1.         Villes anciennes de Djenné (Mali) (C 116rev)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1988

Critères  (iii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/116/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1981-2007)
Montant total approuvé : 37 977 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/116/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : 110,000 dollars EU (Fonds-en-dépôt italien ) ; 23.100 dollars EU (Croisi Europe) ; 86.900 dollars EU (Commission Européenne)

Missions de suivi antérieures

2002 , 2005 : Missions du Centre du patrimoine mondial ; 2006 : Mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / ICOMOS / ICCROM 

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Absence de plan de gestion et de conservation ;

b) Pression du développement urbain ;

c) Délabrement des maisons d’habitations ;

d) Problème de gestion des déchets ;

e) Empiètement sur les sites archéologiques.

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/116/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2010

En réponse à la décision 32 COM 7B.50, l’Etat partie a soumis, le 22 mars 2010, un rapport sur l’état de conservation du bien. Ce rapport qui fait le point sur les progrès réalisés en matière de gestion et de conservation, mentionne particulièrement les activités suivantes :

a) Etat de conservation du patrimoine architectural

Le rapport note que le bien continue de subir des mutations au niveau de son bâti. Comme déjà soulignées dans son rapport de 2008, le rapport note de nouveau que les raisons de ces mutations sont essentiellement dues à la modification des plans originaux des maisons, du fait de nouveaux besoins de confort et de l’augmentation de la taille de certaines cellules familiales, à la flambée des coûts des matériaux utilisés dans l’entretien traditionnel (son de riz et de mil, pain de singe, beurre de karité), à l’introduction de solutions inappropriées utilisant le ciment et la terre cuite, à l’abandon de nombreux bâtiments qui tombent en ruine, et à l’apparition de nouvelles constructions dans le périmètre inscrit. Face à ces mutations, la Mission Culturelle a adressé des interpellations aux contrevenants, et demandé la collaboration des autorités municipales et administratives. Mais visiblement et selon le rapport, les implications de ces entités ne sont pas encore totalement acquises en faveur des missions de protection assignées à la Mission Culturelle de Djenné. Le rapport signale également des efforts de collaboration avec des acteurs tels que la corporation des maçons « Barey Ton », l’Association Djenne Patrimoine, l’Association des guides, les autorités coutumières, et les leaders d’opinion. Des restaurations exemplaires ont aussi été menées entre 2009 et 2010. La mosquée de Djenné a été restaurée dans le cadre d’un programme de réhabilitation de l’architecture en terre, établi entre le Ministère de la Culture malien et la Fondation Aga Khan pour la Culture.

Dans le cadre du programme du patrimoine mondial pour l’architecture de terre, un ensemble d’activités est aussi en cours de réalisation depuis janvier 2010 à Djenné dont, un projet de réhabilitation de la maison des Jeunes, financé par le Gouvernement de l’Italie, et la préparation d’un règlement d’urbanisme et de construction, adapté à l’architecture de terre. Ce projet permettra de produire un guide technique de réhabilitation de l’architecture de terre qui aidera au contrôle des interventions dans le bien et sa zone tampon.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent, malgré les bonnes initiatives prises par l’Etat partie, l’absence d’outils clairs (règlement d’urbanisme et de construction) permettant de contrôler l’apparition de nouvelles constructions, et les mauvaises réhabilitations dans le bien. Comme déjà remarqué dans les précédents rapports au Comité, si ces outils ne sont pas mis en place très rapidement, ces mutations vont indéniablement compromettre la cohérence du tissu urbain de Djenné. Tout en se réjouissant du  soutien et de l’implication de la Fondation Aga Khan pour la Culture dans le projet de restauration de la mosquée, le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives souhaiteraient néanmoins obtenir l’assurance que les projets majeurs de restauration entrepris se basent sur une documentation adéquate, une compréhension commune des approches de conservation et le respect des pratiques traditionnelles de conservation. Ils considèrent également que les projets majeurs doivent être intégrés au plan de gestion dans le respect des priorités établies

b) Etat de conservation des sites archéologiques

Le rapport fait état d’un relevé topographique des sites archéologiques, effectué en janvier 2008. Ce relevé fait apparaître des informations différentes sur la superficie des différents sites, comparées à celles communiquées au moment de l’inscription en 1988. Le site de Hambarketelo qui, à l’origine, avait été estimée à 9,24 ha passerait à 14 ha. Celui de Kaniana serait par contre réduit de 28 ha à 22 ha. Le site de Tonomba initialement estimé à 2 ha ne serait en réalité que de 1,23 ha. D’après le rapport, ces écarts se justifieraient par des facteurs naturels et anthropiques tels que l’utilisation de certaines parties comme champs de culture ou dépotoirs (Kaniana), le ravinement et l’érosion par les intempéries (Djenne Djeno, Hambarketelo et Kaniana), et la destruction de certains cordons pierreux qui avaient été installés en 1996. Le rapport signale particulièrement les menaces qui pèsent sur l’intégrité de Tonomba : la construction d’un bâtiment destiné à abriter le futur Commissariat de police, la présence d’un étang agricole et d’un périmètre maraîcher, et l’utilisation du site comme carrière de fabrication des adobes d’extraction de la terre pour l’entretien des maisons. Pour l’instant, seul le site de Djenne Djeno a bénéficié d’actions de protection de la part de la Mission Culturelle de Djenné. En effet, un gardien est désormais posté sur le site, et des arbres ont été plantés afin de reconstituer une haie autour du site. Sur la question du pillage, une assistance financière fournie par les Etats-Unis, par le biais du Fonds des Ambassadeurs pour la préservation du patrimoine culturel, a permis d’organiser une série d’activités de formation et de sensibilisation des élus des douze municipalités autour de Djenné, et des guides, sur la nécessité de lutter contre le pillage des sites archéologiques.

 

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives soulignent le danger que constituerait la construction d’un nouveau bâtiment sur le site archéologique de Tonomba, qui pourrait altérer l’intégrité de ce site. Ils rappellent également que les sites archéologiques contribuent a la Valeur universelle exceptionnelle du bien. Il est donc recommandé a l’Etat partie de trouver un autre emplacement au nouveau bâtiment destiné à accueillir le Commissariat de police. Enfin, ils recommandent à l’Etat partie d’informer le Comité sur les modifications des limites des sites archéologiques qui font suite au relevé topographique de janvier 2008.

 

c) Problèmes d’assainissement

Le rapport note que la question de l’assainissement reste un épineux problème à résoudre, tant la quantité des déchets solides et liquides s’accroît considérablement et pose de sérieux problèmes environnementaux. Les berges du fleuve Bani qui entoure la ville sont de plus en plus transformées en dépôt de déchets solides et en exutoires des eaux usées, ce qui pose de nombreux problèmes environnementaux dont la dégradation de la qualité de l’eau du Bani et la prolifération des maladies hydriques. Selon le rapport, des efforts ont été consentis pour résoudre les problèmes d’évacuation des eaux domestiques grâce à la contribution du Service de l’assainissement et du contrôle de la pollution et des nuisances. Des initiatives ont également été prises dans le cadre du projet Niger-Loire, en vue de l’aménagement d’une décharge de transit des déchets solides à la périphérie nord du bien. Un projet plus important est également en préparation dans le cadre d’un projet One-UN qui impliquerait également trois autres agences du système des Nations-Unies (PNUD, OMS, UNICEF).

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent qu’il est plus qu’urgent de trouver des solutions appropriées aux problèmes d’assainissement qui se posent sur le bien.

 

d) Plan de gestion

Le plan de gestion et de conservation 2008-2012 préparé par la Direction nationale du patrimoine culturel, a été finalisé et soumis au Centre du patrimoine mondial en octobre 2008. Ce plan de gestion vise à favoriser la mise en place d’un système intégré de conservation et gestion impliquant le site vivant (la ville actuelle de Djenné) et les sites archéologiques, valoriser les savoirs et savoir-faire locaux des populations dans le domaine de la conservation de l’architecture de terre, améliorer l’offre touristique, et poursuivre les efforts de revitalisation de l’ensemble du tissu ancien.

 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 34 COM 7B.47

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-10/34.COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 32 COM 7B.50, adoptée à sa 32e session (Québec, 2008),

3. Accueille avec satisfaction la finalisation du plan de gestion et de conservation 2008-2012, et l'initiation d'un projet pilote de conservation dans le cadre du programme du patrimoine mondial pour l'architecture de terre;

4. Réitère sa préoccupation quant à l'absence d'outils de contrôle (règlement d'urbanisme et de construction) pour parer aux mutations survenues sur le bâti du tissu ancien et aux menaces sur l'intégrité des sites archéologiques;

5. Rappelle que les sites archéologiques font partie intégrante du bien et que leur perte altèrerait la valeur universelle exceptionnelle du bien, et demande à l'État partie de stopper tous les projets de construction prévues dans ces sites;

6. Fait appel à la communauté internationale des bailleurs de fonds afin de soutenir les actions visant à résorber les problèmes d'assainissement dans le tissu ancien;

7. Demande également à l'État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, le règlement d'urbanisme et de construction préparé, ainsi que des clarifications sur les limites du bien et sa zone tampon faisant suite au relevé topographique de janvier 2008, au plus tard le 1er décembre 2010;

8. Demande en outre a l'Etat partie, de soumettre d'ici le 1er février 2012, un rapport sur l'État de conservation du bien et sur les progrès accomplis pour résorber les problèmes d'assainissement, ainsi que les problèmes rencontrés sur les sites archéologiques, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 36e session en 2012.