1.         Parc national de Serengeti (République-Unie de Tanzanie) (N 156)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1981

Critères  (vii)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/156/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1989-1999)
Montant total approuvé : 59 500 dollars EU
Pour plus de détails, voir page https://whc.unesco.org/fr/list/156/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Impacts potentiels d'un projet hydroélectrique au Kenya ;

b) Braconnage ;

c) Ressources en eau réduites et polluées;

d) Impact potentiel de l'installation de câbles optiques.

Matériel d’illustration  voir page https://whc.unesco.org/fr/list/156/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2010

Le 15 février 2010, l'État partie a remis un rapport détaillé sur l'état de conservation du Parc national de Serengeti. Le rapport apporte les informations suivantes sur les problèmes évoqués par le Comité dans sa décision 33 COM 7B.10.

a) Gestion des ressources hydrologiques

L'État partie fait état d'importants progrès accomplis dans la création de politiques transfrontalières sur l'usage durable de la rivière Mara. Trois documents principaux ont été récemment rédigés et constitueront la base de ces politiques à venir : i) une évaluation environnementale des flux (EEF) de la rivière Mara, demandée au WWF, établit des seuils de captage maximum tant pour la Tanzanie que pour le Kenya ; ii) une évaluation environnementale stratégique (EES) du bassin de la rivière Mara ; et iii) un plan d'action sur la biodiversité (PAB) pour la zone. L'EEF et l'EES ont été adoptées par la Commission du bassin du Lac Victoria de la Communauté de l'Afrique de l'est (East African Community) tandis que le PAB a été adopté à titre provisoire.

En ce qui concerne la demande du Comité du patrimoine mondial d'entreprendre et de lui soumettre des évaluations d'impact environnemental (EIE) sur les captages d'eau aux sources de Bologonja destinés au lodge Bilila, L'État partie déclare que ce projet a été abandonné et que trois forages de grande profondeur ont été entrepris après qu'une étude hydrologique détaillée a conclu que les aquifères situées dans la zone du lodge avaient une capacité suffisante, ceci conformément à la politique appliquée dans les parcs nationaux tanzaniens. L'État partie estime que suite à ces récents travaux, l'EIE demandée sur l'utilisation des eaux des sources de Bologonja n'est plus nécessaire. Cependant, en raison de la rareté des ressources en eau du bien, l'État partie souhaite recevoir une aide technique et financière afin d'entreprendre des études sur ses ressources hydrologiques et soumettra une demande d’assistance en ce sens au Comité du patrimoine mondial.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN accueillent avec satisfaction les progrès accomplis par l'État partie, en collaboration avec le Gouvernement kenyan et le programme Afrique de l'est du WWF, dans l'élaboration de politiques lisibles de gestion des ressources en eau pour la rivière Mara. Il est essentiel que des politiques durables de gestion des eaux, basées sur des évaluations environnementales des flux et des documents tels que ceux évoqués ci-dessus, soient mises en place dès que possible. L'UICN rappelle que les principales raisons de la décrue de la rivière Mara sont, entre autres, la déforestation au Kenya, une importante sédimentation résultant de l'érosion et un excès de captage dans la rivière. Ces impacts, combinés avec les effets susceptibles du changement climatique, pourraient éventuellement conduire à des périodes de sécheresse prolongées et dans le pire des cas, faire cesser le flux de la rivière Mara et compromettre ainsi la migration des animaux vers la rivière, une des caractéristiques du bien.

b) Impact potentiel de l'installation de câbles optiques

Le rapport confirme que les câbles optiques, qui devaient, dans un premier temps, traverser le territoire du bien, ont été déplacés à l'extérieur de ses limites, le long d'infrastructures de télécommunications préexistantes.

c) Possible extension du bien afin d'inclure Speke Gulf

L'État partie déclare que l'extension au territoire du bien de la zone de Speke Gulf, d'une surface d'environ 96 km², est jugée comme de la plus grande importance en raison de sa capacité à constituer une source alternative d'approvisionnement en eau pour les animaux présents sur le territoire du bien lors des épisodes de sécheresse. Un document conceptuel a été rédigé et soumis au Conseil d'administration des parcs nationaux de Tanzanie (Board of Trustees of Tanzania National Parks), l'autorité en charge de la gestion du bien. L'État partie déclare que l'aide du Centre du patrimoine mondial et de l'UICN sera sollicitée à ce sujet et que ces deux entités soutiennent fortement le projet d'extension car il est déterminant pour le maintien de la valeur et de l'intégrité à long terme du bien.

Autres problèmes de conservation :

d) Projet de construction d'une route nord traversant le bien

Début novembre 2009, le Centre du patrimoine mondial a été informé d'un projet de construction de route dans la partie nord du bien. Le 12 novembre, un courrier a été adressé à l'État partie faisant état des préoccupations du Centre concernant ce projet et rappelant la nécessité de remettre une EIE avant que toute décision de construction ne soit prise. Une réponse en date du 11 février 2010 a été reçue et des informations complémentaires sont détaillées dans le rapport de l'État partie. Elles précisent que le projet de route du nord s'intégrerait dans la route en macadam "Natta-Mugumu-Tabora ’B’-Kleins-Loliondo-Mto wa Mbu" d'une longueur de 452 kms et traverserait le nord du parc national de Serengeti sur une distance de 53 kms. La route est une projet national prioritaire qui fait partie du programme gouvernemental décennal d'amélioration des transports (2002-2012). Le projet, selon l'État partie, se justifie par le développement économique de la région des lacs qu'il permettra. Le rapport précise que les 53 kms qui traverseront le parc seront en gravier et non en macadam. A ce jour, seules une étude préliminaire de faisabilité et une EIE préliminaire ont été entreprises, elles concluent que la route est réalisable et que ses impacts environnementaux négatifs peuvent être atténués. Le rapport précise également qu'un comité pluridisciplinaire de 15 membres a été créé, il comprend, entre autres, des représentants des parcs nationaux de Tanzanie, et conseille le gouvernement sur le projet. L'État partie signale enfin que l'EIE finale et plus détaillée sera remise au Centre du patrimoine mondial dès sa publication.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN sont très préoccupés par ce projet qui coupera en deux la zone sauvage du nord du Serengeti, un habitat fragile pour certaines des espèces les plus en danger présentes sur le territoire du bien, telles que le rhinocéros noir et le chien sauvage africain (cynhyène). Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment que si la route était construite, elle aurait un grave impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien et cela justifierait son inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Ils rappellent que ce projet de construction de route du nord a été, dans un premier temps, soumis à la Banque mondiale il y une vingtaine d'années. Une EIE du projet a été faite en 1996, elle a conclu qu' "une route nationale, ouverte à la circulation commerciale, à travers le parc national de Serengeti ne devrait pas être créée en raison de ses grands impacts négatifs en termes d'environnement". L'EIE avait par ailleurs établi que la route du nord "nuirait à la survie de plusieurs espèces endémiques rares de plantes et d'animaux et pourrait provoquer la mort d'espèces migratoires".

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment que les impacts négatifs en termes d'environnement de la route seraient : i) une restriction des déplacements des animaux et des routes migratoires ; ii) une mortalité de la faune induite directement par le projet ; iii) une fragmentation et une modification de l'habitat ; iv) un impact accru des activités humaines, dont le braconnage ; v) des impacts hydrologiques et une érosion des sols ; et vi) une introduction d'espèces exogènes. En outre, si le projet aboutissait, le grand nombre de collisions entre des véhicules et des animaux conduirait à envisager la construction d'un grillage afin d'en atténuer les effets, ce qui créerait une barrière à la migration des gnous et des autres animaux qui se dirigent vers la rivière Mara, leur seule source d'approvisionnement en eau lors de la saison sèche. L'UICN fait remarquer que dans les autres zones protégées un projet de construction de route est qualifié de facteur d'impacts majeurs et de disparition des routes migratoires. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN rappellent que des alternatives tout aussi réalisables et entraînant bien moins de dommages environnementaux existent, comme le projet de route du sud.

e) Gestion des visiteurs

L'État partie signale que le nombre et la répartition des visiteurs demeurent d'importants problèmes de gestion et que la capacité d'accueil du parc est difficile à déterminer sans étude globale. L'État partie précise également qu'il demandera l'aide d'autres États parties, de l'UICN et du Centre du patrimoine mondial afin de déterminer sa capacité interne. Une révision complète du programme de gestion touristique est en cours afin de répondre aux défis à venir liés au tourisme et d'encourager une gestion durable de l'activité. Le programme révisé sera soumis au Centre du patrimoine mondial dès qu'il aura été approuvé.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN accueillent avec satisfaction la demande d'aide de l'État partie mais recommandent que le programme révisé leur soit soumis avant approbation afin qu'ils puissent mieux conseiller l'État partie. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN rappellent également que tout projet visant à aménager l'accueil des visiteurs devrait être soumis au Centre du patrimoine mondial avant que le projet se voit accorder une autorisation.

f) Pression accrue liée au braconnage

L'UICN est préoccupée par des rapports laissant supposer que le braconnage de rhinocéros et d'éléphants dans le parc national de Serengeti connaît une grande augmentation. En outre, l'UICN a reçu des rapports faisant état d'une augmentation du braconnage de viande de brousse, entre autres au moyen de pièges tendus lors de la migration des gnous. Cette augmentation des chiffres du braconnage n'a pas été mentionnée par l'État partie. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN recommandent à l'État partie de s'assurer que soit bien effectué le relevé des actes de braconnage d'éléphants et des carcasses dans le cadre du recensement des populations d'éléphants afin de suivre toute augmentation du braconnage et de pouvoir mettre en place des mesures d'intervention. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN recommandent également qu'une étude soit entreprise afin de mieux comprendre cette augmentation.

g) Espèces invasives

L'UICN rappelle qu'elle a reçu des rapports sur les espèces invasives, dont l'Agremone mexicana et le Datura stramonium. Bien qu'elles n'aient, à ce jour, pas eu d'impact significatif sur les valeurs du bien, des actions préliminaires devraient être mises en œuvre afin d'arracher ces espèces et d'éviter un risque de propagation qui augmenterait alors le coût de l'arrachage.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Néant

Décision adoptée: 34 COM 7B.5

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-10/34.COM/7B,

2. Rappelant la décision 33 COM 7B.10 adoptée à sa 33e session (Séville, 2009),

3. Reconnaît les progrès accomplis par l'Etat partie, en collaboration avec le Gouvernement kenyan et le programme Afrique de l'est du WWF, dans l'élaboration de politiques de gestion durable des ressources en eau du bassin de la rivière Mara et demande à l'Etat partie de garantir la mise en place rapide de ces politiques ;

4. Accueille avec satisfaction la volonté de l'Etat partie d'étendre le territoire du bien afin d'inclure Speke Gulf qui représente une ressource alternative décisive pour les besoins en eau en période de sécheresse ;

5. Exprime sa plus vive préoccupation quant au projet de route nord qui coupera la zone sauvage du nord de Serengeti sur une distance de 53 kms, estime que ce projet pourrait provoquer des dégâts irréversibles à la valeur universelle exceptionnelle du bien et demande par conséquent instamment à l'Etat partie de soumettre une Etude d'impact environnementale au Centre du patrimoine mondial avant qu'une décision relative à la mise en œuvre du Projet ne soit prise ;

6. Prend également note des rapports faisant Etat d'une importante augmentation du braconnage de rhinocéros et d'éléphants sur le territoire du bien, et demande également à l'Etat partie de poursuivre l'amélioration de ses stratégies anti-braconnage et les actions entreprises afin de faire appliquer la loi;

7. Demande en outre à l'Etat partie d'inviter une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN sur le territoire du bien afin d'évaluer son Etat de conservation, y compris les menaces potentielles que constituent le projet de route nord et les indications d'une importante augmentation du braconnage ;

8. Demande par ailleurs à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, , d'ici le 1er février 2011, un rapport sur l'Etat de conservation du bien, faisant Etat du statut du projet de route nord, des politiques de gestion durable des eaux de la rivière Mara, et du braconnage, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session en 2011.