1.         Lac Baïkal (Fédération de Russie) (N 754)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1996

Critères  (vii)(viii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/754/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1990-2000)
Montant total approuvé : 33 200 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/754/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

1998 : mission de suivi du Centre du patrimoine mondial ; 2001: mission de suivi Centre du patrimoine mondial / UICN ; 2005 : mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / UICN.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Absence de mode de gestion approprié

b) Protection juridique incertaine

c) Pollution

d) Abattage illégal de bois d'œuvre

e) Projet de gazoduc et d'oléoduc traversant le bien du patrimoine mondial (problème résolu)

f) Constructions illégales sur les bords du lac

g) Vente illégale de terres

h) Développement du tourisme

 

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/754/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2010

Depuis la 33e session, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu des informations sur la réouverture de l’usine de pâte à papier de Baïkalsk et ses impacts éventuels sur la valeur universelle exceptionnelle et l’intégrité du lac Baïkal. Dans une série de lettres datées des 16 novembre 2009, 24 décembre 2009, 19 janvier 2010, 4 février 2010, 26 avril 2010 et 6 mai 2010, le Centre du patrimoine mondial a demandé à l’État partie de commenter la réouverture de l’usine. La réponse de l’État partie faisant part d’informations détaillées sur l’usine de pâte à papier n’a été reçue que le 2 juin 2010et est actuellement examinée. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu les informations suivantes de diverses sources.

a) Réouverture de l’usine de pâte à papier de Baïkalsk

Le 13 janvier 2010, l’État partie a approuvé le décret n° 1 “Sur l’introduction d’amendements à la liste des activités interdites dans le secteur écologique central de la zone naturelle du Baïkal”, apportant des amendements à la "Liste des activités interdites dans le secteur écologique central du territoire naturel du Baïkal" adoptée en 2001. Ce décret supprime le paragraphe 12 de la liste : "interdiction de production de cellulose, papier, carton, ou produits dérivés sans utilisation de réseaux d’eau à usage industriel sans déversement", rendant ainsi de nouveau possible le fonctionnement de l’usine de pâte à papier sans qu’un circuit hydraulique fermé ne soit utilisé. Avec un circuit d’eau fermé, l’usine fonctionnerait sans rejeter d’eaux usées dans le lac. Le nouveau décret autorise également l’entreposage, le traitement, l’élimination et l’incinération de tous les déchets, notamment les déchets dangereux. Selon les informations reçues, la réouverture de l’usine a commencé fin décembre 2009 et cette dernière a officiellement rouvert en janvier 2010. Au travers de plusieurs rapports, l’UICN a été informée de rejets d’eaux usées par l’usine dans le lac Baikal.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que, depuis l’inscription du bien en 1996, le Comité a fait part de ses inquiétudes à propos du déversement d’eaux usées toxiques par l’usine dans le lac Baïkal et a souligné l’importance d’éliminer ce problème en mettant en place un système de traitement des eaux en circuit fermé. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que, dès 1997, l’État partie a commencé à élaborer une stratégie pour convertir l’usine en un système hydraulique fermé et minimiser ainsi la pollution. Toutefois, en dépit de plusieurs tentatives, la conversion entière de l’usine s’est avérée difficile pour diverses raisons, notamment manque de fonds. Dans son rapport de 2008, l’État partie indiquait qu’un système de traitement des eaux en circuit fermé devait être opérationnel en septembre 2008. Cependant, l’usine a rouvert en janvier 2010 sans que ce système ne soit en place, ce qui signifie que toutes les eaux usées sont directement rejetées dans le lac. De plus, les indications sur les systèmes de traitement des eaux usées réellement en place pour minimiser les taux de pollution restent approximatives.

L’Académie des Sciences russe étudie le lac Baïkal depuis plus de 40 ans et documente les impacts de l’usine de papier. Les activités de l’usine, comprenant le blanchiment de la pulpe au chlore, créent plusieurs sous-produits toxiques tels que dioxines et furannes chlorés. Ces sous-produits toxiques et la possibilité qu’ils affectent l’équilibre écologique entre le plancton et les autres algues et perturbent, par conséquent, l’écosystème du lac Baïkal, suscitent depuis longtemps des inquiétudes. Les taux élevés de biphényle polychloré (PCB) et de dioxines détectés dans la population endémique de phoques annelés du Baïkal (le seul phoque d’eau douce au monde) sont attribués au rejet des eaux toxiques de l’usine dans le lac et à la pollution atmosphérique due à la combustion de déchets toxiques. Une mortalité massive de phoques du Baïkal en 1987 a été attribuée à un rejet accidentel par l’usine d’une grande quantité d’eaux non traitées. De plus, comme indiqué dans le rapport “Sur l’état du lac Baïkal et les mesures pour sa protection, 2007”, avant sa fermeture en 2008, l’usine était à l’origine de 51% de l’ensemble des émissions atmosphériques, rejetait 86% de l’ensemble de eaux usées entrant dans le lac et créait 42% de l’ensemble des déchets solides.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que la réouverture de l’usine de papier sans système de circuit d’eau fermé et le rejet des eaux usées dans le lac Baïkal sont susceptibles d’affecter la valeur universelle exceptionnelle du bien, et prient l’État partie d’abroger le décret n° 1 “Sur l’introduction d’amendements à la liste des activités interdites dans le secteur écologique central de la zone naturelle du Baïkal”. De plus, ils recommandent vivement que l’État partie évalue divers scénarios d’atténuation des effets de l’usine de pâte à papier, incluant un circuit d’eau fermé efficace ou le retrait progressif de l’usine de pâte à papier si des mesures d’atténuation rentables ne sont pas possibles.

Le retrait progressif de l’usine nécessiterait une stratégie à long terme associée au développement de moyens de subsistance alternatifs pour la population locale dans la mesure où l’usine est la principale source d’emploi dans la région. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que, selon toute vraisemblance, le lac Baïkal a le potentiel énorme de développer des activités de tourisme, écotourisme et autres basées sur ses valeurs naturelles et culturelles ; activités qui contribueraient à préserver sa biodiversité unique.

b) Autres problèmes de conservation préoccupants – pollution de la rivière Selenga, développements touristiques non planifiés, état de conservation du phoque du Baïkal et impacts probables du changement climatique sur l’écosystème du lac Baïkal

Dans la décision 33 COM 7B.28, le Comité a noté avec inquiétude que les concentrations en métaux lourds dans la rivière Selenga, qui est le principal affluent du lac Baïkal et constitue 50% de son apport en eau douce, dépassaient le maximum autorisé. Bien qu’un projet de recherche conjoint Bouriatie/ Mongolie pour suivre la charge de pollution de la Selenga soit en cours, peu de mesures concrètes de minimisation de la pollution ont été mises en place. La rivière Selenga serait encore lourdement polluée, malgré un traitement amélioré des eaux usées à Oulan-Oude. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent qu’un programme commun complet entre les États parties de la Fédération de Russie et de Mongolie pour traiter ce problème est nécessaire.

En ce qui concerne les développements sur les rives du lac Baïkal, l’UICN déclare avoir reçu des rapports sur un projet de marina de 5000-7000 emplacements envisagé sur le territoire de la république de Bouriatie. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN demandent à l’État partie de préciser l’étendue de ce projet et de soumettre son évaluation d’impact environnemental au Centre du patrimoine mondial dès qu’elle sera disponible et avant d’accorder une autorisation au projet. Ils rappellent également que dans la décision 33 COM 7B.28, leComité a noté avec inquiétude que les mesures prises par l’État partie pour mettre un terme aux constructions illégales sur les rives du lac semblaient inefficaces et a demandé à l’État partie d’élaborer et de mettre en œuvre une stratégie touristique générale pour le bien afin de guider le développement d’infrastructures touristiques durables.

Tandis que la population endémique officielle de phoques du Baïkal est comprise entre 70 000 et 100 000 individus (d’après estimations visuelles), des inquiétudes sont apparues sur l’écart entre ces chiffres et les nombres plus restreints d’individus observés dans le secteur des îles Ushkani qui est l’habitat préféré du phoque (le phoque est relativement rare dans les autres zones du lac). Des inquiétudes existent également vis-à-vis des impacts de la chasse sur leur population, en particulier dans la mesure où les permis de chasse ne sont pas efficacement contrôlés. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent vivement à l’État partie de rétablir un financement pour le suivi à long terme de la population de phoques qui, comme indiqué ci-après, est susceptible d’être également affectée par le changement climatique et la réduction de la couche de glace.

Un article récent évalué par un comité de lecture intitulé ‘Changement climatique et la “mer sacrée” du monde – lac Baïkal, Sibérie’ (BioScience, 2009) montre que le lac Baïkal est déjà affecté par le changement climatique, d’après une analyse de la température de l’eau et de la couche de glace. À la fin du siècle, la couche de glace du lac, dont dépendent son plancton endémique et le phoque du Baïkal, pourrait considérablement diminuer, entraînant des modifications dans son écosystème. De plus, la fonte du permafrost peut exacerber les effets de la pollution industrielle actuelle et accélérer la libération des produits chimiques toxiques emmagasinés, tels que lebiphényle polychloré (PCB) et les dioxines, dans le lac Baïkal. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que les impacts du changement climatique devraient être suivis sur le long terme et que des mesures d’atténuation adéquates devraient être élaborées et mises en œuvre en fonction d’une détection précoce des tendances émergeantes.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN expriment leur inquiétude quant aux impacts de la réouverture de l’usine de pâte à papier de Baïkalsk sur la valeur universelle exceptionnelle du bien et recommandent que le Directeur du Centre du patrimoine mondial, en coopération avec l’UICN, organise une réunion avec les autorités russes, et la participation des parties prenantes concernées, pour discuter de la manière dont ces impacts peuvent être traités.

 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Néant

Décision adoptée: 34 COM 7B.22

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-10/34.COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 33 COM 7B.28, adoptée à sa 33e session (Séville, 2009),

3. Note avec une grande inquiétude la récente réouverture de l'usine de pâte à papier de Baïkalsk sans circuit d'eau fermé ainsi que la pollution continue provenant de la rivière Selenga, et considère que le déversement d'eaux usées émanant de l'usine, dont la quantité de polluants excède les concentrations maximales déterminées par l'Etat partie, et de la rivière Selenga pourrait avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du lac Baïkal ;

4. Prend note des informations communiquées par l'Etat partie:

a) sur l'établissement du Programme cible fédéral «Protection du lac Baïkal et développement socio-économique du Territoire naturel du Baïkal», qui comporte en particulier des activités sur l'utilisation et le recyclage des déchets ayant été accumulés pendant plus de cinquante ans, ainsi que sur la restauration des terres,

b) sur l'intention de l'Etat partie de transférer la production de pulpe blanchie de haute qualité dans une autre usine en dehors de la région du Baïkal,

c) sur l'intention de l'Etat partie de déterminer une période de 30 mois pour que l'usine de pâte à papier de Baïkalsk se penche sur la question du traitement des déchets et trouve une solution principale au fonctionnement de l'usine ;

5. Prie l'Etat partie d'envisager immédiatement divers scénarios d'atténuation des effets de l'usine, notamment le développement et la mise en œuvre rapides d'un circuit d'eau fermé ;

6. Encourage l'Etat partie à élaborer et mettre en œuvre une stratégie à long terme de moyens de subsistance alternatifs pour la ville de Baïkalsk, et note que le lac Baïkal a le potentiel considérable de développer le tourisme durable et autres activités basées sur ses valeurs naturelles et culturelles ;

7. Réitère sa demande de garantir un suivi à long terme de la population de phoques et de mettre un terme aux constructions illégales sur les rives du lac ;

8. Demande à l'Etat partie de clarifier l'étendue du projet de marina sur le territoire de la République de Bouriatie et de soumettre son évaluation d'impact environnemental au Centre du patrimoine mondial avant d'accorder une autorisation au projet, conformément au paragraphe 172 des Orientations ;

9. Invite le Directeur du Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO à organiser une réunion avec les autorités russes et les parties prenantes concernées, en coopération avec l'UICN, pour identifier la manière dont peuvent être traités les impacts de l'usine de pâte à papier de Baïkalsk, récemment rouverte, sur la valeur universelle exceptionnelle du bien ;

10. Demande également à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2011, un rapport sur l'Etat de conservation du bien, et en particulier les progrès accomplis pour prévenir le déversement d'eaux usées non traitées dans le lac Baïkal, traiter le taux de pollution constamment élevé de la rivière Selenga, développer une stratégie de tourisme globale pour le bien, suivre la population de phoques du Baïkal et surveiller les impacts du changement climatique sur le bien, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session en 2011.