Effectuer un suivi à long terme de l’augmentation de la pression du sol sur le tunnel en raison des constructions supplémentaires à la Cathédrale de la Sagrada Familia, y compris un suivi à long terme de la structure bâtie à l’origine par Gaudí ;

• Tenir régulièrement informé le Centre du patrimoine mondial des résultats.

Ces dispositions doivent former un outil de suivi permanent des travaux accepté par l’ensemble des membres du Comité de suivi. Celui-ci doit pouvoir actionner une interruption immédiate des travaux de percement, lors d’un dépassement avéré de l’un des seuils physiques faisant parti de l’ensemble des indicateurs retenus, et en examiner les raisons. Les compétences de ce Comité doivent concerner la Sagrada Familial et la Casa Milà.

La question de l’éventuelle transmission de vibrations lors des passages de trains souterrains doit faire l’objet d’un programme de contrôle précis et régulier, à ajouter au suivi du bien au sein du plan de gestion, tant pour le futur train à grande vitesse, si cet itinéraire est finalement réalisé, que pour les lignes de métro 2 et 5 qui passent également à proximité immédiate de la Sagrada Familia. Un éventuel renforcement des systèmes absorbeurs de vibration à l’intérieur du tunnel doit être envisagé avec le constructeur ferroviaire. La vitesse des convois doit être strictement limitée.

Le suivi technique indépendant de l’état des sols et de leurs tassements éventuels doit être continué au-delà de la fin des travaux, comme un élément de suivi permanent du bien dans son ensemble, notamment en raison des effets propres au poids de la construction. En outre, les modèles de suivi tridimensionnel et d’analyse structurelle de la Sagrada Familia et de la Casa Milà doivent être poursuivis.

Le Centre du patrimoine mondial et ICOMOS rappellent que le bien inscrit, pour la Sagrada Familia, n’est que la partie de la cathédrale directement construite par Gaudi. Il s’agit de la crypte et la façade de la Nativité, qui ne sont pas directement en bordure de la ligne de pilots de béton armé ni du tunnel ferroviaire, à au moins 30 m pour les parties les plus proches. Toutefois, il est évident qu’un éventuel dommage d’une certaine importance sur les parties à proximité serait une altération de la valeur universelle exceptionnelle du bien.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 34 COM 7B.98

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-10/34.COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 33 COM 7B.121, adoptée à sa 33e session (Séville, 2009),

3. Note que la proposition de modification du trajet souterrain du train à grande vitesse AVE, dans le quartier de la Sagrada Familia et de la Casa Milà, a fait l'objet d'une véritable étude et reconnaît que le trajet retenu était le plus viable ;

4. Prend note de la documentation technique fournie par l'Etat partie à propos des conditions de poursuite des travaux de percement en cours ;

5. Prie instamment l'Etat partie de prendre en considération les points suivants afin d'améliorer les conditions de suivi des travaux de percement, à proximité de la Sagrada Familia et de la Casa Milà, et de leur arrêt immédiat à la moindre alerte ou à la moindre incertitude de comportement des sols afin de garantir l'intégrité structurelle de la Sagrada Familia et de la Casa Milà :

a) Mettre en place le Comité de suivi des travaux et étendre sa composition afin de garantir la présence en son sein d'experts indépendants,

b) Préciser le programme technique du suivi de l'avancée du tunnelier jusqu'à la Sagrada Familia, en relation avec une prévision la plus fine possible des conséquences statiques et dynamiques sur les sols et sur les fondations des édifices de Gaudi,

c) Confirmer les conditions scientifiques et administatives suivant lesquelles le Comité peut suspendre sans retard et avec pleine autorité les travaux de percemment,

d) Mettre en place un programme de suivi des vibrations liées à l'usage ferroviaire souterrain au niveau de la Sagrada Familia, tant pour les deux lignes de métro existantes que pour la future ligne souterraine de train à grande vitesse (AVE), et envisager un éventuel renforcement des dispositifs absorbeurs de vibrations,

e) Pérenniser le Comité de suivi au-delà des travaux, afin d'assurer un programme de surveillance des sols et de modélisation des effets structurels à la Sagrada Familia et à la Casa Milà, tenant compte de l'ensemble des paramètres associés à ces deux édifices une fois les travaux achevés ;

6. Demande à l'Etat partie d'informer régulièrement le Centre du patrimoine mondial de la mise en place du Comité de suivi des travaux, de ses critères, ainsi que de l'avancement des travaux et des conclusions mensuelles de ce Comité ;

7. Demande également à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2011, un rapport sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session en 2011.