1.         Parc national de Lorentz (Indonésie) (N 955)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1999

Critères  (viii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/955/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1996-2001)
Montant total approuvé : 41 400 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/955/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

2004 : mission de l'UICN

2008 : mission de suivi réactif conjointe WHC / UICN

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Exploitation minière;

b) Limitations de la sécurité;

c) Menaces de développement;

d) Exploitation des ressources marines;

e) Absence d’agence de coordination;

f) Absence de plan de gestion stratégique finalisé;

g) Absence de bornage du périmètre du parc;

h) Financement inadéquat.

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/955/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2010

Le 22 février 2010, un rapport sur l'état de conservation du bien a été remis par l'État partie. Le rapport offre une vue d'ensemble sur les trois menaces principales auxquelles le bien doit faire face: i) construction de route en cours et dépérissement de la forêt dans la région du Lac Habema, ii) fonctionnement de l'agence en charge de la gestion du bien et iii) gestion du braconnage et de l'exploitation forestière illégale dans les Basses terres du sud. Le rapport reconnaît par ailleurs que, s'il est vrai que le parc national de Lorentz conserve sa valeur universelle exceptionnelle et son intégrité, peu de progrès ont été accomplis dans la réponse apportée aux menaces qui détériorent sérieusement les principales zones du bien, qui est l'une des dernières grandes zones sauvages du monde. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN prennent note de cette absence de progrès accomplis et du fait que celle-ci est due en grande partie à d'importantes restrictions dans la gestion opérationnelle du parc, y compris dans son financement, son suivi, son équipement en matériel de surveillance, son personnel et son expertise technique très limités.

a) Construction de route dans la région du Lac Habema

L'État partie déclare que la route entre Wamena et Yuguru a endommagé l'intégrité du bien, que sa construction est en cours et que 62 kms (sur 170 prévus) ont déjà été construits. Une réponse à la demande du Comité du patrimoine mondial de 2008 visant à faire cesser toute construction de route et à réhabiliter les parties de routes existantes, a été donnée par le Gouverneur de Jayawijaya qui a observé que toute construction de route devrait être durable et a suggéré qu'une piste d'atterrissage serait peut-être la meilleure solution en termes de transports pour la zone. Alors que l'autorité en charge du parc national de Lorentz poursuit le dialogue avec le Gouvernement local afin de minimiser les impacts de la route, celui-ci ne s'est engagé, à ce jour, qu'à construire un poste de garde à l'entrée et à la sortie du bien et à installer des gabions afin de limiter l'érosion dans les zones prédisposées aux glissements de terrain. Le rapport fait également état de dispositions inclues dans le Plan stratégique pour le Lac Habema qui prévoient des routes et des chemins supplémentaires dans les zones de haute montagne afin de soutenir le développement de projets d'infrastructures touristiques. Alors que les autorités en charge de la gestion du parc ont discuté du tracé de ces routes avec le Gouvernement local, l'État partie remarque qu'à ce jour, aucune évaluation technique de ces projets de route n'a été entreprise dans la zone de haute montagne. Le rapport signale également que les autorités en charge de la gestion du parc travaillent en coordination avec le service des forêts, les communautés indigènes locales et la police afin de résoudre le problème croissant de l'exploitation forestière illégale qui est une conséquence du projet routier.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN sont vivement préoccupés par le projet d'aménagement routier non autorisé dans le paysage glaciaire du Lac Habema et par le vaste programme de construction routière dans les régions de moyenne et de haute montagne du bien. L'absence de progrès accomplis dans l'arrêt de la construction (point évoqué chaque année par le Comité du patrimoine mondial depuis 2004) a conduit à la création d'impacts négatifs croissants sur la valeur universelle exceptionnelle et l'intégrité du bien, depuis la dégradation de l'habitat, jusqu'à la coupe illégale de bois, en passant par les feux de forêt, les glissements de terrain ainsi que les menaces supplémentaires que constituent le dépérissement des forêts et les espèces invasives.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN recommandent vivement à l'État partie de prendre des mesures directes afin de faire cesser tous les travaux de construction sur le territoire du bien, d'entreprendre une évaluation d'impact environnemental (EIE) du projet de route du Lac Habema afin que les options alternatives de transport telles que la piste d'atterrissage (comme demandé lors de la 28e session du Comité) soient considérées, et, qu'un vaste programme de réhabilitation des routes existantes soit mis en œuvre afin de prévenir tout impact supplémentaire sur les fragiles caractéristiques du patrimoine naturel de haute valeur du bien. Par ailleurs, une évaluation environnementale stratégique (EES) du Plan stratégique du Lac Habema, qui pourrait inclure des dispositions règlementaires pour les nouvelles routes, devrait être rapidement entreprise afin d'identifier les options de transport ayant un moindre impact environnemental pour la zone de haute montagne du bien, y compris des alternatives à la construction de routes. L'UICN rappelle que tout projet susceptible d'affecter les valeurs et l'intégrité d'un bien du patrimoine mondial devrait être soumis à une EIE, et que tous les plans et programmes devrait eux être soumis à une EES.

b) Dépérissement de la forêt dans la région du Lac Habema

L'État partie fait remarquer que le dépérissement de la forêt lié à une maladie est en cours de traitement grâce à une coopération entre divers intervenants dont des ONG, des institutions d'éducation et des instituts de recherche. Il n'est cependant pas fait état de progrès ou d'actions concrètes ayant conduit à l'identification et au contrôle de cette maladie provoquant le dépérissement et qui menace les forêts de nothofagus.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN sont très préoccupés par la maladie qui a provoqué le dépérissement dans les forêts d'altitude de nothofagus gondwanan, près de la route du Lac Habema. Il n'y a pas eu, à ce jour, de recherche pathogénique de la maladie phytophthora comme possible cause de ce dépérissement forestier. Les éléments recueillis par la mission de suivi réactif de 2008 indiquent que le dépérissement était associé aux routes et continuait à se développer, faisant ainsi disparaître les vestiges de la forêt de nothofagus. Cette menace, associée à l'exploitation forestière illégale liée aux travaux routiers, pourrait provoquer des dégâts graves et irréversibles à la forêt d'altitude de nothofagus gondwanan. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN recommandent que la raison de ce dépérissement soit rapidement identifiée et que le problème soit résolu.

c) Fonctionnement de l'agence en charge de la gestion

L'État partie déclare que le Plan stratégique du parc national de Lorentz 2007-2012 a été mis en place sous la forme de plans d'action et de budgets annuels, le budget du parc était en 2009 de 4 milliards de roupies indonésiennes (environ 440.000 dollars EU). Le Projet de plan de gestion 2010-2013 s'occupera du zonage du bien, il est également censé répondre aux besoins des intérêts présents sur le territoire du bien. Ce projet de plan est en cours d'élaboration, le WWF Papouasie Sahul, des représentants des neufs districts voisins et d'autres parties prenantes y collaborent. Ce projet de plan devrait s'intégrer dans le cadre du Plan général d'aménagement de l'espace de la province de Papouasie. L'État partie fait remarquer que les capacités et le budget limités du bien ont, jusqu'alors, entravé sa gestion effective, et fait état d'un renforcement des capacités pour le personnel en place et de l'embauche d'un employé supplémentaire par an. L'État partie insiste sur l'étude et la cartographie de la région montagneuse et des autres zones du bien qui sont indispensables à une gestion efficace.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN félicitent l'État partie pour la mise en place du Plan stratégique du parc national de Lorentz 2007-2012. Cependant, alors que des progrès ont été accomplis dans le renforcement de la gestion sur site, celle-ci s'avère insuffisante pour répondre aux nombreuses menaces qui pèsent sur le bien. L'État partie a identifié plusieurs facteurs qui restreignent l'action de l'autorité en charge de la gestion du bien, dont le financement, un suivi, un matériel de surveillance et une expertise limités et un personnel en nombre insuffisant, qui doivent attirer l'attention de la communauté internationale. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN remarquent qu'en 2007 le budget de fonctionnement était de 710.00 dollars EU (7 milliards de roupies indonésiennes), qu'en 2008, il a augmenté pour atteindre 1 million de dollars EU ( 9,5 milliards de roupies indonésiennes pour payer les salaires de 44 employés avec la perspective d'en embaucher 16 supplémentaires) mais qu'il a baissé de plus de 50% en 2009 pour atteindre 440.000 dollars EU (4 milliards de roupies indonésiennes), somme insuffisante pour gérer le bien. À défaut d'une amélioration rapide et conséquente des performances de l'agence de gestion en termes de gestion sur le terrain, des aspects importants de la valeur universelle exceptionnelle seront encore plus endommagés, voire ils disparaîtront.

Au vu des contraintes avérées que la gestion du parc connaît dans son travail effectif, l'UICN recommande que le parc national de Lorentz modifie son approche quant à la gestion et prenne en compte l'ensemble des options suivantes de gestion participative: i) créer plusieurs unités de gestion sous la forme de petits avant-postes locaux gérés par du personnel indigène; ii) s'assurer d'une plus grande participation et d'un meilleur engagement des propriétaires terriens traditionnels; iii) augmenter le nombre de personnel indigène formé et créer un réseau de gestion reposant sur la population indigène; iv) mettre l'accent sur le développement des communautés locales; et v) s'assurer d'une contribution plus grande des spécialistes de l'environnement de zones de montagne , y compris du groupe de travail de la Commission mondiale des zones protégées-Montagne (WCPA Mountain). Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN recommandent à l'État partie d'organiser un atelier de travail international au cours de l'année 2010, afin d'explorer toutes les options possibles pour une gestion efficace du parc national de Lorentz, avec la participation des bailleurs de fonds internationaux, des ONG locales et internationales, des communautés locales, de la compagnie minière PT Freeport, de l'UICN et du Centre du patrimoine mondial.

d) Gestion de la région des Basses terres du sud – menaces liées à l'exploitation forestière illégale et au braconnage

L'État partie déclare que la gestion efficace de la partie sud du bien est rendue impossible par le manque de personnel et de moyens. Les autorités du parc ont maintenu leur coopération avec la société PT Freeport afin de suivre les impacts des résidus miniers de la mine de Grasberg. La société PT Freeport a construit une grande digue et installé des gabions afin de ralentir le flux de résidus et éviter toute sédimentation complémentaire de la partie maritime du bien qui s'étend dans la mer sur 10 kms. Le rapport fait également état d'exploitation illégale de bois et de braconnage dans cette zone le long du réseau de rivières qui donne accès aux Basses terres du sud. Tout comme l'impact des résidus miniers, les activités illégales dans cette partie du bien devront être suivis avec attention dans le futur. Cependant, au vu des capacités limitées de l'administration du parc, un programme global de suivi de l'exploitation forestière illégale, du braconnage et des impacts des résidus miniers ne peut être mis en place.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN remarquent que la mission de suivi de 2008 n'a trouvé aucune preuve de l'impact des résidus miniers sur la partie maritime du bien et que le programme de suivi entrepris par PT Freeport qui consiste à conseiller régulièrement les agences gouvernementales, dont le Ministère de la forêt, constitue une base solide à la poursuite par l'État partie du suivi des impacts de l'activité minière sur le bien. Il est cependant nécessaire d'étendre le suivi actuel à la partie maritime du bien de Lorentz. L'UICN estime qu'un programme de suivi général qui prenne également en compte l'exploitation forestière illégale, le braconnage et le suivi des effluents issus des résidus miniers devrait être mis en place.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment qu'au vu de l'imminence du projet de construction de routes – actuellement, une route illégale en construction, et beaucoup d'autres en projet – une solution à cette grave menace pour les zones de moyenne et de haute montagne du bien est à trouver d'urgence. Il en va de même pour la cause du dépérissement forestier lié aux travaux routiers qui doit être rapidement identifiée et traitée. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN remarquent qu'un grand nombre de problèmes complémentaires sont également liés à la conservation, dont la pêche et la pêche au chalut illégales, l'absence de démarcation pour les limites maritimes du bien, et les espèces invasives (en particulier les jacinthes d'eau)

À moins que des niveaux de protection et de contrôle de la gestion plus élevés ne soient mis en place très rapidement, d'importantes parties vulnérables du bien pourraient perdre leur intégrité, les valeurs du bien pourraient être gravement endommagées, voire disparaître, dans un futur proche; la tendance actuelle que connaît le bien dans sa totalité vers une exposition à des menaces se poursuivra. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment que le Comité du patrimoine mondial devrait inviter la communauté internationale à apporter son aide à l'État partie afin qu'il puisse résoudre les grands problèmes posés à la gestion efficace du parc que sont, entre autres, le financement, et un suivi, un matériel de surveillance, un personnel et une expertise technique limités.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Néant

Décision adoptée: 34 COM 7B.13

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-10/34.COM/7B,

2. Rappelant la décision 32COM 7B.15, adoptée à sa 32e session (Québec, 2008),

3. Accueille  avec satisfaction le Projet de plan de gestion pour la période 2010-2013 en cours d'élaboration en collaboration avec le WWF Papouasie Sahul ;

4. Prend note avec une vive préoccupation du fait que les recommandations prioritaires de la mission de suivi réactif de 2008, à savoir, faire cesser la construction de la route et apporter une solution au problème du dépérissement de la forêt, n'ont pas été mises en place, et que des menaces de grande envergure dans la région du Lac Habema et dans celle des Basses terres du sud  ont eu pour conséquence une grande dégradation de ces régions ;

5. Prie instamment l'État partie de pleinement mettre en œuvre les recommandations de la mission de 2008 et, à titre prioritaire, celles qui ont un caractère d'urgence, en particulier:

a) faire cesser la construction de routes dans la région du Lac Habema, réhabiliter les routes récemment construites et atténuer leurs impacts, et

b) identifier les causes et contrôler la maladie responsable du dépérissement forestier qui menace les forêts de nothofagus dans la région du Lac Habema ;

6. Prie également instamment l'État partie d'entreprendre une évaluation stratégique environnementale (ESE) du Plan stratégique pour le Lac Habema, qui fasse Etat de dispositions pour les routes à venir, dans le but d'identifier les options de transport ayant un moindre impact environnemental pour la région de haute montagne du bien, y compris des alternatives à la construction de routes ;

7. Demande à l'État partie d'organiser, au cours de l'année 2010, un atelier international destiné à envisager toutes les options possibles pour une gestion efficace du parc national de Lorentz, avec la participation des bailleurs de fonds internationaux, des ONG locales et internationales, des communautés locales, de la société PT Freeport, de l'UICN et du Centre du patrimoine mondial, et invite l'État partie à soumettre une demande d'Assistance internationale à cette fin ;

8. Demande également à l'État partie d'inviter, au cours de l'année 2010, une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN sur le territoire du bien afin d'évaluer les impacts de la construction de routes, du dépérissement forestier, de l'exploitation forestière illégale, du braconnage et de la pêche illégale sur les valeurs et l'intégrité du bien ;

9. Appelle la communauté internationale à aider l'État partie dans la résolution des graves problèmes liés aux entraves rencontrées par la gestion du parc dans son travail opérationnel, en raison du financement et d'un suivi, d'un équipement en matériel de surveillance, d'un personnel et d'une expertise technique limités ;

10. Demande également à l'État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2011, un rapport sur l'État de conservation du bien et sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations de la mission de suivi réactif de 2008, en particulier l'arrêt de la construction de route, facteur de dommages, la réhabilitation des routes existantes, l'atténuation des impacts, et la recherche dans le domaine du dépérissement forestier, pour examen par le Comité du patrimoine mondial lors de sa 35e session en 2011.